Eberhard Arnold est un chrétien allemand du début du 20e siècle, qui fût l’un des fondateurs du mouvement Bruderhof. Ce mouvement consiste en plusieurs communautés de croyants qui vivent en communautés, sans propriété privée, de façon comparable aux Hutterites et aux Amish. Il semble cependant que les communautés Bruderhof soient moins repliées sur elles-mêmes.

Beaucoup de textes de M. Arnold, et des chrétiens de sa communauté sont disponibles sur internet (en français, et en anglais). Ce que j’ai lu à date est en général très bon.

J’ai trouvé ce témoignage de Eberhard Arnold dans le livre dont on voit la couverture ici.

“Je voudrais parler de ma recherche personnelle. Quand j’étais beaucoup plus jeune, des groupes se rassemblaient souvent autour de moi, et j’ai essayé, au moyen d‘études de la Bible et d’échanges, de les conduire à Jésus. Mais après un certain temps, ce n’était plus assez… J’étais profondément malheureux. Je reconnaissais de plus en plus qu’une préoccupation personnelle du salut des âmes, même si elle s’accompagne d’un fort engagement, n’était pas à elle seule une réponse suffisante aux exigences de la vie à laquelle Jésus nous appelle…

Je commençais à reconnaître les besoins des personnes d’une manière plus profonde: les besoins de leur âme et de leur corps, leurs besoins matériels et sociaux, leur humiliation, exploitation et asservissement. Je reconnaissais les pouvoirs considérables de Mammon, de la discorde, de la haine et de la violence, et je voyais la botte dure de l’oppresseur sur le cou de l’opprimé. Si on n’a pas connu cela, on pourrait croire de telles paroles exagérées – mais ce sont les faits.

Puis, de 1913 à 1917, j’ai cherché douloureusement une meilleure compréhension de la vérité…  Je sentais que je n’accomplissais pas la volonté de Dieu en interpellant les gens avec un christianisme purement personnel…  Au cours de ces années là, j’ai vécu de rudes combats: j’ai cherché dans les anciens écrits, dans le Sermon sur la montagne de Jésus et dans les autres écritures, mais je voulais aussi me familiariser avec les réalités de la vie ouvrière, et je cherchais à partager la vie des opprimés dans leur lutte au sein de l’ordre social actuel. Je voulais trouver une voie qui correspondait à la voie de Jésus et de François d’Assise, sans parler de la voie des prophètes.

Peu de temps avant le déclenchement de la guerre, j’ai écrit à un ami en disant que je ne pouvais pas continuer comme ça. Je m’étais intéressé aux individus, j’avais prêché l’évangile, m’efforçant ainsi de suivre Jésus. Mais maintenant, je désirais ardemment trouver un moyen de servir l’humanité ; je voulais trouver une vie de dévouement qui établirait une réalité tangible – un mode de vie par lequel les hommes pourraient reconnaître la cause pour laquelle Jésus était mort.

La guerre a continué et je voyais l’état des hommes qui revenaient du front. Je n’oublierai jamais un jeune homme, un officier qui est rentré chez lui ayant perdu les deux jambes. De retour auprès de sa fiancée, il espérait recevoir d’elle les soins affectueux dont il avait tant besoin, mais elle lui apprit qu’elle s’était fiancée à un autre homme, un homme en bonne santé.

Puis la faim est venue à Berlin. Certes, il y avait encore des familles aisées “chrétiennes” qui pouvaient se procurer des aliments nourrissants et du lait frais, mais la plupart des gens survivaient avec des navets – matin, midi et soir. Des chariots parcouraient les rues transportant les corps des enfants morts de faim ; leurs corps étaient enveloppés dans du papier journal. Qui avait l’argent pour un cercueil ? En 1917, j’ai vu un cheval s’effondrer dans la rue : le conducteur a été poussé de côté par la foule qui s’est rassemblée sur le champ autour du cheval, et les gens s’empressaient de couper des morceaux de viande du corps encore chaud pour les apporter à leurs familles.

