Sanctorum Communio

Un article que j’ai écrit pour le blog d’Echad, où plusieurs membres sont des amis.
Echad est une église qui a vu le jour depuis quelques années, à quelques pas de chez-moi, dans le quartier Petite-Patrie à Montréal.

L’Heureux Naufrage

Le film documentaire "L’Heureux Naufrage", dont j’avais parlé ici il y a plusieurs mois, devrait voir le jour cette année.

J’ai eu le privilège de visionner une version préliminaire du film, et je pense que Guillaume Tremblay, le réalisateur, est arrivé à très bien saisir l’état actuel de "l’âme québécoise" (traditionnellement de culture canadienne-française catholique). Le documentaire donne la parole à différents acteurs de la vie publique québécoise, et plusieurs auteurs, philosophes, théologiens, qui articulent une certaine prise de conscience qui va à l’encontre de "l’histoire officielle" du processus de sécularisation qui s’est déroulé depuis 50 ans.

Mon souhait est que ce film puisse contribuer à une prise de conscience chez un plus grand nombre, et que cette prise de conscience puisse alimenter une recherche. Lorsque le christianisme marque une culture aussi intensément qu’il a marqué la nôtre, il produit une nostalgie qui m’apparaît inguérissable, qui appelle à un retour aux sources, et à une recherche au-delà de nos erreurs, et au-delà des alternatives qui réduisent la vie à un marché où interagissent des individus centrés sur leurs intérêts.

Un vidéo par Alan Hirsch

 

J’ai déjà mis ce vidéo … mais je le trouve encore vraiment très bon…

Le chemin …

"L’une des choses que l’Église enseigne … c’est que l’on n’a pas à se construire sa propre vie, mais nous avons été créés, et que nous n’avons pas à choisir l’individu que nous serons. Nous avons plutôt à reconnaître notre vie est une vie qui nous a été donnée par Dieu."

Stanley Hauerwas

Une journée, l’été passée, ayant besoin de prier et de réfléchir, j’ai décidé de partir avec mon sac à dos et un bon livre pour une marche en forêt. La destination était une cabane construite par mon grand-père paternel, et je prévoyais marcher jusqu’à la cabane, dormir là, et revenir le lendemain. C’était environ à 4-5 heures de marche.

Je connaissais relativement bien le chemin. Nous nous rendions à cette cabane au moins 1-3 fois par année avec ma famille, soit en motoneige pendant l’hiver, ou en VTT durant l’été. J’y étais aussi déjà allé à bicyclette avec mon petit frère quelques années auparavant.

Arrivé à la dernière portion du sentier, je me suis mis, bizarrement, à avoir une certaine difficulté à reconnaître le bon chemin. Pendant certains moment, je n’étais plus du tout certain que j’étais sur la bonne voie. Ce n’est pas un chemin très compliqué, mais il y a à un certain endroit en particulier une bifurcation qui peut être facilement manquée si on est distrait. Probablement que le fait d’être auparavant venu avec d’autres, j’avais suivi les autres sans vraiment porter très attention aux détails des embranchements à prendre, et sans bien imprimer dans ma mémoire l’aspect des arbres et des rochers, des courbes et des trous dans le chemin. Fait important aussi, nous étions souvent venus durant l’hiver… le paysage est alors complètement différent.

Alors que je continuais de marcher, deux états alternaient. Pendant certains moments, j’étais presque complètement désorienté, et je continuais de marcher en me disant: "Bon… je marche encore 15 minutes dans cette direction, et si je ne reconnais pas la route, je reviens sur mes pas, et je change de direction…"  Cependant, ce qui arriva au moins 3-4 fois, c’est qu’alors que je commençais à m’impatienter, et que la tentation de revenir sur mes pas augmentait, soudainement je reconnaissais le chemin… soit un arbre, la forme du sentier, ou un rocher…  Mais bizarrement, en continuant d’avancer, le chemin me réapparaissait inconnu, et le doute se réinstallait, et la désorientation gagnait du terrain. Et de nouveau, comme une surprise à chaque fois, un détail me sautait aux yeux, et je reconnaissais le chemin.

Au bout de 3-4 fois de ce même manège, … j’ai fini par arriver à la cabane. Non sans éprouver un certain soulagement ! Le doute était demeuré jusqu’à la toute fin, et honnêtement, je me trouvais un peu ridicule ! Probablement que c’était l’effet d’être seul, en fin d’après-midi, à plusieurs heures de chez moi, n’ayant aucune envie de rebrousser chemin à cette heure-là, avec les pieds en feu…  J’étais probablement un peu anxieux, ce qui décuplait l’effet de désorientation et les doutes. Ceux-ci me sont apparus, en rétrospective, vraiment enfantins et stupides!

……

Durant la soirée, réfléchissant à tout cela, et en lisant le livre que j’avais apporté, il m’est apparu clairement que cet anecdote était une métaphore qui décrivait bien la marche de la foi.

En lisant les histoires d’hommes et de femmes de foi et les récits bibliques, la vie de la foi est racontée comme un chemin. Un chemin qui comporte différents états, différents stades. Parmi ces étapes, j’en distinguerais trois.

……

Le premier est celui du cheminement de celui qui avance avec une certaine facilité et une certaine certitude. On pourrait même dire une naïveté, et sans beaucoup de questions. Il sait où il s’en va, … mais à discuter avec lui ou elle, on n’arrive pas vraiment à discerner si sa certitude est en Dieu … ou en lui-même ou elle-même !

……

Tôt ou tard arrive le deuxième état, celui de la désorientation. C’est un état où le doute s’installe, où la personne avance à tâtons, les épreuves se succèdent, elle a l’impression que Dieu est nul part, qu’Il l’a abandonnée, qu’elle est laissée à elle-même, que ses prières ne sont que des paroles qui ne vont pas plus haut que le plafond. Dans certains cas, la personne peut même en venir à penser que Dieu n’existe que dans sa propre imagination. Et au sein de ce malaise, cette imagination est atrophiée, et même "Dieu" peut devenir quelque chose de plutôt abstrait, dont elle commence à douter de l’existence. Toutes les promesses des Écritures peuvent finir par lui apparaître comme presque cruelles, tellement il n’y a absolument rien de concret qui se produit dans SA vie. Elle peut en arriver à regretter entièrement le chemin qu’elle a emprunté des kilomètres auparavant (… ou des années…). Tout ce chemin fait par la foi – peut-être une foi enfantine et naïve, et probablement tout pleins d’égarements, de manquements, de lâchetés et d’excès, mais néanmoins une foi sincère et un amour pour Dieu – ce chemin peut lui sembler n’avoir été qu’une perte de temps, une douleur aux pieds stupide, inutile et cruelle pour rien…  Pour rien du tout. Un chemin qui mène à un cul-de-sac absurde.

Une bonne partie des Psaumes et des livres prophétiques sont consacrés à cet état de désorientation, de même que, bien évidemment, l’histoire de Job.

Toutefois, mon pied allait fléchir, Mes pas étaient sur le point de glisser;
Car je portais envie aux insensés, En voyant le bonheur des méchants.
Rien ne les tourmente jusqu’à leur mort, Et leur corps est chargé d’embonpoint;
Ils n’ont aucune part aux souffrances humaines, Ils ne sont point frappés comme le reste des hommes.
Aussi l’orgueil leur sert de collier, La violence est le vêtement qui les enveloppe;
L’iniquité sort de leurs entrailles, Les pensées de leur coeur se font jour.
Ils raillent, et parlent méchamment d’opprimer; Ils profèrent des discours hautains,
Ils élèvent leur bouche jusqu’aux cieux, Et leur langue se promène sur la terre.
Voilà pourquoi son peuple se tourne de leur côté, Il avale l’eau abondamment,
Et il dit: Comment Dieu saurait-il, Comment le Très haut connaîtrait-il?
Ainsi sont les méchants: Toujours heureux, ils accroissent leurs richesses.
C’est donc en vain que j’ai purifié mon coeur, Et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence

Psaumes 73:2-13 (psaume d’Asaph)

Dans Lamentations, l’auteur accuse carrément Dieu de l’avoir conduit dans le malheur:

Il m’a conduit, mené dans les ténèbres, Et non dans la lumière.
Contre moi il tourne et retourne sa main Tout le jour.
Il a fait dépérir ma chair et ma peau, Il a brisé mes os.
Il a bâti autour de moi, Il m’a environné de poison et de douleur.
Il me fait habiter dans les ténèbres, Comme ceux qui sont morts dès longtemps.
Il m’a entouré d’un mur, pour que je ne sorte pas; Il m’a donné de pesantes chaînes.
J’ai beau crier et implorer du secours, Il ne laisse pas accès à ma prière.
Il a fermé mon chemin avec des pierres de taille, Il a détruit mes sentiers.
Il a été pour moi un ours en embuscade, Un lion dans un lieu caché.
Il a détourné mes voies, il m’a déchiré, Il m’a jeté dans la désolation.
Il a tendu son arc, et il m’a placé Comme un but pour sa flèche.

Lamentations 3:2-12

Suivant l’anecdote que j’ai raconté plus haut, c’est dans ce genre de situation que celui qui avance par la foi doit simplement continuer d’avancer. Persister, dans le doute et la désorientation, à chercher l’Éternel et sa volonté, à "l’aimer de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée." (Luc 10:27) Continuer. Persister à suivre la voie que Dieu lui a montré jusque-là, en étant confiant qu’Il finira par la montrer de nouveau. Concrètement.

Le malheur atteint souvent le juste, Mais l’Éternel l’en délivre toujours.

Psaumes 34:19

 Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter.
1 Corinthiens 10:13

Il m’a semblé, en lisant plusieurs histoires, en observant les gens et ma propre vie, que celui qui persiste à vouloir la volonté de Dieu, et qui persiste à vouloir remercier Dieu, … que Dieu finit par honorer la foi d’un tel individu, et qu’il ne permet pas que la "tentation" ne soit "au-delà de ses forces". Au sein de cet état de désorientation et de doutes, juste aux bons moments, la personne a une impression – une impression irrésistible dont elle est incapable de douter – que pour un moment, la désorientation disparaît et qu’elle a retrouvé la direction vers laquelle elle se dirige. Ce qui peut alors se produire, c’est un chemin qui alterne successivement entre le doute et la consolation, où les deux états sont pratiquement présents en même temps; le doute ne disparaissant jamais complètement, mais la consolation arrivant encore et encore, perçue comme arrivant juste à temps. Juste à temps pour soutenir la marche vers une destination qui apparaît, par moment, n’avoir jamais véritablement existée.

C’est un phénomène presque étrange, presque comme un "déjà-vu", … comme si, pour un court moment, on reconnaissait le chemin sur lequel nous avons douté depuis des jours, des semaines, des mois. Surviennent des situations qui nous pointent vers une direction. Nous croisons des gens qui nous disent les bonnes paroles, au bon moment. Et souvent (en tout cas… ça m’arrive constamment) ces gens ne sont absolument pas au courant de notre situation, mais leurs paroles visent précisément ce que nous avions besoin pour continuer la route. Ou encore, ce qui nous manquait pour avoir le courage nécessaire pour prendre un chemin que nous avions l’impression de devoir prendre depuis longtemps…

……

Je commence à considérer sérieusement la possibilité que dans bien des cas, ce que nous appelons la "prophétie" ne soit en réalité que le regard des autres sur notre situation. (Cela dit, cette définition de la prophétie n’inclue pas tout ce qu’on peut entendre par "prophétie".) Ces paroles que nous nous disons les uns aux autres sont parfois dites avec l’intention d’aider et en étant au courant d’une situation, mais elles sont souvent "sorties de nulle part", et dans les deux cas il existe la possibilité qu’elles  nous fortifient et nous montre la direction à prendre. Ce sont des paroles qui nous orientent au sein de notre désorientation, et qui nous donne la force de croire malgré le doute, le courage d’avancer malgré les pieds qui brûlent…

Soyez toujours joyeux.
Priez sans cesse.
Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus Christ.
N’éteignez pas l’Esprit.
Ne méprisez pas les prophéties.
Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.

1 Thessaloniciens 5:16-21

Il y a une expérience de reconnaissance. C’est comme si lorsque cette autre personne est en train de nous parler, nous reconnaissions, en quelque sorte, et souvent sur-le-champs, ce que cette personne dit. Ces paroles sont reconnues, comme une indication d’un chemin que nous connaissons déjà, mais que nous avons du mal à discerner, étant dans un état de désorientation.

Un autre aspect vital de ce phénomène, c’est la vision des autres sur un individu. Je ne suis pas, en tant qu’individu, adéquatement placé pour m’observer moi-même. Certaines parties m’échappent, certaines solutions ne font simplement pas partie du domaine des "possibles" qu’il m’est possible, seul, d’imaginer. Les autres me sont essentiels à ma propre route, et je le suis pour la leur, parce que je vois des choses qu’ils ne voient pas, et ils voient des choses, identifient des problèmes et des solutions, que je ne vois pas. Certains péchés que je fais me sont invisibles à moi-même (ou je me les cache par complaisance…), et j’ai besoin des autres pour les voir, et me repentir.

……

Le troisième stade de la marche de la foi, c’est arriver à une certaine destination… que nous "connaissions" d’une certaine manière depuis le début, mais qui en court de route est devenue floue. La route précédemment parcourue nous apparaît alors, soudainement, prendre un sens jusque-là jamais discerné auparavant. Les multiples bifurcations possibles, celles qui ont été prises, et celles qui ne l’ont pas été, les rencontres fortuites, les occasions "manquées", et les paroles "juste au bon moment"… tout cela peut alors fort bien nous apparaître comme une série improbable de miracles, sans lesquels cette destination n’aurait jamais existé.

Mais je dis bien "une" destination… parce que ce n’est pas la fin ! La naïveté et la certitude, puis la désorientation, puis une autre destination seront certainement à prévoir.

……

Tout ceci soulève une question importante:

Au sein du doute et de la désorientation, ce chemin que par moment nous reconnaissons, où est-ce que nous l’avons vu avant?  Ces paroles des autres qui nous surprennent parce qu’elles correspondent à des réalités que de façon un peu floue nous connaissons, et que nous reconnaissons dans les paroles de l’autre. Comme des intuitions qui sont confirmées. D’où viennent ces intuitions, et ce chemin que nous avons, par moment, l’impression de reconnaître?