Un jour, j’ai visité une pauvre femme dans un sombre logement en sous-sol, où l’eau s’infiltrait par les murs. Bien qu’elle fût tuberculeuse, sa famille vivait dans la même pièce avec elle. On ne pouvait garder la fenêtre ouverte ; trop de poussière y serait entrée, soulevée par les personnes qui passaient dans la rue au-dessus. J’ai offert de trouver à cette femme un autre endroit pour vivre, mais elle n’avait plus la volonté de vivre: « Je ne vais pas me rendre ridicule. Laissez-moi ici ; je vais mourir ici, où j’ai vécu. »

Intérieurement, elle était déjà un cadavre. Après de telles expériences – et celles de l’époque révolutionnaire qui suivit, lorsque les pauvres prirent la place de ceux qu’ils avaient renversés et occupèrent des salles immenses avec des parquets – j’ai réalisé que la situation était insupportable. Comment un chrétien pouvait-il garder le silence sur les questions sociales les plus urgentes: la guerre, l’injustice et la souffrance humaine ?

Au cours des réunions qu’Emmy et moi tenions plus tard chez nous à Berlin, quand nous nous réunissions et discutions de toutes ces choses avec nos amis, nous arrivâmes rapidement à sentir que la voie de Jésus devait être une voie pratique : Il nous avait montré un mode de vie qui comprenait plus que le souci de l’âme. C’était une voie qui disait simplement : « Si vous avez deux manteaux, donnez-en un à celui qui n’en a pas. Donnez à manger aux affamés, et ne vous détournez pas de votre voisin quand il a besoin de vous emprunter quelque chose. Lorsqu’on vous demande une heure de travail, donnez-en deux. Œuvrez pour la justice. Si vous désirez fonder une famille, assurez-vous que tous ceux qui veulent fonder une famille peuvent le faire aussi. Si vous souhaitez avoir de l’éducation, du travail et une activité satisfaisante, rendez cela possible pour d’autres personnes aussi. Si vous prétendez qu’il est de votre devoir de prendre soin de votre santé, alors acceptez ce devoir au nom des autres aussi. Traitez les gens comme vous aimeriez qu’ils vous traitent. C’est la sagesse de la loi et des prophètes. Enfin, entrez par cette porte étroite, car c’est le chemin qui conduit au royaume de Dieu. »

Quand tout cela est devenu clair pour nous, nous avons réalisé qu’une personne ne peut suivre cette voie que quand elle devient pauvre comme une mendiante et quand elle se charge, comme l’a fait Jésus, des besoins de chaque être…  Ce n’est qu’alors – quand nous aurions plus faim de justice que d’eau et de pain, et que nous serions persécutés à cause de cette justice – que nos cœurs seraient sans compromis ; à ce moment seulement notre justice dépasserait celle des moralistes et théologiens. Alors, nous serions remplis de l’Esprit Saint, et d’une nouvelle chaleur – celle du feu qui brûle de l’énergie vitale de Dieu.

Il était clair pour nous que la première communauté chrétienne à Jérusalem était plus qu’un évènement historique: c’était là que le Sermon sur la Montagne avait pris vie. Nous avons alors senti que nous ne pouvions plus supporter la vie que nous vivions, et qu’il était plus que jamais nécessaire pour nous de renoncer aux derniers vestiges de - privilèges et de droits et de nous laisser être conquis pour la voie de l’amour total…

Par Jésus les aveugles voyaient, les boiteux marchaient, les sourds entendaient. Et il a prophétisé un royaume, un règne de Dieu qui renversera toutes les conditions injustes dans l’ordre actuel du monde, et le renouvellera. Reconnaître cette voie et vivre en accord avec elle – ceci est le commandement de Dieu pour aujourd’hui.”

Après avoir fait la liste des 10 articles les plus vus de 2011, … voici quelques-uns de mes favoris.

La lettre à Diognète

La folie de Dieu

Le corps de Christ

L’église participe au travail de Christ

Êtes-vous dans le désert?

Élection et mission

Le succès des église des premiers siècles

Un extrait de C.S. Lewis

Bonhoeffer – le sermon sur la montagne – Matthieu 5 – partie-I

Paul et Silas, et le géolier de la prison

Une autre façon de pratiquer la dîme

Cette phrase tirée du livre Resident Alliens de W. Willimon et de S. Hauerwas est très lourde de sens et résume bien ce qui à mon sens est l’attitude des chrétiens du Nouveau Testament concernant la politique et les problèmes sociaux/moraux du monde dans lequel ils vivent.

“Nous soutenons que la tâche politique des Chrétiens est d’être l’Église, plutôt que de transformer le monde … l’Église n’a pas de stratégie sociale; l’Église est une stratégie sociale…”

Ce texte, extrait d’un livre de Keith Giles, est aussi une très bonne description.

Je suis plusieurs blogs… et plusieurs font ce genre d’article à la fin de l’année.

Je note, en me relisant, un changement plutôt significatif dans le ton. J’ai enlevé plusieurs articles, que je pourrai peut-être remettre un jour, mais ré-écrits.

Formuler en termes compréhensibles le pourquoi de ces changements m’est assez difficile. Je ne comprends pas exactement tout moi-même.

Fort probablement qu’une partie de ce changement peut être attribué aux échanges dans les commentaires. Ceux-ci sont très appréciés.

J’ai présentement plusieurs articles en “fermentation”… surtout sur des sujets d’éthique et de morale chrétienne (avortement, mariage gay, argent, mariage civil/religieux, famille…), sur le mouvement évangélique (je veux faire une partie II à l’article #5 ci-bas, un autre article qui pose la question s’il faut agir en non-chrétien pour être chrétien évangélique… ), sur la question des relations entre la culture et l’évangile, et de la relation entre l’église et la politique.

 

Bonne année 2012 !

 

 

#1 Paul, Silas et le géôlier de la prison

#2 Existe-t-il encore des prophètes et des apôtres ?

#3 Repenser les 5 ministères – un texte de Frank Viola

#4 L’autorité dans l’église – un texte de Paul Armand

#5 Comment être sûr de ne pas réussir à transmettre l’évangile

#6 Réflexions sur le débat sur l’avortement

#7 Une définition de la vie éternelle

#8 L’évangile du Roi

#9 Êtes-vous dans le désert – un texte de Frank Viola

#10 Un Dieu sans-abri – un texte de Frank Viola

Marie dit:

Mon âme exalte le Seigneur,
Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,
Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.

Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Son nom est saint, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Il a déployé la force de son bras.
Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses.
Il a renversé les puissants de leurs trônes,
Et il a élevé les humbles.
Il a rassasié de biens les affamés,
Et il a renvoyé les riches à vide.

Il a secouru Israël, son serviteur,
Et il s’est souvenu de sa miséricorde
- comme il l’avait dit à nos pères -
envers Abraham et sa postérité pour toujours.

(Luc 1)

le titre de l’article est tiré du prophète Ésaïe, au chapitre 9

Tiré de Resident Alliens, de S Hauerwas et WH Willimon, p.151:

“Les disciples, comme Jésus nous le dit, sont supposés être comme le sel. Trop de sel, ingéré en grande quantité, donne la nausée et rend malade. Une petite quantité de sel assaisonne et rend la nourriture délicieuse. Même s’il n’y a pas de vertu particulière en tant que tel dans le fait que l’église soit petite et insignifiante (de la façon dont le monde mesure la grandeur et l’importance), l’église se doit d’avoir l’honnêteté d’admettre qu’il semble bien que nous ne faisons pas les choses très bien lorsque nous nous retrouvons à être la majorité dans une société ou lorsque nous sommes invités à dîner avec le Président à la Maison Blanche. Nous chrétiens n’avons jamais très bien géré le succès. Il semble que nous soyons à notre meilleur lorsque nous sommes comme le sel…

Le paganisme est dans l’air que nous respirons, et dans l’eau que nous buvons. Il nous capture, il convertit nos jeunes, il subvertit l’église. L’auteur de l’épître aux Éphésiens n’avait pas besoin qu’on le convainque du fait que le monde était un lieu hostile pour être un disciple. Il écrivit sa lettre “dans les chaines.” Le monde dans lequel il vivait reconnaissait la nature subversive de la foi chrétienne et envoya Paul en prison. Notre monde reconnaît la nature subversive de la foi chrétienne et nous subvertit soit en nous ignorant, ou soit en nous donnant la liberté d’être religieux – tant et aussi longtemps que nous gardons la religion comme une affaire de choix personnel.”

 

“Je crois que Jésus est Seigneur – mais c’est seulement mon opinion personnel”

- Stanley Hauerwas décrivant le christianisme nord-américain.

… vous aurez certainement remarquer que je ne cesse de citer ce théologien depuis quelques semaines.

Désolé pour la redondance… ;)

Je ne peux m’empêcher de recommander la lecture de “Resident Alliens”. C’est un livre cependant qui pourrait être un peu exigeant pour certains, et c’est en anglais. C’est écrit du point de vu d’un méthodiste “post-libéral”, mais c’est tout de même très pertinent même si votre background est évangélique ou catholique.