Il serait difficile de tenter une meilleure réponse que celle découverte par le psalmiste du Psaume 84, … il y a de cela plusieurs milliers d’années…

Heureux ceux qui placent en toi leur appui! Ils trouvent dans leur coeur des chemins tout tracés.
Lorsqu’ils traversent la vallée de Baca, Ils la transforment en un lieu plein de sources, Et la pluie la couvre aussi de bénédictions.
Leur force augmente pendant la marche, Et ils se présentent devant Dieu à Sion.

Psaumes 84:5-7

Qui suis-je ?

Ce poème a été composé par Dietrich Bonhoeffer, alors qu’il croupissait dans une prison nazi, lors de la 2e guerre mondiale.

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Qui suis-je ?
Qui suis-je ? Souvent ils me disent
que de ma cellule je sors
détendu, ferme et serein,
tel un gentilhomme de son château.

Qui suis-je ? Souvent ils me disent
qu’avec mes gardiens je parle
aussi librement, amicalement et franchement
que si j’avais, moi, à leur donner des ordres.

Qui suis-je ? Ils me disent aussi
que je supporte les jours de l’épreuve,
impassible, souriant et fier,
comme quelqu’un qui est habitué à vaincre.

Suis-je vraiment celui qu’ils disent ?
Ou seulement cet homme que moi seul connais ?
Inquiet, malade de nostalgie, pareil à un oiseau en cage,
Cherchant mon souffle comme si quelqu’un m’étranglait,
avide de couleurs, de fleurs, de chants d’oiseaux,
assoiffé d’une bonne parole, de proximité humaine,
tremblant de colère au spectacle de l’arbitraire et de l’humiliation la plus mesquine,
agité par l’attente de grandes choses,
craignant et ne pouvant rien faire pour des amis terriblement loin,
trop fatigué et vide pour prier, pour penser, pour entreprendre,
las et prêt de tout abandonner ?

Qui suis-je ? Celui-ci ou celui-là ?
Suis-je aujourd’hui celui-ci et demain un autre ?
Suis-je les deux à la fois ? Un hypocrite devant les hommes
et devant moi un faible, piteux et méprisable ?
Ou bien ce qui est en moi ressemble-t-il à l’armée vaincue,
qui fuit en désordre devant la victoire déjà remportée ?

Qui suis-je ? Ce questionnement solitaire me tourne en dérision.
Qui que je sois, Toi, tu me connais : je suis tien, ô Dieu !

Réflexions sur 3 ans de blog

Cela a fait 3 ans l’été dernier que j’écris sur ce blog.

Il me serait difficile d’identifier les raisons exactes pour lesquelles j’ai commencé à écrire ici… Et relisant mes anciens articles, certains me font sourire, d’autres me font honte, d’autres je les endosse encore pleinement… et d’autres je les ai carrément retiré du blog.

J’ai démarré en étant un peu "en feu" (certains diront beaucoup…), en croisade pour "annoncer la bonne nouvelle", ces découvertes que je faisais dans mes réflexions et mes lectures, et pour convaincre tous ceux qui ne pensaient pas comme moi.

Une des probable raison de ce blog, à l’époque, était de trouver des gens qui avaient le même genre de questions et de réflexions que moi. Évidemment, écrire et interagir avec les gens qui font des commentaires m’aident à réfléchir, et à mettre de l’ordre dans mes idées.

Et c’est en écrivant qu’on apprend à écrire…

Fondamental aussi, la lecture en 2008 du livre Discipleship de Dietrich Bonhoeffer avait eu pour moi l’effet d’une bombe. Ce fut le commencement d’une exploration qui continue encore. Il fut le premier à me faire voir un caractère essentiel de la grandeur du christianisme, un aspect trop peu présent dans l’église évangélique: la réalité de l’église en tant que la présence de Christ dans ce monde. L’église n’étant pas une banale association de croyants, mais bel et bien le corps de Christ, et par le fait même, la présence de Dieu sur terre. Le titre original du blog ("Christ en vous, l’espérance de la gloire") était inspiré de cette lecture.

J’avais depuis 2004 rejeté complètement l’église évangélique dans laquelle j’avais grandi, n’y voyant que des clubs de sauvés qui se chicanent entre eux, s’adressant aux incroyants comme des publicitaires immondes et sans scrupules, ayant comme principal agenda l’objectif de se créer une sous-culture déconnectée du monde, et n’ayant absolument aucune crédibilité. Aucune. Aucune comme dans zéro.

C’était là la perception d’un jeune idéaliste fini, qui avait trop vu de divisions, et trop d’incohérences dans le discours et le vécu, trop d’agendas politiques qui donne à l’église une odeur fétide et avariée, trop de leaders puériles, ou d’autres carrément mal intentionnés. Pendant certaines périodes, j’aurais préféré devenir bouddhiste ou militant athée, plutôt que de faire partie de "cela".

Or, ce "cela" est une partie du corps de Christ… Ce que je ne voulais pas, en 2004.

Avec le recul, je vois que cette réaction fut celle, justement, d’un jeune idéaliste, … qui n’avait pas suffisamment appris la grâce (ou pas du tout). Et qui avait besoin d’être humilié pour apprendre (un peu du moins) l’humilité.

"Il est bon d’attendre en silence Le secours de l’Éternel.
Il est bon pour l’homme De porter le joug dans sa jeunesse.
Il se tiendra solitaire et silencieux, Parce que l’Éternel le lui impose;
Il mettra sa bouche dans la poussière, Sans perdre toute espérance…" 

Lamentations 3

C’est dans ce contexte que j’ai par la suite changé le titre du blog ("Chercher… Trouver"), puisque je voulais être moins celui qui a trouvé tout et qui veut convaincre tout le monde, que celui qui cherche, tout en aillant la conviction profonde qu’il trouvera. Et ce qu’il trouve, c’est souvent qu’il doit encore chercher, et que la route n’est jamais terminée, mais qu’il n’est pas seul sur cette route.

…………………

Qu’est-ce qui m’a donné la certitude que nos histoires ont un sens? Que l’on finit par arriver quelque part? Que celui qui cherche trouve?

Une enfance à avoir le coeur et l’esprit formés et imbibés d’histoires extraordinaires de foi et de courage sans limite. Ces histoires sont comme une ancre qui tient le coeur et l’esprit, un rocher qui donne une conviction plus que profonde que "Dieu est vrai et a raison", même si nous n’avons aucun indice tangible pour rassurer nos intelligences et nos sens de cette réalité. Aucun raisonnement, aucune logique, aucune démonstration ne peut arriver à la cheville d’une histoire de foi "impossible" quand vient le temps de rassurer une âme qui n’arrive plus à croire que Dieu est réel.

…………………

À lire les commentaires réagissant à ce que j’écris depuis 3 ans, je constate certaines choses. Certainement, que mes préoccupations et les choses que je dénonçais sont de vrais problèmes et méritent qu’on s’y attardent.

Le problème réside essentiellement dans la manière. C’est dans cette manière que se construit la crédibilité. On finit par apprendre (ou encore est-ce une autre grâce de Dieu à mon égard qu’il m’ait ouvert les yeux à ce sujet) que pour parler et dire "la vérité", celui qui la dit a besoin d’une autorité. Sinon, personne ne l’écoute, quand bien même il citerait les évangiles elles-mêmes mots pour mots.

Traditionnellement, et encore aujourd’hui dans une certaine mesure, cette autorité était assise sur une position donnée par une organisation ecclésiastique. Ou encore, dans le contexte évangélique bien spécifique, cette autorité se base sur "la Parole". Si par le passé l’auditoire a pu être clément envers celui qui parle (ou encore, captive par un consensus social contraignant), et qu’il a accepté sans trop broncher de respecter ces 2 formes d’autorité, aujourd’hui nous sommes dans un contexte qui ne pardonne plus. La crédibilité de celui qui parle (ou écrit) est ce qui décide de la vie ou de la mort de ses paroles. Cette crédibilité est probablement la seule base réelle sur laquelle se fonde l’autorité de ses paroles.

Et comment se construit cette crédibilité?

Une réponse longue:

"À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres." (Jean 13:35)

"Moi Paul, je vous prie, par la douceur et la bonté de Christ, -moi, humble d’apparence quand je suis au milieu de vous, et plein de hardiesse à votre égard quand je suis éloigné, – je vous prie, lorsque je serai présent, de ne pas me forcer à recourir avec assurance à cette hardiesse, dont je me propose d’user contre quelques-uns qui nous regardent comme marchant selon la chair. Si nous marchons dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair. Car les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles; mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses. Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance de Christ." (2 Corinthiens 10)

"Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu." (1 Corinthiens 2:1-5)

Une réponse courte: l’amour.

………….

"Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit. Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien."
1 Corinthiens 13:1-2

Le discernement de la volonté de Dieu – 6

Cet article est un genre de post-scriptum à la série que j’avais écrite ce printemps au sujet du discernement de la volonté de Dieu. (Voir ici les autres articles : un, deux, trois, quatre, cinq)

C’est une conclusion qui m’a sauté aux yeux dans les dernières semaines. Désolé si ça vous apparaît être trop simpliste… ou trop court.

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Je le sais, ô Éternel!

La voie de l’homme n’est pas en son pouvoir

Ce n’est pas à l’homme, quand il marche, à diriger ses pas.

Jérémie 10:23

La lumière

«Mais les ténèbres ne régneront pas toujours Sur la terre où il y a maintenant des angoisses …

Le peuple qui marchait dans les ténèbres Voit une grande lumière; Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort Une lumière resplendit. »

Ésaïe 9:1-2

Projet de documentaire

J’ai récemment eu connaissance d’un projet de documentaire vraiment très intéressant, présentement en train d’être réalisé au Québec. Le film a pour sujet l’héritage chrétien du peuple québécois, et la situation actuelle de la "religion", la sécularisation massive et très rapide qui a eu lieu depuis les années ’60. Le projet est en recherche de financement, c’est pourquoi j’en parle ici. Ce vidéo est un vidéo promotionnel.

Incarner Christ

"La mission première de l’église est donc d’être elle-même, c’est-à-dire, être "Christ" pour le monde. L’église par sa foi et sa vie devient, comme le dit bien Newbigin, "l’interprétation de l’évangile"; c’est-à-dire qu’en étant fidèle à son appel à être l’église, l’église explique l’évangile au monde. Mais dans un autre sens, l’église n’est pas une incarnation parfaite de Christ. Elle a constamment besoin d’être réformée. Elle est encore "sur la voie (in via) vers la perfection", et marquée par une authentique, quoiqu’imparfaite, sainteté. Cela nous rappelle que l’église est distincte de Christ. Elle a besoin de se "nourrir de Christ" et d’être disciplinée par le Christ. Et tout comme le Christ se rend disponible à l’église via les sacrements, l’église pour sa part se rend disponible pour le monde, en tant qu’incarnation du Christ.

On peut ainsi concevoir pourquoi la mission est en étroite relation avec l’eucharistie: l’eucharistie est la mission. C’est la mission dans le sens où il forme l’église, le Christ incarné, à être disponible pour le monde. Dans son adoration eucharistique, l’église est re-formée, pour "aller dans le monde, pour aimer et servir le Seigneur." Le monde ne connaît pas d’autre Christ que celui qui est incarné par l’église. Par conséquent, être l’église est la plus grande mission dans ce monde."

Simon Chan, Liturgical Theology

Amour, courage, sagesse

"L’amour sans le courage et la sagesse, c’est du sentimentalisme, tel qu’on le voit chez les membres de l’église en général. Le courage sans l’amour et la sagesse, c’est la témérité imprudente, tel que peut avoir un soldat ordinaire. La sagesse sans l’amour et le courage, c’est de la lâcheté, tel qu’on le voit chez l’intellectuel ordinaire. Mais celui qui a l’amour, le courage, et la sagesse change le monde."
- Ammon Hennacy

Qu’est-ce qu’une église?

Ce texte est inspiré d’une récente conversation par courriel avec un frère.

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Jésus parle 2 fois de l’église (Matthieu 16 et 18). Et dans l’une de ces occasions, il parle de la vie de l’église (Matthieu 18) comme étant caractérisée par 2 choses:

- les membres disent la vérité les uns aux autres ("si ton frère pèche, va et reprend-le, toi et lui seul"), la vérité étant la seule voie qui permet de parler de pardon… (parler de pardon sans parler de vérité, c’est une minimisation du mal qui a été fait, … et ce n’est pas un pardon, mais une situation abusive entre celui qui fait le mal à son frère, et celui qui laisse faire la situation)

- et ils se pardonnent les uns aux autres ("non pas 7 fois, mais 77 fois 7 fois…").

Ces disciplines sont extrêmement difficiles à mettre en pratique dans le concret. Extrêmement difficile. Et ce qui est vraiment très intéressant, c’est que c’est dans ce même chapitre 18 de Matthieu que Jésus affirme que lorsque 2 ou 3 sont assemblés en son nom, Il est là.

En effet, on peut faire le raisonnement inverse et poser la question: si la vérité et le pardon sont absents, peut-on prétendre que Jésus-Christ est là?

Et la question suivante est celle-ci: Si Christ n’est pas là, sommes-nous une église?

Il m’apparaît extrêmement significatif que la promesse de la présence de Christ lors de l’assemblée des croyants (2 ou 3) soit dans ce passage de Matthieu 18. Et j’irais même jusqu’à dire que j’ai la forte suspicion qu’un groupe de disciples parmi lesquels ces instructions de Matthieu 18 sont une réalité expérimentera la présence de Christ, peu importe à quel point ou non ils sont doctrinalement "corrects" (exigence protestante), ou sous l’autorité d’un évêque (exigence catholique).

Ces exigences "extrêmes" de Matthieu 18 ne peuvent exister sans que l’église soit constituée de disciples… des gens crucifiés… (morts à eux-mêmes, et qui pourront vivre une vie de résurrection puisqu’ils sont crucifiés). Parce qu’il faut être vidé de son orgueil pour accepter de se faire corriger par un frère ou une soeur, ou encore courir le risque de voir sa vie dévoilée. Et le corrélatif de cela est qu’il ne peut exister de disciples sans une église où ces disciplines existent. En effet, affirmer qu’on est un disciple sans vivre ces 2 exigences, c’est parler dans le vide. Être disciple et être une église sont 2 choses qui ne peuvent exister sans exister en même temps.

Disciples –> église. Église –> disciples.
Église: communauté de disciples où Christ est présent.
Disciples: humains crucifiés en Christ (ce que fait et symbolise le baptême).

Le sermon sur la montagne (Matthieu 5-7) est dans cette perspective … un long commentaire sur cette vie d’église. Ce n’est pas un traité de moral personnelle et individuelle, mais la description de la vie d’une communauté de disciples. (J’utilise le langage de Hauerwas et Bonhoeffer ici, … le premier est très influencé par ce dernier…).