Tiré du livre Resident Aliens de S. Hauerwas et WH Willimon:

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… l’éthique chrétienne dépend de l’église pour être pratiquée.

… En agissant comme si l’éthique de l’église est quelque chose qui ferait du sens pour tous citoyen américan qui pense et qui est sensible, peu importe sa foi, l’église sous-estime la particularité de l’éthique chrétienne.

L’éthique chrétienne, comme toutes les éthiques, dépend d’une tradition. C’est-à-dire qu’elle n’a de sens, non parce que les principes qu’elle épouse font du sens dans l’abstrait, comme un comportement parfaitement rationnel, qui devrait sembler raisonnable à n’importe quelle personne intelligente. [En fait], l’éthique chrétienne ne fait de sens seulement du point de vue de ce que nous croyons qui s’est produit dans la vie, la mort, et la résurrection de Jésus de Nazareth.

… L’éthique chrétienne surgit, en grande partie, de quelque chose que les chrétiens affirme avoir vu, mais que le monde n’a pas vu, c’est-à-dire, la création d’un peuple, une famille, une colonie qui est un témoin vivant que Jésus est Seigneur. … La fidélité à cette … histoire est le défi le plus revigorant de l’aventure qui a débuté à notre baptême et le travail le plus difficile de l’éthique chrétienne.

L’habitude de la pensé Constantinienne est difficile à briser. Elle mène les chrétiens à juger leur positions éthiques, non sur la base de ce qui est fidèle à notre tradition particulière, mais plutôt en se basant sur la quantité d’éthique chrétienne que nous pourrons faire avaler à César avant qu’il ne s’étouffe avec. La tendance est donc de diluer l’éthique chrétienne… [en faire] le sens commun universel, et appeler cela quelque chose de chrétien.

… …

Il peut être possible pour les chrétiens d’avancer que notre éthique est applicable pour tout le monde, que la voie de Jésus fait du sens même pour ceux qui ne croient pas que l’affirmation “Jésus est Seigneur” fait du sens. Les chrétiens peuvent alors joindre tous les gens de bonne volonté qui veulent la paix, qui travaillent pour la justice, qui soutiennent la vie, et qui se battent pour le bien. Vous n’avez pas besoin d’une communauté forte, l’église, pour supporter une éthique que tout le monde soutient déjà. Il peut être possible pour les chrétiens de prendre cette approche… jusqu’à ce qu’on entre en collision avec un texte comme le Sermon de Jésus sur la Montagne.

… Ici se trouve une invitation dans un chemin qui frappe fort contre ce que le monde connaît déjà, contre ce que le monde définit comme un bon comportement, contre ce qui fait du sens pour n’importe qui. Le Sermon, par sa proclamation et ses demandes, rend nécessaire la formation d’une colonie…

… Jésus n’a pas été crucifié parce qu’il a dit ou fait ce qui faisait du sens pour tout le monde.

On crucifie les gens parce qu’ils suivent une voie qui va à contresens de la culture ambiante.

… …

Bien sûr nous sommes toujours confus et pensons que que les Écritures concernent d’abord et avant tout ce que nous sommes supposés de faire, plutôt qu’une description de qui Dieu est. Si Jésus avait mis de l’avant un comportement comme tendre l’autre joue lorsque quelqu’un vous frappe comme une tactique utile en vue de tirer le meilleur de l’autre, alors on pourrait accuser Jésus de naïveté éthique. Mais la base de l’éthique du Sermon sur la Montagne n’est pas ce qui fonctionne, mais plutôt la façon dont Dieu lui-même tend l’autre joue. Cela n’est pas préconisé comme étant la chose à faire parce que ça fonctionne (ça ne fonctionne pas en général), mais cela est préconisé parce que c’est comme ça que Dieu est – Dieu est bon pour l’ingrat et l’égoïste. Ce n’est pas un stratagème pour obtenir ce que nous voulons, mais la seule manière disponible de vivre, maintenant qu’en Jésus nous avons vu ce que Dieu veut. Nous recherchons la réconciliation avec le voisin, non parce que nous nous sentirons si bien après, mais parce que la réconciliation est ce que Dieu est en train de faire dans le monde par le Christ.

Extrait de Resident Alliens, de Stanley Hauerwas (p. 54)

“Comment Dieu s’occupe de la peur, la confusion, et la paralysie chez les humains? Dieu raconte une histoire: “Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.” (Deutéronome 5:6). Connaître cette histoire donnait le sens au commandement suivant donné à Israël: “tu n’auras pas d’autres dieux autre que moi.”

En racontant cette histoire, Israël en vient à se voir lui-même comme un peuple en mouvement, qui vit une aventure. Ses principes éthiques deviennent les vertus nécessaires pour soutenir Israël sur cette route. Notre argument est que ce n’est pas simplement un hasard que le peuple de Dieu raconte des histoires; le penchant à raconter des histoires n’a rien à voir avec le fait que Matthieu, Marc, et Luc seraient des gens primitifs et non-rationnels qui racontaient de simples histoires, alors que nous nous serions des gens sophistiqués qui ne racontent pas d’histoires. Une histoire est le moyen fondamental de parler à propos de Dieu et de l’écouter, le seul moyen humain qui soit à notre disposition, qui est assez complexe et intéressant pour nous faire comprendre ce que signifie que d’être avec Dieu.

Les premiers chrétiens, de façon intéressante, n’ont pas débuté par faire des spéculations sur des crédo à propos de la métaphysique de l’Incarnation (ou en d’autres mots: parler de Christ en faisant abstraction des récits des Évangiles). Ils ont commencé avec des histoires à propos de Jésus, et à propos de ceux dont la vie changea de direction par la sienne.

… Nous ne pouvons connaître Jésus sans suivre Jésus. S’engager avec Jésus, comme l’incompréhension des premiers disciples nous le montre bien, est nécessaire pour comprendre Jésus. Dans un sens, nous suivons Jésus, avant même de connaître Jésus.”

Dans une conversation récente avec un frère à propos de ce qu’est l’Évangile, je l’ai mis au défi de trouver dans le livre des Actes le « plan du salut » tel que compris et enseigné par les évangéliques modernes. Le frère en question m’a répondu par le verset suivant : « … que faut-il que je fasse pour être sauvé? Ils répondirent : Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta maison. » (Actes 16:30-31)

C’est une réponse intéressante, parce que c’est un passage très utilisé pour expliquer « ce qu’il faut faire » pour être sauvé. Et c’est l’un des versets souvent cité pour décrire le “plan du salut”.

J’avais choisi le livre des Actes, parce qu’ils est rempli des paroles des apôtres qui expliquent l’évangile aux gens. Il me semble donc que si le « plan du salut » évangélique est bien l’évangile, il devrait se retrouver dans les discours des Actes.

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Mais avant d’aller plus loin, quelques explications…

Premièrement, qu’est-ce que j’entends par « évangile évangélique » ou « plan du salut » évangélique?

En gros ceci :

1- Dieu a créé les humains, et il nous aime (“Car Dieu a tant aimé le monde…” – Jean 3:16)

2- Les humains ont désobéi, et sont pécheurs (“Car tous ont péché …” – Romains 3:23)

3- Nous sommes donc sous le jugement de Dieu, et le jugement de Dieu c’est l’enfer éternel (“le salaire du péché c’est la mort” – Romains 6:23)

4- Jésus-Christ est venu pour mourir à notre place, pour nous réconcilier avec Dieu, et pour nous permettre d’aller au ciel. (“Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.” – Romains 5:8)

5- Ce que les humains ont à faire, c’est simplement de croire en Jésus, se repentir de leur péché. (c’est ici que le verset de Actes 16:31 est inséré: “Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé…”)

Ce que je viens de décrire est une présentation de l’évangile plutôt classique des croyants évangéliques. Est-ce qu’en disant cela je dis que ces énoncés sont faux? Non. Pas du tout. Si nous sommes chrétiens, nous croyons qu’ils sont vrais. (Quoique un ou deux points sont à nuancer très sérieusement…)

Mais le point est de savoir, est-ce que cette présentation du “plan du salut” EST l’Évangile? Est-ce que c’est la “Bonne Nouvelle” que les apôtres prêchaient dans le livre des Actes?

Nous essaierons de voir plus bas si les apôtres avait ce “plan du salut” en tête lorsqu’ils ont dit “Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé…”.

Deuxièmement, si vous ne connaissez pas le contexte et l’histoire autours de ce verset, il serait mieux pour vous de lire l’histoire au complet (ici) pour bien saisir le reste de l’article.