L’église catholique a gardé ces 2 aspects de la vie d’église (vérité: par la confession au prêtre, pardon: par le pardon qui passe par le prêtre), mais garde cette fonction exclusivement pour un groupe spécial… les prêtres. Le protestantisme affirme la prêtrise de tous les croyants, mais en pratique ne leur donne aucun rôle quand à la confession et le pardon.

Et en pratique, le protestantisme/évangélisme définit l’église de la façon suivante: un groupe de gens qui croient la même chose. Or, en Matthieu 18, Jésus parle de l’église comme d’un groupe de disciples qui expérimentent la présence de Christ parmi eux. (Comment on devient membre d’une église protestante, et de beaucoup d’églises évangéliques? En signant la déclaration de foi.)

L’abus du catholicisme est l’autoritarisme … inévitable. Celui du protestantisme: la division infinie, sur la base de doctrines théoriques… là aussi: inévitable.

L’ "avantage" de définir l’église comme une communauté de disciples qui expérimentent la présence de Christ parmi eux, c’est qu’ils ne peuvent errer dans un sens ni dans l’autre. Puisqu’ils sont des disciples, ils demeurent humbles… donc ne peuvent inventer quelque chose qui s’apparente à l’inquisition. Et puisqu’ils sont des disciples, ils acquièrent la discipline nécessaire à la vie de communauté: le pardon.

On pourrait craindre qu’une telle communauté devienne ce que beaucoup d’églises fondamentalistes deviennent: une communauté de "parfaits", hyper-légaliste et très hypocrite. Mais il me semble justement que c’est exactement le contraire: ce qui définie cette communauté est la réconciliation (par le fait que la vérité est dite) et le pardon, et non un standard de comportement. Est-ce une porte ouverte à la licence? Il me semble que non aussi… puisqu’elle est formée de disciples qui veulent être comme leur maître…

Les catholiques et les protestants traditionnels ont gardé, du moins en théorie, la notion de la présence réelle de Christ, lors de l’eucharistie. Les églises issues de la tradition anabaptiste (majorité des évangéliques), par réaction aux abus des sacrements dans les églises traditionnelles, ont fait du repas du Seigneur uniquement une commémoration, en reniant fermement que le Christ soit présent – et qu’il agisse dans la vie des croyants réunis - particulièrement lors de ce repas. Le repas devient un exercice de commémoration dépendant de la capacité de chaque croyant de réussir à se souvenir de Christ, alors que historiquement, le repas a toujours été compris comme étant un moyen par lequel Dieu lui-même bénit les croyants.

Si le catholicisme emprisonne Christ en rendant son action dépendante de la prérogative exclusive d’un clergé, la tradition anabaptiste/évangélique emprisonne Christ au ciel, en l’empêchant d’agir dans la vie des croyants via le repas du Seigneur. Si le premier tend à rendre les objets (le pain et le vin) en eux-mêmes des agents de la grâce de Dieu, le deuxième méprise la réalité matérielle et est carrément gnostique.

Ce faisant, probablement sans le vouloir, et sans le savoir, les évangéliques balaient du revers de la main tout un pan de ce que l’église a toujours cru depuis les premiers siècles. Il ne s’agit en effet que de lire un peu les Pères de l’église, même les premiers, pour se rendre compte que l’église a toujours cru que Christ était particulièrement présent et agissant parmi les croyants lors du repas du Seigneur. Comment cela se produit ? … il nous faudrait entrer dans tous les dédales de multiples controverses qui ont eu lieu durant l’histoire, ce que je ne ferai pas. Mais là n’est pas l’important. L’important est la promesse de Christ d’être parmi nous.

Inévitablement, la vie d’église évangélique devient celle d’un club social qui sert à m’aider moi dans ma spiritualité personnelle. Ce n’est plus "Christ en vous" (Colossiens 1), mais "Christ en chacun de vous". Utile l’église, mais pas primordiale. La raison d’être de ce club social n’est pas d’être la présence de Dieu sur terre (en étant le corps de Christ), mais d’augmenter la grosseur du club en faisant des sauvés. On définit un chrétien comme quelqu’un qui a été "sauvé",  et qui a été sauvé parce qu’il a été d’accord intellectuellement un jour dans sa vie avec 3-4 affirmations concernant Dieu et Jésus. On en vient à définir l’église en termes vagues comme: "la somme de tous les sauvés"… Une définition individualiste. Avec une telle vision de ce qu’est l’église et un chrétien, on en vient tôt ou tard à faire de l’évangile une propagande, d’user de techniques de publicité (=fausse représentation, manipulation), et d’abaisser le standard au minimum pour faire plus de membres dans le club.

Le pendant des églises traditionnelles est de définir l’église par "la somme des baptisés" … dans la bonne église… par le bon clergé… Et la tendance est de voir l’efficacité des sacrements en eux-mêmes (et non en Dieu qui agit à travers eux), ce qui mène à la superstition, et historiquement à baptiser n’importe quoi, et faire des sacrements un pouvoir "magique" aux yeux des croyants et abuser de leur crédulité.

Ce qui caractérisait les chrétiens dans les Actes n’était pas qu’ils s’approuvaient eux-même en se définissant comme des "sauvés", et l’église n’était pas la somme de ces "sauvés" (évangéliques). Ce n’était pas non plus une communauté de baptisés dans la bonne église et définie légitimement comme "l’église" parce qu’elle était approuvée et existait sous l’autorité d’un évêque de l’église officielle (catholicisme, luthériens, anglicans). Et ce n’était pas non plus une communauté de chrétiens qui s’approuvent entre eux parce qu’ils croient la même chose, en réaction à ce que "les autres" croient (protestantisme/évangélisme).

Ce n’est donc pas une question d’être approuvé par qui que ce soit, moi-même ou comment je "sens" que je suis sauvé, ou une hiérarchie, ou une association de clubs de sauvés (communément appelée "dénomination"). C’est plutôt une question de faits vérifiables, reconnaissables et indéniables. Une église est une communauté qui témoigne de la présence de Christ sur Terre. Cette réalité sera reconnue et indéniable. Visible.

Nous lisons dans les Actes la chose suivante: "ils furent étonnés, sachant que c’étaient des hommes du peuple sans instruction; et ils les reconnurent pour avoir été avec Jésus" (4:13).

Les gens ne nous reconnaîtront pour "avoir été avec Jésus" que lorsque nous serons une communauté de disciples caractérisée par la vérité et le pardon.

"Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux." (Matthieu 5)

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quelques textes qui ont alimenté ce texte:

- The interpretation of Scriptures, Why Discipleship is required, dans The Hauerwas Reader

- Stanley Hauerwas on Reformation Sunday

- Body Politics, par John Howard Yoder

- Christ, Baptism and the Lord’s Supper: Recovering the Sacraments for Evangelical Worship, par Leonard Vander Zee

Courir avec des chevaux

"Si, déjà, tu t’épuises à courir avec des piétons,
comment donc tiendras-tu en courant avec des chevaux?
S’il te faut un pays tranquille pour ta sécurité,
qu’adviendra-t-il de toi lorsque tu feras face à la crue du Jourdain?"

- Jérémie 12:5

Je suis en train de lire le livre Run with the Horses par le pasteur Eugene H. Peterson, le traducteur de la Bible The Message. C’est une réflexion sur la vie de Jérémie, le prophète de l’Ancien Testament qui vécu à une époque de grands bouleversements.

Pour l’anecdote… j’ai eu envie de lire ce livre en lisant (sur la page de IV Press sur facebook…) que c’était selon Bono (!) le meilleur livre qu’il ait lu de sa vie… Un peu surpris qu’un chanteur populaire dise cela d’un auteur comme Peterson, j’ai eu envie de lire le  livre, en sachant que ça ne pouvait pas être très mauvais, connaissant un peu l’auteur.

En lisant la préface, la curiosité n’a fait qu’augmenter. Un extrait:

La réaction la plus notable qu’a pu offrir l’église en constatant qu’elle perdait ses "parts de marché" fut de développer des approches marketing plus sophistiquées, et des techniques de gestion plus efficaces. Si les gens ne sont pas satisfaits, nous trouverons une façon de les ramener à l’église avec de la meilleure publicité plus glamour. Nous reformaterons l’église avec de nouveaux noms de marques. Puisque les Américains sont les champions mondiaux de la consommation, offrons-leur l’évangile en terme de consommateurs, en le ré-interprétant pour satisfaire leur addiction à Plus, Meilleur, et plus Sexy.

La grande ironie est que plus l’évangile est réduite à un produit de consommation, plus les consommateurs sont insatisfaits. L’évangile n’est pas un produit de consommation; il ne satisfait pas ce que nous croyons être nos "besoins". La vie de Jérémie n’est pas une "quête du bonheur" à l’Américaine. C’est plutôt la quête de Dieu qui cherche Jérémie.

Le premier chapitre a pour titre la question, "comment donc tiendras-tu en courant avec des chevaux?", et il raconte comment Dieu mit Jérémie au défi de vivre une vie de foi (courir avec les chevaux), ou de vivre une vie de mort-vivant, comme la majorité de ses contemporains. Voici quelques extraits:

L’énigme est de savoir pourquoi tant de gens vivent si mal. Non pas tant méchamment, mais stupidement. Pas cruellement, mais de façon tellement bête. Il y a peu à admirer, et encore moins à imiter, chez les gens qui sont proéminent dans notre culture … Des animateurs célèbres divertissent une nation d’insomniaques qui s’ennuient.

Que signifie d’être un vrai homme, une vraie femme?

… L’une des première chose qui frappe au sujet des hommes et des femmes des Écritures, c’est qu’ils sont décevants et pas très héroïques… Abraham a menti; Jacob a triché; Moïse a tué et s’est plaint; David a commit l’adultère; Pierre a blasphémé. Nous lisons et nous commençons à soupçonner une intention: une stratégie cohérente visant à démontrer que les figures de foi grandes et significatives étaient faits de la même argile que nous tous.

Dans les Écritures, … chaque personne découvre tous les éléments d’une aventure unique et originale. On nous évite de suivre les traces de quelqu’un d’autre et sommes appelés à une association incomparable avec Christ. La Bible est claire qu’à chaque fois qu’il y a une histoire de foi, elle est complètement originale. Le génie créateur de Dieu est sans limite. Il ne lui arrive jamais d’abandonner la rigueur de la créativité, par fatigue, et se résoudre à produire des copies par production de masse. Chaque vie est un modèle unique sur lequel il utilise des lignes et des couleurs, des ombres et de la lumière, des textures et des proportions qu’Il n’a jamais utilisé avant.

Le conseil biblique à ce propos est claire: "pas ma volonté, mais la tienne." Mais comment puis-je arriver à conseiller les gens à se renier eux-mêmes sans que cela soit mal compris et qu’ils croient qu’ils doivent devenir le tapis sur lequel les autres s’essuient les pieds? … Cela est paradoxal, mais pas impossible. Et Jérémie est un important exemple de ceux qui y sont arriver – une personne complètement développée (et donc très intéressante) et une personne complètement désintéressée (et donc sage et mature).

La vie est difficile Jérémie. Vas-tu quitter le bateau à la première vague d’opposition? Vas-tu aller te cacher lorsque tu découvriras qu’il y a plus à la vie que trois repas par jour et un endroit sec où dormir? Courras-tu à la maison aussitôt que tu découvriras que la majorité des hommes et des femmes sont plus intéressés à garder leur pieds au sec que de vivre une vie risquée pour la gloire de Dieu? Vivras-tu avec prudence ou courageusement? … Il est plus facile, je sais, d’être névrosé. Il est plus facile de vivre comme un parasite. Il est plus facile de relaxer et de se contenter de la moyenne. … Que veux-tu vraiment Jérémie? Veux-tu traîner les pieds à suivre cette foule, ou veux-tu courir avec les chevaux?

Extraits du chapitre 2, intitulé Jérémie, où l’auteur s’attarde au nom de Jérémie:

Plusieurs personnes en vieillissant deviennent moins. Enfants, ils avaient des idées grandioses de qui ils étaient et ce que la vie avait pour eux. Trente ans plus tard nous découvrons qu’ils se sont contenté de quelque chose de crasseux et bête. Qu’est-ce qui produit cet échange entre les aspirations de l’enfance et cette anémie de la vie adulte?

À notre naissance nous sommes nommés, pas numérotés.

Jérémie a simplement continuer à faire ce que nous faisons tous au début de notre vie: être un humain. Mais il n’arrêta pas de le faire.

Contraste entre 2 méthodes missionnaire

Récits inspirés de Actes chapitre 16.

Scénario 1:
Paul arrive à Philippes.
Selon la stratégie missionnaire de son association d’église, c’est LA place où implanter une église.
Cette stratégie missionnaire a été déterminée par le conseil d’administration de cette association.
Il a un budget de 50000 $ pour un an. Et il doit le respecter.
Il trouve un local pas trop cher, qui peut contenir 40 personnes.
Avec Silas, il fait une affiche avec "Église" écrit dessus. Ils installent l’affiche bien en vue sur le bâtiment.
Puis à une date fixée, ils font une conférence de presse et invitent tous les gens importants de Philippes, et annoncent qu’il fondent une église.
(Ils sont plutôt naïfs et ne se rendent pas compte que pour les gens de la place, … c’est simplement "un autre" lieu de culte, parmi des dizaines. Pas mieux, pas pire. Équivalent. Ils sont d’ailleurs enregistrés en tant qu’organisme à but non lucratif et émettent des reçus pour fins d’impôt, … comme tous les autres lieu de culte de Philippes. Ils ont aussi un site internet… Ça c’est plutôt cool, parce que les autres n’en ont pas encore!!… Sur le marché de la religion, être en avance sur ses compétiteurs, ça compte!!)

Quelques curieux viennent, … mais on n’y parle que l’Hébreu, que personne ne comprend, … et on chante des chansons en Hébreux qui ne signifient rien pour la plupart des gens de Philippes, qui sont des Romains qui parlent Latin.
Après quelques mois, voyant que la conférence de presse n’a pas fonctionné, ils font des annonces dans les médias.
Au bout de 1 an, il y a un baptisé, … le fils d’un couple de chrétien.
Il y a 6 membres: Paul, Silas, et 2 autres chrétiens de Jérusalem avec leur fille et leur fils, qui sont déménagés à Philippes depuis 6 mois.
Ils sont bien encouragés, parce qu’ils auront bientôt un autre couple de Troas qui va venir s’installer. En effet, Troas n’est pas très loin, et ce couple veut essayer une nouvelle église… ça commence à être plate à l’église de Troas.
Pour évangéliser, ils font des concerts de louange en Hébreux.

Scénario 2:
Paul arrive à Philippes, après avoir vu un Macédonien dans un rêve et avoir conclu que Dieu l’appelait, avec Silas, à aller en Macédoine, où se trouve la ville de Philippes.
Il cherche des gens qui sont les "enfants de paix" (Luc 10)
Il trouve en fait une "femme de paix": Lydie.
Elle les accueille dans sa maison. Ils lui annoncent la bonne nouvelle, la baptise avec toute sa famille.
Puis, après avoir chassé un démon d’une esclave qui prédisait l’avenir, ils sont jetés en prison… Où ils chantent à Dieu…
Après avoir survécu au tremblement de terre qui détruit la prison, ils annoncent la bonne nouvelle au géôlier, qui les accueille dans sa maison (et devient le 2e "enfant de paix" de cette histoire), qui "aussitôt fut baptisé, lui et tous les siens." (v. 33)
Finalement, ils sont priés par les autorités de la ville de quitter la ville la journée même.

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Quelques années après, Paul écrit l’épître aux Philippiens et dit:

"Je rends grâces à mon Dieu de tout le souvenir que je garde de vous, ne cessant, dans toutes mes prières pour vous tous, de manifester ma joie au sujet de la part que vous prenez à l’Évangile, depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne oeuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus Christ." (1:3-6)

"C’est la plus petite de toutes les semences; mais, quand il a poussé … il devient un arbre."

En lien avec mon dernier article, le livre Christianity Rediscovered, de Vincent Donovan, voici quelques autres réflexions…

(Gardez en tête que ce sont des réflexions qui sont en processus, et donc sujettes à changer, et non des énoncés de foi prises dans le béton.)

Le titre est tiré d’une parabole de Jésus en Matthieu 13.

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Sur un fil de discussion sur internet, il y avait un débat sur la nature de l’être humain… Avons-nous une âme immatérielle? Ou non? Est-ce que nous sommes créés avec une âme éternelle, ou est-ce qu’en réalité la Bible n’enseigne pas plutôt que nous mourrons et que Dieu nous ressuscite? Dans la discussion, plusieurs ont fait mention que nos conceptions concernant la nature humaine, que nous croyons être des conceptions chrétiennes et bibliques sont en réalité des façons de voir tirées de la pensée grecque et romaine dans beaucoup de cas.

Par exemple, il n’est pas clair que dans la pensée juive, et dans l’Ancien Testament, que l’humain possède une âme immortelle. Je ne ferai pas une étude exhaustive du sujet, mais par exemple, le psalmiste écrit: "Ce ne sont pas les morts qui célèbrent l’Éternel…" (Psaumes 115:17)

Cependant, notre évangile prend pour acquis que l’âme est éternelle, en elle-même, et le point central de cet évangile est de sauver cette âme du jugement perpétuel et éternel, l’enfer. Y-a-t’il un problème avec cet "bonne nouvelle"?

Ce qu’on pourrait appeler l’évangile "classique" de l’occident, en termes simplistes, c’est ce qui en gros consiste à dire que le salut, c’est faire en sorte que l’âme échappe à l’enfer éternel, soit par les oeuvres (catholique), soit sans les oeuvres (protestants/évangéliques).

Mais je ne veux pas m’attarder à tout décortiquer ce sujet. Parce qu’en fait, ce dont je me rends compte, c’est qu’il faut bien admettre que la bonne nouvelle protestante/évangélique a très bien "fonctionné" pour les occidentaux que nous sommes. Nous lisons en effet les histoires des réveils des 18e et 19e siècles aux États-Unis, ou en France, ou en Grande Bretagne, et c’est exactement le point de la prédication évangélique qui touchait tant les gens – échapper à l’enfer grâce au salut gratuit de Dieu.

Je mets maintenant, avec quelques modifications, le commentaire que j’ai fait sur le fil de discussion dont j’ai fait mention…

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L’évangile s’étant développé surtout dans une civilisation gréco-romaine, la façon de concevoir l’humain qui s’est développé dans le christianisme est donc gréco-romaine.

Quand nous disons "christianisme", cela n’équivaut pas à évangile… Nous pourrions dire que le christianisme est un développement culturellement spécifique qui se produit lorsque l’évangile rencontre une culture en particulier… Et donc, on peut plutôt parler de christianismeS.

Aujourd’hui, nous avons soif de retourner au "message primordial" ou "initial" de l’Évangile… et donc, il se fait toute une recherche sur la conception juive de la vie, tant au niveau académique, que pour plusieurs chrétiens "ordinaires". Pourquoi? Parce que c’est la conception de la vie et de l’humain qu’avait Jésus lui-même et les apôtres.

Est-ce "mal" que notre façon évangélique (et catholique) de voir l’humain soit typiquement gréco-romaine?

Pas nécessairement. Cette conception a en effet bien servi le christianisme majoritaire pendant les 20 derniers siècles.

Mais je crois néanmoins qu’il soit profitable que nous nous rapprochions de la façon de voir (le "worldview" en anglais) hébraïque. Je pense que ça peut nous enrichir en tant que chrétiens occidentaux, avec nos notions typiquement occidentales concernant l’humain.

Et, encore bien plus important, je crois profondément qu’une conception plus hébraïque, et moins gréco-romaine, de l’humain permet de mieux répandre le message de l’Évangile. Nous avons en effet, aujourd’hui à d’abord "convertir" les gens à une pensée chrétienne occidentale gréco-romaine pour ensuite les convertir à notre christianisme…

C’est toujours l’exigence missionnaire qui nous pousse à revoir nos conceptions et à creuser plus profondément dans notre héritage.

L’Évangile est la semence qui produit un christianisme spécifique dans une culture spécifique. Tenter de convertir les gens à notre christianisme équivaut à transplanter un arbre au lieu de planter une graine qui deviendra un arbre qui poussera dans une terre en particulier… Souvent, avec la transplantation, ce qui se produit, c’est que l’arbre meurt dans le processus, … ou il végète parce qu’il n’est pas fait pour pousser dans cette nouvelle terre… (comme l’évangile végète au Québec? Je pose la question…)

Le dieu de notre tribu, et notre évangile minuscule

"La tâche de notre temps pourrait bien être de passer d’une théologie du salut à une théologie de la création." – Vincent Donovan

J’ai lu récemment un petit livre, Christianity Rediscovered (Le Christianisme redécouvert), par Vincent Donovan, qui raconte son travail de missionnaire parmi les Masaï de la Tanzanie dans les années ’60.

Ce n’est pas une histoire typique du missionnaire habituel du 20e siècle… Honnêtement, ce livre m’a complètement  "flabergasté" …

Il serait très difficile de tenter d’expliquer en quoi l’histoire racontée dans ce livre, et la réflexion faite par cet homme m’ont tant ébahis… Ça serait difficile parce que nous avons un évangile tellement minuscule et centrée sur "ce qui arrivera à mon âme quand je mourrai" que nous avons énormément de mal à lire le texte des Écritures et ne pas y voir partout des "preuves" qui "prouvent" notre minuscule salut centré sur nos âmes individuelles. Un salut consistant essentiellement à laisser cette terre brûler pendant que nos âmes "bienheureuses" joueront de la harpe sur un nuage quelque part dans un ciel beige…

Cette tâche de redécouvrir en quoi consiste l’essence du christianisme, et de l’enseigner aux croyants, ne peut être faite sur papier (… ou sur un écran d’ordinateur…). En fait, si tel était le cas, Dieu ne se serait pas incarné, … il nous aurait expliqué tout sur papier. Mais il est venu, il est né, il a marché parmi nous, il a guéri, il a pleuré, il a rit, il a mangé, il a démontré qu’il était le créateur parmi nous, etc, etc, etc…

Cette explication (ou démonstration pour reprendre les mots de Paul) ne peut être faite que par une communauté qui est une église (… et non un club de sauvés ou une association de chrétiens communément appelé "église" …). Une communauté dans le monde, qui n’est pas du monde, et qui est - réellement - Christ (ou son corps) sur terre.

Je répète: cette démonstration de l’Évangile ne peut être faite que par une communauté qui est une église. Tant que nous n’aurons pas d’église, nous n’aurons pas d’évangélisation. Avons-nous des églises au Québec? La réponse n’est probablement pas non… Avons-nous des églises comme celles des Actes? Non. Avons-nous ce qui existe en Chine? Non. Avons-nous ce qui a évangéliser l’Europe durant les premiers 1000 ans de l’Église? Non. Nous avons beaucoup de club de sauvés, qui produisent beaucoup de consommateurs de christianisme…

C’est en étant confronté à la tâche missionnaire de tenter de faire comprendre l’évangile à une culture étrangère ce que nous appelons le "christianisme", que nous sommes en mesure de redécouvrir cet évangile. C’est en voulant répandre le message du Dieu des Juifs parmi les païens que Paul a pu saisir ce qu’il a saisi, et qu’il a pu écrire les lettres que nous lisons encore aujourd’hui. Ce "dieu des Juifs" ne pouvait pas demeurer limité aux Juifs, et de la même façon, nous avons aujourd’hui affaire à un "dieu évangélique" que nous traitons en idole, et que nous prenons pour le vrai Dieu.

Nous sommes placés dans une situation où nous avons le choix entre stagner dans le confort de notre christianisme et ce que nous pensons être la "bonne nouvelle", avec notre dieu évangélique, ou alors aller par la foi là où Dieu est déjà au travail, ailleurs que dans nos cabanes et ailleurs que dans nos théologies minuscules.

Les gens rejettent notre idole, et ils ont tout à fait raison de le faire. Nous sommes, en occident, dans une telle situation missionnaire.

"Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes"

Je suis en train de lire un livre écrit par Fabrice Hadjadj intitulé Et les violents s’en emparent. Bien que l’écriture soit très exigeante à lire, c’est vraiment un livre magnifique. J’ai pratiquement l’impression que je suis constamment en train de relire une paraphrase des Béatitudes.

Voici un extrait où il parle de la violence d’une vieille chrétienne qui prie.

(Le titre de l’article est tiré du verset 27 de 1 Corinthiens chapitre 1…)

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‎"Une vieille dévote qui prie est plus puissante que mille janissaires et autant de hoplites, puisqu’elle va puiser, par-delà l’humaine artillerie, dans la Toute-Puissance divine. C’est une para, non des parachutistes, mais du Paraclet. … … Voûtée, tremblante, avec ses os de verre par ostéoporose, avec ses nerfs tardifs et ses muscles de veille semelle, … dans la plénitude de son humiliation physique, ne parvenant qu’à peine à se porter elle-même, Renée Duculot, est-il nécessaire de le dire, porte le monde. Plus vigoureuse qu’Atlas, elle soutient le plancher; plus invincible que l’Armada, elle défend les hommes, plus pugnace qu’un bachi-bouzouk, elle défait les démons. Dans sa débilité même habite le Pantocrator. Lorsque ses jambes truitées de mauve s’ankylosent à lui interdire de se désincarcérer de son fauteuil crapaud, elle botte avec robustesse l’arrière-train de Béhémoth. Quand elle est blèche à ne pouvoir quitter son grabat, elle aide le soleil à se lever. Son désir se conforme tant à la Volonté créatrice qu’avec ses lumbagos, ses tremblotis, sa décalcification, ses pertes de vue et de mémoire … la … bancale Renée Duculot fait se mouvoir le ciel et la terre. Et elle y arrive avec un tel calme, une telle facilité, que personne ne le remarque.

[...]

La tombée de la manne fut un grand miracle: Dieu y nourrit son peuple à partir de rien. Mais la multiplication des pains est un miracle plus magnifique encore: Dieu y nourrit une foule à partir de ce que lui donne un enfant. Dans le premier, Il produit seul. Dans le second, Il suscite la coopération d’un autre, et cet autre est le dernier auquel on eût songé, un marmot de peu. Sa Toute-Puissance s’y élève jusqu’à appeler un tout-petit à l’aide. Sa Main forte et son Bras étendu s’y manifestent depuis de frêles menottes. Qui sondera jamais assez loin cet abîme: les infimes collaborent à la Seigneurie du Très-Haut, les effacés s’enracinent dans sa gloire. Les faiblots de corps, membrus de l’âme, les minuscules, les négligés, les hors concours participent à son inépuisable munificence.

[...]

Aussi ne saurait-on trop recommander aux États inquiets d’une authentique défense nationale de contribuer à la formation de régiments composés d’êtres aussi terribles que Mme Renée Duculot… Cette armée surpuissante, ces escadrons de la vie se constitueraient exclusivement de vieillards et d’enfants. … Des idiots seraient leurs stratèges, des reclus leurs éclaireurs, des muets leurs propagandistes. On les mettrait en première ligne, face à l’ennemi, c’est-à-dire dans des chapelles … Surtout en période de paix. Quand les assauts du Tentateur se font plus subtils, et la guerre plus que mondiale."

Seulement des histoires ?

"Ce que nous avons entendu, ce que nous savons, Ce que nos pères nous ont raconté, Nous ne le cacherons point à leurs enfants; Nous dirons à la génération future les louanges de l’Éternel, Et sa puissance, et les prodiges qu’il a opérés." – Psaumes 78:3-4

"Une histoire est le moyen fondamental de parler à propos de Dieu et de l’écouter, le seul moyen humain qui soit à notre disposition, qui est assez complexe et intéressant pour nous faire comprendre ce que signifie que d’être avec Dieu. Les premiers chrétiens, de façon intéressante, ne se sont pas évertué à spéculer pour définir des credo au sujet de la métaphysique de l’Incarnation (ou pour le dire autrement: parler de Christ en faisant abstraction des récits des Évangiles). Ils ont commencé par raconter des histoires à propos de Jésus, et à raconter des histoires à propos de ceux dont la vie avait changé de direction grâce à celle de Jésus." – Stanley Hauerwas et William Willimon, Resident Alliens, p. 54

Le peuple juif, de façon notable, est un peuple enraciné et défini par ses histoires, profondément ancré dans ses récits – celui de l’Exode en particulier. Chaque fête est une commémoration, qui lie chaque membre de la communauté à tous les autres membres, à travers le monde, et à travers le temps, depuis Jacob jusqu’à aujourd’hui. Un Juif qui fête la Pâque aujourd’hui, répète, à peu de choses près, les mêmes paroles que celles que ses ancêtres ont dites lors de la nuit où ils ont été chassés d’Égypte, il y a des milliers d’années. C’est cet attachement à ces histoires, souvent perçu de l’extérieur comme presque maladif et obsessif,  qui fait en réalité la force, l’identité, le caractère unique, de ce peuple. Et la survie.