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Et donc, Paul et Silas se retrouvent à se faire battre à coups de bâton, et sont jeter en prison, pour avoir guérit une esclave possédée d’un esprit mauvais, et causant ainsi la ruine du propriétaire de cette esclave. Dans la nuit, Paul et Silas chantent en prison. Puis soudain, un tremblement de terre détruit la prison. Cela signifie que tous les prisonniers peuvent s’enfuir. Le gardien de prison, qui était probablement tenu par un code d’honneur militaire très sévère et qui devait probablement répondre de sa vie si un prisonnier s’enfuyait, est sur le point de se suicider. Paul crie : « Ne te fais pas de mal! Nous sommes tous ici! »

Maintenant, vient le verset cité plus haut. Mais au lieu d’isoler le verset au point où il ne veuille plus rien dire, citons aussi les quelques mots qui viennent avant : « Alors le géôlier … entra précipitamment et tomba tout tremblant devant Paul et Silas; … ‘que faut-il que je fasse pour être sauvé?’ Ils répondirent : ‘Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta maison.’ …  » (Actes 16:30-31)

Conclusion: pour être sauvé de l’enfer et aller au ciel, il faut croire au Seigneur Jésus. Et en plus il nous est promis que notre famille ira aussi au ciel.

… mmm?

En ayant l’histoire pour contexte, le dernier paragraphe sonne quasiment sarcastique… C’est quasiment drôle… Et pourtant, c’est ce que j’entends dans l’église évangélique depuis que je suis enfant. Et ça démontre à quel point un carcan théorique (« le plan du salut ») vient teinté la lecture.

De tout le chapitre, on ne retient « que l’important »… « crois au Seigneur Jésus .. et tu seras sauvé »… de l’enfer et tu iras au ciel.

Reprenons le « plan du salut » décrit plus haut, et tentons de comprendre ce plan du point de vue du géôlier.

1- Dieu a créé les humains, et il nous aime

Le géôlier est un romain, païen, et qui croit en l’existence d’une multitude de dieux et déesses. Il ne sait pas qu’il y a un Dieu unique et créateur. Et encore moins que ce Dieu aime les humains. Sa notion de “dieu” est celle d’êtres capricieux et vengeurs, dont il faut constamment calmer la colère et offrir des sacrifices et des offrandes pour les calmer. Un de ses devoirs de citoyens principal est de bien s’acquitter de ses devoirs religieux afin de s’assurer que la vie de la ville, de l’empire, et de sa famille se déroulent bien.

Comment se fait-il que Paul ne prenne pas la peine de le convaincre de l’existence de Dieu d’abord et avant tout?

N’est-ce pas ce que nous tentons souvent de faire en premier lieu avec les incroyants? De ce point #1 découle toute l’approche apologétique (c’est-à-dire, de tenter de prouver la véracité de la foi par des arguments logiques et rationnels)…

Si l’Évangile est vraiment le “plan du salut”… il nous faut conclure que Paul et Silas sont des incompétents pour présenter l’Évangile, puisqu’ils ne prennent même pas la peine de mentionner le point #1. Ou alors, l’auteur du livre des Actes n’a pas écrit dans son récit toute la discussion où Paul et Silas auraient tenté de convaincre le géôlier de ce point crucial?…  (… je pose la question comme ça… ;)

2- Les humains ont désobéi, et « tous ont péché »

… même problème qu’au point précédent

de toute façon, il semble clair que ce pauvre homme n’est pas vraiment en état de faire une introspection pour voir son péché

3- Nous sommes donc sous le jugement de Dieu, et le jugement de Dieu c’est l’enfer éternel

… et donc, ce géôlier serait préoccupé par le salut de son âme ?

vraiment??

comment se fait-il qu’il veut se tuer??

si vraiment il avait eu peur de l’enfer, et cherchait le «salut pour aller au ciel », se suicider ne serait pas la meilleure façon de régler le problème!

4- Jésus-Christ est venu pour mourir à notre place, pour nous réconcilier avec Dieu, et pour nous permettre d’aller au ciel.

il faut se rendre compte que cet énoncé est du point de vue du géôlier totalement incompréhensible

mourir à notre place : pourquoi??

réconcilier avec Dieu : c’est qui Lui déjà??

pour aller au ciel : « …euh, c’est quoi le ciel? pourquoi le ciel? … moi j’ai juste la honte de ma vie que mes prisonniers s’échappent, et on va me traduire en cours martial, et on va probalement me condamner à mort. La honte sera sur mon nom et ma famille pour des générations. Ma réputation et celle de ma famille sont détruites… Mes enfants vont devenir des mendiants… Ma femme devra se vendre comme esclave. »