"C’est aussi pour que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils comment j’ai traité les Égyptiens, et quels signes j’ai fait éclater au milieu d’eux. Et vous saurez que je suis l’Éternel." – Exode 10:2

"Et vous saurez que je suis l’Éternel." … La connaissance de l’Éternel, par les génération future, est liée à la transmission des histoires du peuple de Dieu.

Il y a dans ceci quelque chose de fondamental sur le comment du fonctionnement de l’humain. Sur le fonctionnement de son coeur.

L’humain étant à l’image de Dieu, nous pouvons dire que c’est aussi une caractéristique de Dieu. Et la Parole de Dieu est en grande partie essentiellement composée d’histoires.

D’où nous vient la fascination que nous avons, et qui ne se tarit jamais, pour les films qui raconte une histoire, ou pour les histoires autours d’un feu, ou pour les anecdotes que nous nous racontons les uns les autres encore et encore? Et l’amour que les enfants ont pour les histoires! Cela me semble être très révélateur sur la véritable nature de ce que nous avons besoin en tant qu’adultes. Sur ce que nous sommes en tant qu’humains, avant que la vie n’ait eu le temps de nous déformer. Et avant que nous en arrivions au point où nous nous illusionnons nous-mêmes et en arrivions au point où nous croyons pouvoir comprendre comment fonctionne vraiment la vie…

"Retourne dans ta maison, et raconte tout ce que Dieu t’a fait. Il s’en alla, et publia par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui." – Luc 8:39

"Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu, et je raconterai Ce qu’il a fait à mon âme." – Psaumes 66:16

L’auteur de l’épître aux Hébreux, voulant encourager les croyants déboussolés et découragés, tentés de retourner à leur ancienne religion, connue et sécurisante, leur raconte une série d’histoires de héros de la foi (au chapitre 11). Il ne le fait pas pour rien. Il ne perd pas son temps à vouloir divertir les gens en leur racontant de belles histoires. Il écrit ces histoires, parce que cela est nécessaire. Nécessaire pour expliquer ce qu’est la foi, pour la soutenir, et pour la susciter. La foi est reçue de Dieu, mais pour la nourrir, et la faire subsister, Dieu utilise ces histoires.

"Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas." – Hébreux 11:1

"Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte" – Hébreux 12:1

Si nous ne marchons pas par la foi, nous marcherons par ce que nous percevons, selon nos sens, selon notre analyse et notre intelligence. Nous tenterons d’appréhender la réalité par la vision extrêmement limitée que nos sens et notre intelligence nous fourniront. Nous serons comme des insectes dans une boîte qui ne connaissent que cette boîte, et qui, selon leur personnalité, se satisferont soit de faire le party dans leur carton brun, ou soit d’ériger les bonnes règles qui conviennent aux insectes qui vivent dans cette boîte.

Et ils se raconteront des histoires de boîte. Des histoires imaginées par des cerveaux de mouches qui croient avoir saisi la réalité de l’existence… Bien évidemment, il y aura toujours certains de ces insectes, plus portés vers le religieux, qui raconteront qu’il existe une vie après la boîte, mais que cette vie est tellement en-dehors et au-delà de cette boîte, qu’en réalité elle n’affecte d’aucune façon la vraie vie: la vie ici/maintenant dans la boîte…

… voilà en réalité la description d’un christianisme très répandu. Un christianisme qui fait une nette délimitation entre la vie maintenant/ici et la vie après/ailleurs.

Si nous ne nous racontons pas les histoires de la foi, nous croirons quand même des histoires. D’autres histoires. Des histoires de carton brun, qui nous convaincront que dans la réalité de notre boîte, le ciel est bien loin quelque part au-dessus des nuages, et qu’ici-bas, dans notre belle boîte, nous savons bien comment fonctionne vraiment le monde.

Cette autre histoire, cette autre bonne nouvelle, est en général une variation sur le thème de l’accumulation de biens matériels, de l’avancement social de l’individu, la poursuite du bonheur individuel, … une cotisation à des REER, une retraite à jouer au golf, et des voyages dans des Clubs Med, … avoir une maison, avoir une famille, avoir une automobile, avoir une télévision, un iphone, un chien, etc…

Une version chrétienne de cette bonne nouvelle est très répandue. La différence se situe essentiellement au niveau du langage. On parle en effet beaucoup de valeurs familiales.

Bon… j’admets… il y a aussi, dans la plupart des cas, fréquentation hebdomadaire d’un club social que les "autres" ne fréquentent pas. On appelle cette association de "sauvés" une église.

Et on se crée une version chrétienne de cette bonne nouvelle de notre société de consommation: la bonne nouvelle chrétienne d’une vie de classe-moyenne individualiste et sécuritaire, qui consomme du christianisme.

Prudente. Morale. Logique. Correcte. Adéquate. Sécuritaire. Pragmatique. Sans risques. Calculatrice. Prévoyante. Morte. Incrédule. Lâche. Mise en boîte.

Et le résultat final en vérité, c’est une vie déterminée par un tas de circonstances, d’hérédité, d’éducation, de culture environnante, et non une vie affranchie.

Une vie avec un cerveau, et un coeur dans une boîte. Une boîte fermée.

"des aveugles dirigés par des aveugles" – Matthieu 15:14

"vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira" – Jean 8:32

La foi est la façon de percevoir la réalité qui appartient au coeur. C’est là que se forge les convictions et les certitudes de la foi, qui nous font voir au-delà de ce que la réalité semble être. Nous savons que les "choses qu’on espère", et "celles qu’on ne voit pas" sont vraies. Nous le savons. La foi voit que le ciel n’est pas ailleurs, ni après. Elle voit que le royaume de Dieu est ici, maintenant.

C’est la foi qui permet de prier, avec la conviction de celui qui a vu, "que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel."

Pour produire cette foi, et pour la nourrir, il est nécessaire que l’âme se nourrisse d’autres sortes d’histoires que celles qui sont en cours dans ce monde. Se nourrissant d’autre chose que de pseudo-rêves abrutissant de boîte de carton brun, le coeur acquiert une certitude tenace et solide qui produit en ceux qui en sont atteint une éternelle insatisfaction.

Ils ne peuvent pas en effet se résoudre à se contenter de ce qu’ils voient. Ils savent qu’il existe une réalité plus grande que ce que le quotidien leur balance à la figure à tous les jours, ou que ce qu’ils voient toutes les semaines au club de sauvés… cette "réalité" que la plupart des gens se bornent à croire. Ils ne peuvent se satisfaire de ce qui à leurs yeux leur apparaît être des platitudes, et ils poursuivent une réalité que seule la foi peut voir. Et cela les fait apparaître bizarres et irréalistes aux yeux des gens… et aux yeux des amateurs de christianisme consommable, les autres membres du club de sauvés.

… ils cherchent une patrie… ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste – Hébreux 11:14, 16

Comment peuvent-ils continuer à avoir cette certitude de la foi, quand tout ce qui s’adresse à leurs sens et à leur intelligence leur crie que l’objet de leur foi est une légende et une connerie? Du rêve inutile. Une invention de leur propre cerveau. Qu’est-ce qui soutient cette ferme assurance, et cette quête infatigable, quand le bon sens et la raison leur conseillent de calculer, et de se contenter de la bonne vieille logique connue depuis toujours et par tout le monde dans la boîte en carton?

Ce qui les soutient, ce sont la plupart du temps ces histoires de ces fous de Dieu. Ces histoires de ceux qui ont expérimenté les réalités de la foi.

… Ces histoires d’un David poursuivi pendant des années comme un ennemi de la nation, un traître digne de mourir dans la honte, un vulgaire bandit, qui par la foi a attendu patiemment que le temps de Dieu arrive, qui n’a pas forcé les choses, alors qu’il aurait pu le faire (quand il eut l’occasion, à plus d’une reprise, de tuer facilement Saül, le roi qui le persécutait). Sa confiance était en Dieu seul. Pas en ses calculs et sa propre force. Tout lui criait de cesser de croire ces "légendes ridicules", et c’est durant ces années qu’il écrivit probablement ses plus grands psaumes…

… Et cette histoire de ce Moïse, le chef ridicule d’un peuple ridicule, un peuple de sous-hommes, des esclaves méprisables et bien évidemment inférieurs et stupides, qui méritent amplement leur sort, et qui d’ailleurs sont paresseux et se plaignent tout le temps. Un hébreu ne travaille qu’au fouet, ou ne travaille pas, c’est bien connu. Tout le monde sait ça à la court de Pharaon… Et voilà ce vieillard de Moïse… un stupide berger qui sait à peine parler, et qui n’est même pas en mesure d’enligner deux mots correctement sans faire rire, parce qu’il béguaille. Et en plus, il sent le mouton. Et c’est ce Moïse qui se tient debout devant le Pharaon, le roi-dieu de la puissance mondiale de l’époque, et qui parle au nom du dieu de ce peuple de sous-humains … un dieu d’ailleurs qui n’a aucun temple, et que personne aux dernières nouvelles n’a jamais vu … en tout cas, personne à la court de Pharaon. Ce gardien de moutons qui parle au nom du pseudo-dieu des sous-humains voudrait qu’on laisse partir ce peuple de paresseux ?????

Et il y parvient. Grâce à Dieu.

… Et Paul, qui écrivait sans cesse aux chrétiens de se réjouir, et dont les lettres débordent littéralement d’une joie presqu’indécente… ces lettres qu’il a écrite du fond de sa cellule puante, violente, insalubre et désespérante d’une prison romaine…

…Et tous ces autres fous qui à travers les siècles ont faits des miracles, par la foi. Comme Georges Müller au 19e siècle, qui s’occupait de milliers d’enfants orphelins, sans jamais avoir eu aucune garantie financière, où chaque journée pouvait être la fin de l’aventure (par manque d’argent), et qui n’a jamais fait aucune sollicitation d’aucune sorte, sauf sur ses genoux dans sa chambre, à prier son Dieu…

… Ou ces milliers de croyants qui ont préféré pourrir en prison pendant des décennies, ou dans des goulag ou des camps de travail, plutôt que de renier leur foi.

Je pourrais continuer et faire une liste aussi glorieuse que celle d’Hébreux 11…

Nous avons fait trop souvent du christianisme une série de dogmes à croire, un "plan du salut" à "accepter", une croyance. Et nous nous étonnons du fait que ça n’inspire pas beaucoup de monde… Ou que ça inspire des gens pour de mauvaises raisons (parce que nous prêchons un "salut" égoïste qui attire les mouches…). Nous nous étonnons de nous retrouver avec des jeunes qui vont voir ailleurs. Ou encore pire!! des jeunes qui deviennent des religieux, pires de génération en génération, de plus en plus le genre de religieux satisfaits, puritains, et dont la présence est tout bonnement insupportable pour un être humain normalement constitué … sauf pour les religieux exactement comme eux…

Pourquoi croyez-vous qu’à chaque génération, quelque part dans le monde, des millions de jeunes hommes commettent l’acte, en apparence fou, de s’engager volontairement comme soldat?

Par ennui.

Pour vivre quelque chose de plus grand que leur petite personne. Pour faire partie d’une histoire qui signifie plus que de ramasser des REER pour jouer au golf quand ils auront 60 ans. Pour se sentir vivant. Pour mourir pour quelque chose. Parce que s’il n’y a rien pour lequel il vaille la peine de mourir, alors autant mourir que de "vivre" une "vie" aussi ennuyante … et stupide.

Les jeunes (les hommes en particulier?), fuient la platitude quotidienne de cette sécuritaire bonne nouvelle de classe-moyenne ronflante nord-américaine en se divertissant… Et nous avons des ados de 35 ans qui se passionnent pour le sport à la télé, ou pour les jeux vidéos. Pourquoi? Pour au moins faire semblant de faire partie de quelque chose de grand.

Et, aussi pathétique qu’il est possible de l’être, l’église répond "adéquatement" à ces jeunes. Comment? En étant cool. En tentant de faire concurrence aux divertissements de l’extérieur de l’église.

Au lieu d’inspirer les jeunes en leur racontant d’autres histoires que des histoires de boîte de carton et de retraite à 60 ans, elle leur dit en réalité: "il est possible d’être chrétien, et de vivre sa vie dans la boîte de carton, selon la façon de penser de tout le monde dans cette boîte de carton…. la seule différence, c’est que nous, après la mort, on va au ciel… … et aussi on a 3-4 règles qu’il est mieux de suivre… si tu veux… parce que de toute façon tu es "sauvés" maintenant que tu as dit les mots magiques qu’il fallait dire. Nous dans le fond, tout ce qu’on veut c’est que tu continues à venir à l’église. Donc, on est gentil avec toi. Aime-nous! Aime-nous! Aime-nous!…. SVP Aime-nous!!!!!!"

Si nous espérons voir un renouveau dans les églises, cela ne passera pas par plus d’enseignements, ou plus de « sanctification », plus de services, de la meilleure louange, ou de meilleurs programmes. Ce qui manque, ce n’est pas plus de connaissances, ou de la bonne louange, ou de bons programmes. Nous avons des églises pleines d’enfants spirituels trop pleins de connaissance, trop pleins de louange, nourris à la petite cuillère, mais qui ne vont nul part.

Ce qui manque, c’est l’inspiration. Et on n’inspire personne en étant téteux et avec nos dimanches matins confortables, sécuritaires, et aseptisés. (Ou familiales, … c’est le nouveau mot à la mode…) Et on n’inspire personne non plus avec des croyances désincarnées que nous disons avec la bouche, sans les vivre.

L’inspiration se crée par des histoires de sueur et de sang, de revirements impossibles et de résistance contre toute probabilité, de miracles ayant sauvé des situations et des gens, et de miracles de fous de Dieu qui se sont réjouis même quand ils n’ont pas été sauvés de situations les plus désespérantes, d’histoires de Paul et de Silas qui chantent après avoir été battu et emprisonnés, d’histoires de quête contre toute vraisemblance, d’anti-héros qui ont fait l’impossible, des histoires de courage, de persévérance, d’intégrité, de foi…

Si j’ai un jour des enfants, je ne leur ferai pas apprendre qu’une série de croyances. Je veux d’abord et avant tout leur raconter des histoires de ces fous de Dieu qui ont eu la foi. Et ils seront bien en mesure, en temps et lieu, de déduire quelles auront été mes croyances, par la vie que j’aurai eu. Parce que les seules croyances que je leur transmettrai vraiment ne seront pas celles que je leur aurai apprises par mes paroles, mais celles que ma vie, mon histoire, aura démontré.

Parce que ce seront en réalité les seules croyances que j’aurai vraiment cru.

Racontez-le à vos enfants, Et que vos enfants le racontent à leurs enfants, Et leurs enfants à la génération qui suivra! – Joel 1:3

Un peuple de crucifiés

"Marcher dans la voie de la croix, c’est d’avoir la foi que Dieu, par sa propre puissance, peut – et va –  produire une meilleure fin que ce que je pourrais moi-même orchestrer.

Lorsque nous sommes engagés dans cette voie de la mort, nous confions notre vie au Dieu qui donne la vie aux morts. Et cela implique que nous renoncions à la puissance que nous avons à notre disposition (hélas! trop souvent) de tenter d’organiser le futur que nous imaginons pour nous-mêmes et, avouons-le, aussi le futur que nous imaginons pour les gens autours de nous."

- Daniel Kirk

"En effet, le message de la croix est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, il est la puissance de Dieu."

"Nous avions intérieurement accepté notre arrêt de mort afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes mais en Dieu qui ressuscite les morts."

l’apôtre Paul, 1 Corinthiens 1:18, et 2 Corinthiens 1:9

Surpris par la grâce

"There is a crack in everything
That’s how the light gets in."

Leonard Cohen

"Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir. Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi, et il m’a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi."

l’apôtre Paul (2 Corinthiens 12:7-9)

Cesser de tout "hyper-spiritualiser" …

Sur un forum de discussion auquel je participe parfois, un chrétien a posé la question suivante:

"La prière enseignée par Jésus est étonnante et révèle de très grandes richesses spirituelles …  Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ? De quelle nourriture s’agit-il ??"

Certains répondaient en voulant faire de ce pain quelque chose de seulement spirituel… J’ai perdu un peu patience, et voici ma réponse, un peu modifiée, que je transcris ici, sur le caractère profondément subversif et politique d’une telle prière:

"Je pense que le pain dont il est question est la nourriture matérielle. Je ne vois pas pourquoi Jésus s’évertuerait à parler en symbole dans ce cas-là.

Ça peut peut-être AUSSI être le pain spirituel, … mais pas exclusivement, …

Et c’est un symptôme d’une hyper-spiritualisation de la l’évangile que de penser que cette phrase ne concerne que les "vrais besoins", les besoins spirituels. C’est faire du christianisme une religion désincarnée, gnostique, bouddhiste plutôt que judéo-chrétienne.

Prier "donne-nous notre pain quotidien" en occident, c’est prier une prière très subversive. C’est très révolutionnaire. Nous pensons stupidement que le pain que nous avons, nous l’avons gagné par notre travail. Et vlan dans les dents!! Que nenni! La grande révélation: Tout est donné par Dieu!! Ne prenez RIEN pour acquis! Tout doit être reçu avec gratitude!

Et Dieu se plaît à ce que nous lui demandions ce genre de truc "banal".
Parce que ce n’est pas une religion de grandiosités. Mais un Dieu qui se plaît à naître du ventre d’une femme pauvre, dans une contrée de colonisés, au sein d’un peuple quasi-inconnu. Un Dieu qui pendant 30 ans est demeuré inconnu, un voisin banal qui tentait de survivre en se faisant des échardes dans les mains à longueur de journée dans l’atelier de son charpentier de père.

Cette prière est un affront direct et un assaut frontal à l’orgueil de notre civilisation qui prétend être riche, et qui croit maîtriser les aléas de la nature et être au contrôle de sa production de "pain quotidien"."

Le discernement de la volonté de Dieu – 5

« Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher! … Enseigne-moi à faire ta volonté! Car tu es mon Dieu. Que ton bon Esprit me conduise sur la voie droite! » (Psaumes 143:8, 10)

« L’Éternel appela de nouveau Samuel. … Samuel ne connaissait pas encore l’Éternel … L’Éternel appela de nouveau Samuel, pour la troisième fois. Et Samuel se leva, alla vers Éli, et dit: Me voici, car tu m’as appelé. Éli comprit que c’était l’Éternel qui appelait l’enfant, et il dit à Samuel: Va, couche-toi; et si l’on t’appelle, tu diras: Parle, Éternel, car ton serviteur écoute. » (1 Samuel 3:6-9)

« … celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. » (Jean 10:2-4)

Cet article est le dernier d’une série d’articles sur 5 livres que j’ai lu récemment, au sujet de la recherche de la volonté de Dieu, et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux, trois, quatre.)
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Ce dernier livre s’intitule Discerning the Will of God, An Ignatian Guide to Christian Decision Making (Discerner la volonté de Dieu, un guide inspiré d’Ignace pour la prise de décision par les chrétiens), écrit par Timothy M. Gallagher. Certains seront probablement surpris que je place un livre écrit par un jésuite parmi cette liste, et qu’en plus je dise que c’est à mon avis le meilleur parmi les cinq. J’en suis un peu étonné moi-même. Et à voir récemment le visage horrifié d’un frère à qui je partageais mon enthousiasme à propos de ce livre, je suis préparé au pire…

Pour n’importe quel chrétien qui a pu passer par des choix difficiles, entre des alternatives valables, bonnes et raisonnables, mais qui s’excluent mutuellement, c’est un livre d’une pertinence et d’un réalisme vraiment impressionnant, et même émouvant. Il décrit la fameuse «méthode» de Saint-Ignace, le fondateur des Jésuites, pour arriver à discerner la direction de Dieu au sein de la confusion et du chaos qui peuvent exister dans nos vies et dans nos âmes. Tout cela n’a rien de bien mystérieux, et c’est à mon avis tout à fait biblique.

Le message d’autres livres (Knowing God’s Will, et  Hearing God) rejoint d’ailleurs un peu celui d’Ignace, mais prennent plusieurs chapitres pour aboutir et tenter de convaincre le lecteur que Dieu veut et peut nous montrer sa volonté. Ce livre est au contraire très concis, et très simple à lire. Je suis persuadé que l’enseignement d’Ignace sur le discernement est un don à l’église « pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et l’édification du corps de Christ. » (Éphésiens 4:12). Je ne peux pas me prononcer sur toute l’oeuvre d’Ignace, je ne l’ai pas lu. Et je sais que les Jésuites sont un mouvement controversé dans plusieurs milieux, même parmi certains catholiques. Je pense simplement alors que comme pour tout enseignements, il nous faut suivre Paul qui nous dit: «examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.» (1 Thessaloniciens 5:21).

Plusieurs aspects du livre vont très certainement rebuter les protestants/évangéliques, comme l’insistance sur la participation à l’eucharistie en tant que moyen que Dieu emploie pour que nous discernions sa volonté, ou encore la nécessité d’une direction spirituelle par un frère ou une sœur expérimenté dans ce domaine. Je dirais par expérience que ce dernier aspect est en réalité fort aidant, et je commence à penser, comme l’auteur, qu’il est probablement nécessaire. La notion que Dieu doive passer par l’aide d’un autre chrétien pour nous diriger nous rebute en tant que protestants/évangéliques, parce que nous avons en fait une religion très individualiste, et que la confession ne fait pas partie de nos pratiques habituelles. (Ce n’est malheureusement qu’une « option » que nous ne pratiquons presque jamais). Un autre aspect qui peut déranger, ce sont les multiples exemples que l’auteur donnent qui concernent les décisions quand à la vocation de prêtre ou de bonne sœur. Les exemples donnés tournent d’ailleurs autours de 2-3 sujets, et cela peut être redondant (carrière, appel à une carrière religieuse, mariage, célibat). Certains trouveront certainement aussi l’approche très subjective.

Si j’avais à ne recommander qu’un seul livre parmi les cinq, ce serait celui-là. Pratique, concis, pertinent, simple, utile, réaliste, chrétien, touchant.

« C’est là la question à laquelle Ignace s’attarde dans ses Exercices Spirituelles, et cette question est le point principal de ce livre : Lorsque des gens qui aiment Dieu sont confrontés à des choix entre des options qui sont toutes bonnes et qu’ils sont libres de choisir, comment peuvent-ils discerner la volonté de Dieu? » (p. 17)

« Je suis créé pour faire quelque chose ou pour être quelque chose pour lequel personne d’autre que moi ne fut créé; J’ai une place dans le conseil de Dieu, dans le monde de Dieu, que personne d’autre n’a… Dieu me connait et m’appelle par mon nom. (John Henry Newman) » (p. 18)

« «Nous l’aimons parce qu’il nous a aimé en premier.» Ce verset biblique (1 Jean 4:19) forme la base de toute recherche de la volonté de Dieu: lorsque le cœur humain découvre que ce monde n’est pas vide, que sa vie n’est pas insignifiante, qu’il a été aimé depuis toute éternité, et que sa propre existence est un don d’amour, alors le cœur se réjouit et l’aspiration à répondre s’éveille. Alors la volonté humaine devient assoiffée d’être en communion avec la volonté divine, ce qui est de l’amour mutuel – l’amour pour lequel nous somme faits, et qui, comme le dit Augustin, est le seul qui peut donner le repos à nos cœurs fatigués. » (p. 18)

« … vouloir la volonté de Dieu. … Tout ce que Dieu veut que nous fassions, c’est que nous lui demandions ce qu’Il veut, et ensuite de le faire. Sur cette fondation, une solide vie de foi peut être bâtie. » (p. 26)

« … « Tout ce que tu voudras Seigneur. » … Comment en arriver à cette disposition du coeur? Peu de questions dans le processus du discernement sont plus cruciales que celle-là… » (p. 19)

« Pour Ignace, finalement, tout ce qui peut rendre le cœur disposé à permettre le discernement est centré sur Christ: le Christ qui m’a aimé jusqu’à mourir pour me libérer du péché et de mes blessures…; le Christ qui par amour m’invite à partager avec lui sa propre mission de salut et de guérison des cœurs humains, et de faire de cette mission le but de ma vie, peu importe l’appel spécifique qu’il me donnera (le mariage, le ministère, la vie religieuse, le célibat) …; l’humble et pauvre Christ qui m’invite à embrasser cette même simplicité de cœur – cette soumission dont Jean parle – pour permettre d’être vraiment libre dans mon discernement … » (pp. 47-48)

« Une personne transformée par Jésus, portant Jésus dans tous les aspects de son humanité; une personne qui est centrée sur Jésus … cette personne est prête à discerner. Telle est donc la disposition qui nous prépare à discerner la volonté de Dieu: la prise de conscience fondamentale de l’amour infinie de Dieu pour vous; la rencontre transformatrice avec Jésus qui vous a aimé jusqu’à mourir pour vous libérer du péché… et finalement, la quête continuelle pour une connaissance qui est celle du cœur et un amour grandissant pour Christ. » (pp. 48-49)

« Ignace enseigne que la préparation idéale pour le discernement est de contempler le Christ dans les Évangiles. Ceux qui sont engagés dans un processus de discernement considéreront que cette contemplation est d’une valeur inestimable. » (p. 53)

« … il y avait tellement de bruit dans mon âme … Il y avait tellement de bruit que je ne pouvais pas entendre la parole de Dieu. … le silence est le climat idéal pour le discernement… ce silence qui nous permet d’entendre le «murmure doux et léger» (1 Rois 19:12) par lequel Dieu parle au cœur humain. » (p. 55)

« … me savoir être un pécheur qui est aimé jusqu’à la mort par Jésus-Christ, cela me donna la liberté de m’offrir moi-même pour être peu importe ce que que le Seigneur voulait faire de moi. » (p. 57)

« Il y a une valeur évidente dans le conseil d’Ignace selon lequel le discernement doit être quelque chose qui se fasse en étant accompagné. Lorsque ceux qui discernent sont incertains, se sentent bloqués, et ne savent pas comment faire, souvent ce qu’ils ont besoin c’est d’un accompagnement plein de sagesse. » (p. 62)

« …Dieu peut simplement nous faire la grâce de nous donner une clarté qui est au-delà de tous les doutes. Les fruits d’un tel discernement est évident par la certitude et la paix profonde, la joie, la confiance, et un sentiment de sécurité de savoir que nous sommes aimés de Dieu… Comme nous l’avons vu, le discernement qui se fait selon ce premier mode est un don gratuit de Dieu. Notre tâche, lorsque Dieu le donne, est de le reconnaître, et d’agir en conséquence… » (p. 81)

« Lorsque Dieu ne donne pas la clarté qui va au-delà de toute possibilité de douter, qui est le premier mode de discernement, la personne qui est en processus de discernement (et son accompagnateur spirituel) doivent se tourner vers le second mode. La fondation d’un tel discernement est une prière continuelle centrée sur la contemplation de Jésus dans les Évangiles… cette personne doit attentivement observer dans les moments où elle se trouve en consolation, vers quelle partie Dieu le dirige, et pareillement lorsqu’elle se trouve dans la désolation. Le discernement selon le second mode suppose donc que celui qui discerne comprend et reconnaît les expériences de consolation et de désolation spirituelles. » (p. 87)

« Une attraction qui revient toujours, comme magnétique, accompagnée d’une joie spirituelle, une impression récurrente qu’il y a plus… une recherche nourrie par la prière, fidèle et quotidienne, un processus qui avec le temps forge une attraction vers une option, au point où une clarté et une compréhension sont atteintes concernant une option; c’est là le discernement selon le second mode. » (p. 99)

« Avec émerveillement, nous découvrons qu’il est réellement possible d’entendre ce "murmure doux et léger" de Dieu qui parle à nos coeurs: la confusion qui règne au sein de la confrontation entre nos attractions et nos résistances cède la place à une clarté spirituelle. » (p. 100)

« Mieux que quiconque, le Saint-Esprit vous enseignera comment goûter avec le coeur et connaître avec douceur quelles raisons font en sorte qu’une option sera pour le plus grand service et la plus grande gloire de Dieu. » (p. 102)

« … la croissance humaine et spirituelle énorme qui est donnée [par Dieu] durant le processus de discernement est évident. » (p. 129)

« Certainement, le processus de discernement est une question d’atteindre une clarté dans un choix spécifique. Nous entamons ce processus précisément parce que nous recherchons cette clarté. Dieu cependant, en nous appelant à parfois passer au travers d’un processus long et laborieux, par celui-ci nous offre une opportunité de croître qui n’a pas de prix, et qui souvent nous change pour toute la vie. Grâce à plusieurs années troubles de discernement, … [un croyant] graduellement apprend le courage… apprend à lâcher prise et à se soumettre à Dieu, découvre la joie immense de connaître l’amour de Dieu… » (p. 130)