5- Ce que les humains ont à faire, c’est simplement de croire en Jésus, se repentir de leur péché

“je ne me sens pas pécheur, je me sens menacé et honteux”

Comme je l’ai soulevé surtout au point 4, le fameux « plan du salut » devient souvent un exercice d’enfonçage de « vérités » dans le cerveau des « perdus » à coup de massue. Ça devient simplement et trop souvent un simple manque d’une empathie la plus élémentaire. L’empathie est la capacité à ressentir ce que l’autre ressent, ou à comprendre ce qu’il ressent, ou à pouvoir se mettre dans ses souliers. Défiler un “plan du salut” peut souvent démontrer un manque complet de capacité à se mettre à la place de l’autre.

Je recite le verset 29 : « le géôlier… entra précipitamment et tomba tout tremblant devant Paul et Silas… ». Pensez-vous sérieusement que le sort éternel de son âme avait la moindre chose à faire avec l’état d’angoisse et de panique que cet homme était en train de vivre? Et pourtant, quand on nous présente l’Évangile et qu’on cite ce verset : « crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé » en voulant nous faire croire qu’il s’agit d’éviter l’enfer et d’aller au ciel, on prend pour acquis que c’est ce que Paul et Silas ont voulu dire à cet homme désespéré.

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Qu’est-ce qu’ils ont voulu dire à cet homme?

Je mets ici ma proposition, et je serais heureux de lire vos suggestions.

Il faut relire le passage! Paul et Silas viennent d’être battus à coups de bâton, et sont enchaîné dans une prison comme des bandits et des hors-la-loi… Et ils chantent!!!

Le parallèle entre la situation de Paul et Silas, et la situation du géôlier est très intéressant.

1- Paul et Silas viennent d’être projeté au plus bas possible de l’échelle sociale, le pharisien investi de l’autorité du Sanhédrin de Jérusalem pour aller pourchasser les chrétiens de Damas est devenu un prisonnier qu’on risque d’oublier et qui mourra certainement bientôt… Ils n’ont plus aucune sécurité… leur situation est plus que précaire, ils risquent la mort. Ils ont probablement faim. Leurs plaies risquent de s’infecter. Ils ont mal partout. Les prisons servant aussi d’asile, ils sont possiblement entourés de quelques fous furieux dangereux. Ils sont inconfortables. Ils sont enchaînés… s’ils doivent faire leur besoin, ils les font là où ils dorment, et devant tous. Ils sont devenus des « balayures du monde » (2 Cor…)

… et pourtant, ils chantent.

2-Le géôlier, placé dans une situation de précarité, dans un certain sens semblable à celui de Paul et Silas….. veut se suicider.

Quel est ce « salut » proclamé par les apôtres quand ils disent : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé »?

Puis-je me permettre une paraphrase de ce verset et reposer la même question?

Quel est ce « salut » proclamé par les apôtres au verset 30 quand ils disent : « Crois au Seigneur Jésus et tu deviendras aussi fou que nous et tu chanteras au lieu de vouloir te tuer »?

Pensez-vous vraiment que Paul et Silas chantaient en prison parce qu’ils étaient heureux d’aller au ciel?… Mais c’est quoi ce bonheur superficiel et égoïste? Ils seraient heureux parce que eux vont aller au ciel? Personnellement, je suis incapable de me réjouir d’un tel salut centré sur mon propre salut.

Non. Je ne pense pas que Paul et Silas se réjouissaient de leur place au ciel.

Ils se réjouissaient parce qu’ils savaient que Jésus-Christ règnaient, même si rien dans leur situation actuelle ne leur laissait le moindre indice palpable et visible de cette réalité.

C’est la Bonne Nouvelle du Sermon sur la Montagne, et du cantique de Marie.

“Heureux les affligés, car ils seront consolés!
Heureux les humbles, car ils hériteront la terre!
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!

Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!
Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.”
(Matthieu 5)

“… sa miséricorde s’étend d’âge en âge Sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses.
Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles.
Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide.”
(Luc 1)

En d’autres mots, au lieu d’un “plan du salut” destiné à M’assurer MA destinée éternelle, j’ai l’impression que ce que Paul et Silas ont dit au géôlier est la chose suivante: « Même si ta situation personnelle devient aussi merdique que la nôtre… Christ règne et c’est lui que nous servons, et que tu as la possibilité de servir aussi. Et alors, au lieu de vouloir te tuer, tu chanteras. »

La bonne nouvelle annoncée par les apôtres est centrée sur Jésus-Christ lui-même, le roi du royaume de Dieu qu’il est venu instauré. La bonne nouvelle évangélique est centrée sur ma destinée éternelle. C’est la grande différence.