« Quelle croissance Dieu donne-t-il à cette personne, au travers du processus de discernement? Nos efforts et nos luttes dans ce processus ont une signification dans le plan de Dieu. Par celles-ci, le Dieu qui nous aime nous appelle à une nouvelle vie et à croître. » (p. 131)

« Puis la main du Seigneur vint sur St-Francois. Aussitôt qu’il eut entendu cette réponse, et que par le fait même il eut connu la volonté de Christ, il se tint sur ses pieds, enflammé par la puissance de Dieu, et il dit au frère Masseo avec une grande ferveur: "Allons-y! – au nom du Seigneur!" » (tiré de la biographie de St-Francis, par Fioretti) (p. 135)

« "Je suis par conséquent certaine que je suis dans la volonté de Dieu, et cela me donne la paix et la joie." Cette paix et cette joie inébranlables, la certitude d’être "dans la volonté de Dieu", cela donne la force d’aimer même dans les circonstances les plus imprévues et les circonstances de la vie les plus humainement troublantes – voilà le fruit de passer par un processus de discernement de la volonté de Dieu. » (p. 136)

Le discernement de la volonté de Dieu – 4

«La parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots : Avant que je t’aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu sois sorti de son sein, je t’avais consacré … Ne les crains point, car je suis avec toi …» (Jérémie 1:4-5, 8)

Cet article fait partie d’une série d’articles à propos 5 livres que j’ai lu récemment, au sujet de la recherche de la volonté de Dieu, et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux, trois.)
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The Call (L’appel), par Os Guinness, est un livre que j’ai lu deux fois en moins de trois mois à l’été 2011. Certaines pages de mon exemplaire ressemblent presqu’à des pièces d’art moderne, avec des soulignements à pratiquement chaque ligne, au stylo bleu (première lecture), et rouge (deuxième lecture), avec des astérisques partout, avec des flèches ou des commentaires plus ou moins lisibles dans presque toutes les marges… Os Guinness est un chrétien anglican d’origine anglaise qui vit aux États-Unis, et qui a consacré sa vie à analyser la culture moderne occidentale, et ce que le christianisme a à dire à cette culture. C’est un homme qui dans la description de son parcours, semble avoir eu comme souci d’être totalement dans le monde, sans être du monde. C’est là l’un des gros thème de ce livre: suivre Christ qui nous appelle à aller et à être dans ce monde. Ce n’est pas un «livre de recette», avec «4 étapes faciles pour découvrir la volonté de Dieu pour vous», mais plutôt une exposition passionnée de la réalité de l’existence d’un appel spécifique à chaque chrétien, de ce qu’est cet appel, et des obstacles multiples qui seront sur la route du chrétien qui s’engage à suivre Christ. C’est un livre à la fois dur et inspirant, profondément chrétien et solidement ancré dans notre époque et le contexte actuel. Il somme le lecteur de répondre à l’appel de Jésus-Christ qui nous dit: «Toi, suis-moi». Certains trouveront par contre que l’auteur peut avoir tendance à avoir par moment un style pompeux, et qu’il peut sembler parfois un tantinet prétentieux, par l’attitude et la certitude avec laquelle il affirme certaines choses. C’est le genre de livre qui contient des centaines de passages qui font d’excellentes citations à réciter… je pourrais donc mettre 15-20 pages d’extraits, mais je vais tenter de me limiter…

« … écoutez Jésus de Nazareth et ses deux mots qui ont changé le monde – «Suis-moi.» … Calculez le prix, considérez les risques, et dédiez chaque jour de votre vie pour cette aventure dans laquelle vous multiplierez vos dons et vos opportunités et apporterez la gloire à Dieu et ajouter une valeur à ce monde. » (p. X)

« Kierkegaard écrivit dans son journal : «La chose à faire est de me comprendre moi-même, de voir ce que Dieu veut vraiment que je fasse; le point est de trouver une vérité qui soit vraie pour moi, de trouver l’idée pour laquelle je pourrai vivre et mourir.» … » (p. 3)

« Nous n’avons pas seulement la promesse explicite de Jésus que ceux qui cherchent trouveront («cherchez et vous trouverez»), mais nous avons aussi son exemple direct qui nous démontre que ceux qui cherchent sont aussi cherchés par Quelqu’un. … Les mots adressés à Bartimée, le mendiant aveugle qui chercha désespérément la guérison de la part de Jésus, sont les encouragements que nous avons tous de la part de Dieu: «Prend courage, lève-toi, il t’appelle.» … » (p. 16)

« Comme C.S. Lewis le dit bien : «Plus nous nous éloignons de ce que nous appelons «nous-mêmes», et plus nous Le laissons écarter ce «nous-mêmes» de la voie, alors étrangement nous devenons plus nous-mêmes.» L’alternative est un réel désastre. «Plus je Lui résiste, et plus j’essaie de vivre par moi-même, alors plus je deviens dominé par ma propre hérédité et par mon éducation et par mon entourage et par mes désirs naturels. En fait, ce que j’appelle fièrement «moi-même» devient de façon banale l’endroit où se rencontre une suite d’événements que je n’ai jamais initié et que je ne peux pas arrêter.» C’est seulement lorsque nous répondons à l’appel de Christ et que nous le suivons que nous devenons réellement nous-mêmes, et développons une personnalité qui soit la nôtre. Quand on en vient au problème de l’identité dans notre époque moderne, les gens ont tourné les choses complètement à l’envers: Professant être incertains de Dieu, ils prétendent être certains d’eux-mêmes. Les disciples de Christ mettent les choses à l’opposé: Incertains de nous-mêmes, nous sommes certains de Dieu. » (p. 25)

« L’appel signifie que chacun, où qu’il soit, et dans tous les domaines, accomplisse son appel (secondaire), en réponse à l’appel (primaire) de Dieu. Pour Luther, le paysan et le marchand – pour nous l’homme d’affaire, le professeur, l’ouvrier d’usine, et le journaliste à la télévision – peuvent faire le travail de Dieu (ou échouer), tout autant que le ministre de culte et le missionnaire. » (p. 34)

« Comme Bonhoeffer insiste: «La réponse des disciples est un acte d’obéissance, pas une confession de foi en Jésus.» Les disciples n’ont pas considéré ses paroles, réfléchi profondément, puis décidé s’ils voulaient le suivre – ils ont simplement entendu et ont obéi. … L’appel est tout ce qui compte. Jésus en est la raison. La seule façon de suivre est de tout quitter et de le suivre. … Connaissez-vous seulement le gentil-évangile de notre âge de facilité, ou avez-vous été sommés de répondre à l’appel sans concession de Dieu? … le monde moderne est une menace profonde à l’autorité de Dieu… Cela est vrai … parce que notre culture entière, incluant les chrétiens, se fient tellement aux possibilités de notre monde moderne que nous n’avons réellement «pas besoin de Dieu» dans la vie pratique. … La foi en Christ ne pourra regagné une autorité décisive dans le monde moderne que lorsque nous qui suivons le Christ nous craindrons Dieu plus que nous craignons les puissances et les faveurs de la modernité… » (pp. 65-67)

« Une vie vécue à l’écoute de l’appel décisif de Dieu est une vie vécue devant un seul auditoire qui est au-dessus de tous les autres – l’Audience de Dieu seul. » (p. 70)

« … Dorothy Sayers [décrit la paresse ainsi]: « … le péché qui ne croit en rien, ne s’inquiète de rien, ne cherche à rien savoir, n’interfère avec rien, n’apprécie rien, n’aime rien, ne hait rien, ne trouve de sens en rien, vit pour rien, et ne demeure en vie seulement parce qu’il n’y rien pour lequel il vaudrait la peine de mourir. » (p. 142)

« Hébreux 11 fait une liste d’honneur de foi visionnaire, un catalogue inspirant d’hommes et de femmes dont la vision de Dieu les appela à vivre et à travailler contre les coutumes, les valeurs, et les priorités de leur génération. Ils ont marché au rythme d’un autre tambour. Leur vision fut dirigée vers un autre but. Leur foyer était dans un pays différent. Ils regardaient vers l’avant, vers une cité différente. Par leur foi, ils ont remis le monde entier en question, et l’auteur aux Hébreux dit d’eux: «Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie.» (v. 14) … … Une vision née d’un appel signifie que les disciples de Christ ne cadreront pas facilement dans les camps qui sont joins par la plupart des gens… » (p. 178)

« … l’appel est un rappel pour les disciples de Christ que rien dans cette vie ne peut être pris pour acquis; tout dans la vie doit être reçu avec gratitude. » (p. 195)

« … votre foi est-elle respectable, sobre, modérée, calculée, et confortable, avec le moins de tension possible avec le monde? » (p. 212)

« Dieu travaille souvent de façon mystérieuse. Et donc le conseil qui dit que nous devons attendre jusqu’à ce que nous comprenions ce qu’il fait n’est souvent qu’une bonne recette pour la passivité et la paralysie. … l’appel est une question de confiance en Dieu. «Aie foi en Dieu … Ne crains pas … Ne sois pas inquiet … Votre Père céleste sait ce dont vous avez besoin.» … Nous humains, nous n’avons tout simplement pas la connaissance, ni la capacité, de demeurer au diapason avec le bon moment pour faire les choses. Le désir de faire les choses au bon moment dans nos vies est aussi difficile qu’il est naturel. Mais pour ceux qui sont appelés, cela n’est pas de notre ressort. Nous n’avons pas à prétendre que nous pouvons échapper à l’obscurité chronique qui afflige toute décisions humaine. Et nous n’avons pas besoin non plus de consulter les diseuses de bonne aventure. Celui dont les yeux sont sur les passereaux des champs peut être considéré comme digne de confiance en ce qui concerne le bon moment dans nos vies, si nos yeux sont fixés sur Lui. Comme le roi Josaphat pria Dieu lorsqu’il fit face à des ennemis: «Nous ne savons pas quoi faire, mais nos yeux sont sur toi.» Le temps de Dieu est rarement notre temps.» (p. 221)

« Dans son chef-d’œuvre Orthodoxy, G. K. Chesterton écrit: «À la question Qu’es-tu?, je ne peux que répondre Dieu seul sait.» … une telle réticence est rare aujourd’hui. Allègrement, et avec désinvolture, et sans aucune conscience de réaliser à quel point nous sommes ridiculement arrogants, nous, gens modernes, parlons de «découvrir notre identité», nous spécifions notre appel dans une seule phrase, et nous nous prononçons sur les accomplissements que nous avons réalisé, comme si nous pouvions empiler dans un petit wagon rouge ces choses et les acheminer tranquillement vers Dieu pour solliciter son approbation et l’ajouter à la liste des raisons pourquoi nous serions fiers. D’autres personnes au contraire, portant tout le poids de vouloir définir leur propre signification, vont vers l’autre extrême – la désespérance. … À la fois l’arrogant et le désespéré ne tiennent pas compte de ce que seulement Dieu peut faire. Ils oublient le mystère qui est au cœur de l’appel, ainsi qu’au cœur de notre identité. Dieu appelle et, de la même façon que nous l’entendons mais ne pouvons pas le voir sur cette terre, nous croissons pour devenir ce qu’Il nous appelle à devenir, même si nous ne voyons pas avant que nous soyons arrivé aux cieux ce qu’Il nous appelle à devenir. » (p. 231)

« Peut-être êtes-vous frustré par l’écart qui existe entre votre vision et ce que vous avez accompli. Ou encore vous êtes déprimé par plusieurs pages de votre vie qui sont tâchées de compromis, d’échecs, de trahisons, et de péché. Vous avez votre version. D’autres peuvent avoir la leur. Mais ne portez pas de jugement et ne faites pas de conclusions, jusqu’à ce que l’échafaudage de l’histoire ne soit enlevé et que vous puissiez voir ce que signifie pour Dieu d’avoir Sa version – et qu’il aura fait de vous ce que vous êtes appelé à être. » (p. 232)

Le discernement de la volonté de Dieu – 3

« Je suis resté muet, dans le silence; Je me suis tu, quoique malheureux; Et ma douleur n’était pas moins vive. Mon coeur brûlait au dedans de moi, Un feu intérieur me consumait, Et la parole est venue sur ma langue. Éternel! dis-moi quel est le terme de ma vie, Quelle est la mesure de mes jours; Que je sache combien je suis fragile. Voici, tu as donné à mes jours la largeur de la main, Et ma vie est comme un rien devant toi. Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle. » (Psaumes 39:2-5)

« Si l’Éternel n’était pas mon secours, Mon âme serait bien vite dans la demeure du silence. Quand je dis: Mon pied chancelle! Ta bonté, ô Éternel! me sert d’appui. quand les pensées s’agitent en foule au-dedans de moi, Tes consolations réjouissent mon âme. » (Psaumes 94:17-19)

Cet article est le troisième d’une série d’articles à propos de 5 livres que j’ai lu récemment au sujet de la recherche de la volonté de Dieu et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux.)

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Ce troisième livre est intitulé Pilgrimage of a Soul (Pélerinage d’une âme), par Phileena Heuertz. Ce n’est pas en tant que tel un livre sur la recherche de la volonté de Dieu, mais plutôt un témoignage sur le cheminement spirituel de l’auteure, par l’apprentissage de la prière contemplative. J’ai été honnêtement très agréablement surpris. L’auteure est la codirectrice de l’organisme Word Made Flesh, qui œuvre auprès des gens les plus pauvres de la planète, dans des bidonvilles dangereux en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Elle décrit son pèlerinage sur la route de Compostelle, et une retraite de plusieurs semaines qu’elle a fait après 12 ans de ministère très actif. Elle écrit comment elle a finit par apprendre à vivre une vie qui n’est pas déterminée par des réactions, ou de l’activité vide, mais qui soit une véritable vocation donnée par Dieu lui-même. Être, pas faire. Apprendre réellement à lâcher prise, et à se soumettre aux processus de morts et de renaissances par lesquelles Dieu nous fait passer. Elle décrit sept étapes à travers lesquelles passe l’âme du croyant qui recherche la volonté et l’intimité de Dieu : l’éveil, l’aspiration, la noirceur, la mort, la transformation, l’intimité et l’union. Elle puise pour ce faire dans une riche tradition qui date de plusieurs siècles, des Pères du désert des premiers siècle, des mouvements monastiques du moyen-âge, et des auteurs plus récents comme Henri Nouwen, Thomas Keating, Parker Palmer, Thomas Merton, etc. C’est le genre de lecture qui est très éloignée de la tradition évangélique des 50 dernières années, qui m’apparaît définitivement trop rationaliste, avec une logique de rentabilité, de marketing et d’efficacité à tout prix, souvent pleine d’un activisme agité et creux, et très portée vers la gratification immédiate et superficielle. Il se peut donc que plusieurs ne soient pas à l’aise avec ce genre de livre, et le voient très négativement comme du mysticisme inutile, voire même dangereux, et trop porté à emprunter aux traditions plus anciennes, orthodoxe et catholique. J’ai personnellement lu ce livre durant une période de grande confusion, et d’agitation spirituelle, et ce livre m’a vraiment aidé.

« L’une des choses dont nous avons désespérément besoin que Dieu fasse pour nous, c’est de nous transformer de ce que nous sommes aujourd’hui, en ce qu’Il veut véritablement que nous soyons. … Chacun d’entre nous est sujet à nous tromper nous-mêmes. Nous commettons le mal et l’appelons bien. Nous commettons la violence, et appelons cela de la justice sociale. Tout comme Bartimée, le mendiant aveugle, lorsque nous prenons conscience de la réalité de notre condition désespérée, nous pouvons alors entendre Jésus nous demander : « Que veux-tu que je te fasse? » (Marc 10:46-52). Si nous lâchons prise, et que nous crions « Jésus aie pitié de moi! » nous avons alors commencer à entrer dans un cheminement spirituel. … La tradition contemplative chrétienne dirige notre chemin vers une posture de réceptivité envers Celui qui peut nous sauver de notre chaos et de notre destruction – que cela soit à une petite échelle personnelle et sociale, ou jusqu’à l’échelle politique globale. Tout ce dont nous avons besoin de faire, c’est de nous soumettre au processus. C’est bien cela. Nous soumettre. Lâcher prise. Oser nous approcher de Dieu dans une adoration pleine d’humilité. Mais depuis le début des temps, il semble lâcher prise soit la posture la plus difficile qui puisse exister pour l’humanité. » (p. 14)

« Au coeur de la foi chrétienne, se trouve l’invitation à mourir et à renaître. Au cours de notre vie, il est probable que nous soyons invités à subir un certain nombre de morts et de renaissances. » (p. 17)

« … une journée typique dans la vie de plusieurs d’entre nous est marquée par l’évitement et la fuite. » (p. 26)

« C’est ici ce que Jésus nous promet – que ce n’est désormais « plus moi qui vit, mais Christ qui vit en moi » (Galates 2:20). Le faux-moi doit mourir pour faire en sorte que la vie de Christ règne en nous. C’est une cheminement spirituel – de vivre dans la plénitude de la vie de Christ en nous. Mais vivre ce potentiel n’est pas facile. » (p. 31)

« Je pense que Moïse est un bon exemple de quelqu’un qui a combattu avec le reniement de lui-même (note du traducteur: traduit de "self-abnegation", dans un sens négatif, dans le sens qui est présent dans la parabole du serviteur infidèle qui ne fit pas fructifier les dons que le maître lui avait donné, dans la parabole des talents) … Combien de fois avons-nous été comme Moïse – plein de doutes, et résistants à aller de l’avant dans notre appel? Le reniement de soi et la sensualité sont intiment connectés, mais il est difficile de reconnaître cette connexion à première vue. Souvent, faire ce qui ce qui fait du bien (sensualité) signifie que nous nous cachons ou évitons d’accomplir notre potentiel. Lorsque nous sommes sujet au péché du reniement de soi, nous rapetissons nos responsabilités. La peur est habituellement un facteur contributif. Nous craignons de secouer le statu quo, ou nous craignons ne pas avoir l’habileté nécessaire, ou nous avons peur du rejet, de la critique, de l’échec – donc nous nous cachons. Se cacher nous fait nous sentir en sécurité. » (p. 41)

« La condition humaine est tellement complexe, que d’être coupé de notre Créateur et de Celui qui aime notre âme affecte notre psyché, nos émotions, notre esprit, notre corps, et nos relations. Notre relation avec Dieu, avec nous-même, et avec les autres, incluant la terre et toutes les créatures, est dénaturée. » (p. 48)

« Qu’est-ce qui vous consume? À quoi avez-vous aspiré avec l’intensité du mal du pays? Aspirer c’est un désir pour plus. Cela est l’opposé d’une vie de complaisance. La complaisance est ce qui bloque n’importe quel cheminement. L’aspiration ardente est ce qui nous pousse vers l’avant. Il est difficile de demeurer assis tout en souffrant la douleur de cette aspiration, donc nous évitons d’aspirer. Mais lorsque nous saisissons ce mécontentement qui nous prend au ventre, nous bougeons, et nous grandissons. Parce que la douleur de celui qui aspire à plus peut être tellement agonisante, c’est une consolation d’être accompagné par d’autres dans ce cheminement. … … La chose magnifique avec le fait d’être fidèle à cette voix intérieure pour qu’elle nous dirige, ce sont les provisions miraculeuses qui nous sont données le long du chemin. Lorsque nous prenons la résolution de vivre notre vie selon notre appel, le chemin peut devenir très solitaire et difficile. Nous ferons souvent face à des difficultés et des doutes, qui menaceront de nous faire dévier de notre route. C’est seulement la véracité de cette voix intérieure, et la providence de Dieu tout au long du chemin qui nous soutiendront au sein des épreuves les plus rudes. » (pp. 65-66)

« Le processus à travers lequel l’arbre passe durant les saisons … est lent, et sec, et brutal pour les feuilles. Les feuilles sont forcées à mourir. Est-ce que l’arbre résiste? Ou se soumet-il à ce processus dans l’espérance qu’une nouvelle vie viendra en temps opportun? Nous voulons les fruits, la nouvelle vie, mais nous résistons à la mort. … La mort est un abandon qui donne la vie. … Comme une chenille, pour pouvoir vivre cette nouvelle vie, plus vraie, l’ancienne vie doit mourir. Et lorsque la mort arrive, ce qui meurt, meurt. Parti. Personne ne sait réellement ce qui arrivera suite à cette mort, s’il arrive quelque chose. C’est ce qui rend la mort si terrifiante. Peut-être que l’arbre n’aura plus jamais de feuilles… Peut-être que la chenille mourra dans son cocon et ne deviendra jamais un papillon…. Peut-être que l’esclavage en Égypte était mieux. Comment pouvons-nous être certains qu’il existe bel et bien une Terre Promise? Peut-être que le bébé ne vivra pas s’il sort du ventre. » (pp. 122-124)

« L’opposé de la foi n’est pas le doute mais la certitude. » (p. 157)

« Le Dieu de l’univers n’est pas quelque part très loin, distant et séparé de l’humanité. Dieu entra dans le ventre de Marie, ce qui illustre très bien la présence de Dieu dans l’humanité, dont Dieu est l’initiateur… Dieu habita dans le ventre de Marie. Marie répondit à cette grâce qui lui était donné, et fut réceptive à la volonté de Dieu : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1:38). Dieu initie, l’âme répond. Dieu n’a pas cessé d’initier avec l’humanité. Dieu a fait sa maison en moi et vous, mais c’est à nous de prendre conscience de cette présence. » (p. 164)

Le discernement de la volonté de Dieu – 2

« Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: L’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Elie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Et voici, une voix lui fit entendre ces paroles: Que fais-tu ici, Elie? » (1 Rois 19:11-13)

Cet article est le deuxième d’une série d’articles à propos de 5 livres que j’ai lu récemment sur le sujet de la recherche de la volonté de Dieu et du discernement spirituel. (Voir ici le premier article.)
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Le deuxième livre, Hearing God (Entendre Dieu), est écrit par Dallas Willard, un auteur que j’aime vraiment beaucoup. C’est un évangélique américain, un professeur de théologie et de philosophie. Son livre The Divine Conspiracy fait définitivement partie des 5 meilleurs livres que j’ai lu dans ma vie. Hearing God est aussi un excellent livre, qui parle surtout du fait que Dieu veut communiquer personnellement avec chacun de ses enfants, et sur la manière que nous pouvons y arriver, en nous approchant de Lui et en apprenant à discerner sa voix. Il explique comment la communication avec Dieu est une réalité du royaume de Dieu qu’il nous est possible d’apprendre à maîtriser. Il parle de ce « murmure doux et léger » (1 Rois 19:17), qui est à son sens la façon principale que Dieu utilise pour nous communiquer sa volonté spécifique et personnelle pour chaque individu. Willard est sans doute, à ma connaissance et sans exagérer, l’un des hommes actuellement vivant le plus sage qui existe. Ce livre nous enseigne à voir que la réalité ne se limite pas à ce qu’on voit de nos yeux, et que le royaume de Dieu se voit et se vit, réellement, par la foi. Il insiste beaucoup sur la capacité de celui à qui Dieu se révèle de gérer l’information que Dieu lui donne, et le danger réel qui existe que des individus immatures et non sanctifiés, puissent utiliser à mauvais escient la connaissance ou les capacités que Dieu leur donne. Par conséquent, la croissance spirituelle du croyant, par le moyen des disciplines spirituelles, est centrale dans l’enseignement de Willard. Il a écrit plusieurs livres à ce sujet.

« Parmi nos moments où nous sommes le plus seuls, il y a sans doute, les temps où nous prenons des décisions. … [Après avoir fait un choix, ] …. rapidement viennent les pensées suivantes… Ai-je fait la chose bonne et sage? Est-ce que c’est ce que Dieu voulait? Est-ce même ce que je voulais? Est-ce que je suis en mesure de vivre avec les conséquences? Est-ce que les autres vont penser que je suis fou? Est-ce que Dieu est encore avec moi? Sera-t-il encore avec moi, même s’il devient clair que j’ai pris la mauvaise décision? … Après avoir collecter quelques désastres, … et appris que les actions sont définitives et pour toujours, que les opportunités reviennent rarement, et que les conséquences sont douloureusement toujours présentes, nous crions avidement : « Que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel! » … » (p.9)

« … nos initiatives personnelles sont centrales dans sa volonté pour nous. » (p. 11)

« N’est-ce pas avec raison que nous hésitons à parler des expériences que nous considérons comme des moments où Dieu s’est révélé à nous? De façon similaire, ceux qui croient avoir vu des ovni … apprennent rapidement à garder leur bouche fermée. … ces gens ont sincèrement peur de se tromper. Ils ne veulent pas dire publiquement quelque chose qui serait une erreur de leur part. Ils ont aussi peur d’être considérés comme arrogants, de laisser penser qu’ils se prennent pour quelqu’un de spécial … » (p. 19)

« Très fréquemment, c’est dans des temps de grande détresse intérieure que nous entendrons la voix de Dieu dirigée spécifiquement vers nous. » (p. 20)

« Les événements spectaculaires sont obscurs dans leur contenu et dans leur signification, probablement pour notre propre protection. En général, la connaissance a tendance à être destructrice lorsqu’elle est maniée par quelqu’un qui n’est pas mature et pas complètement imbibé d’amour et d’humilité. … Peu de choses sont plus terrifiante, dans le domaine spirituel, que ceux qui savent, de façon absolue, mais qui sont sans amour, hostiles, fiers, superstitieux, et plein de peurs. Que Aaron et Myriam aient pu être jaloux de Moïse est une indication claire que Dieu ne pouvait pas leur partager le genre de connaissance qu’Il partageait librement avec Moïse. Que Moïse ne fut pas troublé par leurs attaques, et content de partager son ministère prophétique, indique aussi certainement qu’on pouvait se fier à lui pour détenir une telle connaissance. Lorsque le spectaculaire est recherché, c’est une indication d’une personnalité enfantine. » (pp. 111-112)

« Saviez-vous vraiment ce qui se produisait lorsque vous êtes entré à l’université, ou dans l’armée, lorsque vous vous êtes marié, ou que vous avez eu un enfant? Peut-être un peu, mais vous aviez qu’une très petite idée de ce que cela signifiait à long terme. Si vous aviez su à l’époque, probablement que vous n’auriez pas eu le courage d’avancer. » (p. 113)

« Pour comprendre comment Dieu parle, nous devons comprendre un minimum ce que la parole de Dieu est. Dans la voie de Christ… discerner la voix de Dieu n’est essentiellement qu’une dimension d’une certaine sorte de vie, la vie éternelle, une vie vécue en conversation avec Dieu (Jean 17:3). … Nous ne serons vraiment à l’aise pour entendre Dieu nous parler seulement si nous sommes à l’aise avec la parole de Dieu, avec sa parole dans la création et la rédemption. Entendre Dieu n’est pas un évènement bizarre. Dieu ne parle pas seulement pour nous et pour nos buts à nous, et ils ne nous parlent pas d’abord pour notre propre prospérité, notre sécurité ou notre gratification. Ceux qui reçoivent la grâce de la compagnie salutaire de Dieu dans sa parole sont aussi par ce fait même ceux qui peuvent montrer à l’humanité comment vivre. Ils sont, et eux seulement, les seuls à être réellement chez-eux dans l’univers. Et dans ce sens, ils sont la lumière du monde. … La lumière qu’ils répandent n’est pas ce qu’ils font, mais bien ce qu’ils sont. » (pp. 145-146)

« Même pour plusieurs d’entre nous qui professons déjà de suivre Christ, beaucoup de changements intérieurs sont encore nécessaires pour que nous soyons en mesure d’entendre la voix de Dieu correctement. » (p. 153)

« La qualité de la voix de Dieu en relation avec le poids et l’impact de l’impression qu’elle laisse sur notre conscience. Le calme et la constance de la force avec laquelle les communications qui nous proviennent de Dieu affecte notre âme, notre être intérieur, fait en sorte de nous pousser vers notre propre consentement, et même vers une obéissance active. Ce consentement et cette obéissance sont fréquemment présents avant même que le contenu de la communication ne soit complètement connu. Enfin, c’est ce que j’ai comme expérience, et plusieurs autres me l’ont confirmé aussi. Nous sentons, intérieurement, la puissance de la voix de Dieu qui est à proximité. … E. Stanley Jones écrit : « … la voix du subconscient argumente avec vous, essaie de vous convaincre; mais la voix intérieure qui vient de Dieu n’argumente pas, elle n’essaie pas de vous convaincre… » … … … La voix de Dieu qui parle à nos âmes vient avec un esprit caractéristique. C’est un esprit de paix exaltante, de confiance, de joie, de bon sens et de bonne volonté. … parce que cette voix a en elle-même l’autorité, elle n’a pas besoin d’être forte ou hystérique. » (pp. 175-176)

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