Je termine par ce passage de 1 Corinthiens 1. (Pour ceux qui ne le sauraient pas, quand Paul parle des Grecs, on peut assumer qu’il parle de tous les non-juifs… donc aussi de la plupart d’entre nous.)

“Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu.
Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.
Où est le sage? où est le scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde?
Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication.
Les Juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse:nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs.”

Je vient de terminer un livre écrit par Mike Breen, Building a Discipling Culture. Il est l’auteur d’un blog sur la mission dans le monde occidental et dans la “post-chrétienté”.

J’ai mis plus bas des extraits du livre, où il compare la façon dont Jésus formait ses disciples avec la façon de faire qu’utilise un certain Monty Robert, “l’homme qui chuchotait aux oreilles des chevaux”, pour entraîner ses chevaux.

Apprendre à devenir des disciples, et apprendre à faire des disciples sont des tâches qu’on ne peut se permettre de négliger. Ce n’est pas avec 2-3 heures de rassemblement par semaine qui permettront à un pasteur de former des disciples avec les croyants de son église. Et ce n’est pas non plus en apprenant un tas de théorie que nous arriverons à un résultat quelconque. Et pourtant, on s’attend à ce que les gens sachent comment suivre Christ dans ce monde avec ce régime de famine.

Vous feriez-vous opérer par un chirurgien qui a appris à opérer dans une salle de classe, et en lisant dans ses livres?

C’est minimiser la difficulté et l’opposition à laquelle le croyant fait face. C’est prendre à la légère la mission de l’église.

Et c’est prendre pour acquis que la vie chrétienne est une affaire individuelle, et que la vie de corps de Christ se résume à 1-2 rassemblements par semaine pour nous “pomper” et nous permettre de survivre jusqu’au prochain dimanche.

C’est mettre de côté les instructions de Jésus à ses disciples, lorsqu’il leur a dit: “Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit.” (Matthieu 28)

Et c’est minimiser la difficulté de la propagation de l’Évangile dans notre contexte actuel. Si vous pensez encore que les gens viendront sagement dans votre église écouter le pasteur prêcher la bonne nouvelle, ou qu’ils se convertiront en écoutant une émission d’évangélisation, ou que par magie ils tomberont à genoux en lisant un tract, … alors que la vie de l’église n’est pas une communauté de disciples remplie de la vie de Christ par l’Esprit-Saint… alors vous êtes nés à la mauvaise époque et vous avez le doigt dans l’oeil jusqu’au coude, ou alors vous êtes complètement délirant et hors de la réalité. Et préparez-vous à être la dernière génération de chrétien dans votre ville.

Faire des disciples est pourtant possible. Avec du quotidien et du concret, et à côtoyer et se faire corriger par des frères et soeurs plus matures, au bout de quelques mois un croyant est plus avancé et solide dans la foi que bien des croyants qui assistent sagement à l’église depuis 40 ans.

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Monty Roberts [voir article wikipedia ici] a vécu sa jeunesse dans les hautes prairies, entouré par des mustangs sauvages. Il voyait son père, violent, attacher les nouveaux chevaux à un poteau avec une bride et une corde, pour ensuite les effrayer avec une couverture pour faire en sorte qu’ils tentent de fuir. En répétant ce processus plusieurs fois, son père arrivait finalement à briser l’esprit du cheval et à le contrôler de la façon dont il le voulait.

Cependant, Monty avait observé la façon dont les chevaux sauvages communiquaient les uns avec les autres, particulièrement en observant la position de la jument à la tête d’un troupeau. Lorsqu’un jeune étalon tentait de se joindre au troupeau, la jument-chef se tournait vers lui, rabattait ses oreilles, et le regardait dans les yeux: le langage du défi. L’étalon arrêtait alors de s’approcher, et adoptait la position d’un cheval juvénile en piaffant sur le sol et en s’inclinant pour se soumettre. La jument se tournait alors en présentant le flanc au nouveau cheval et levait les oreilles, l’offre de l’invitation. Ce processus d’invitation et de défi se répétait jusqu’à ce que les deux en arrive à se toucher, et à ce moment, le jeune étalon était admis dans le troupeau.

Mike Breen décrit alors comment Monty a finit par développer une méthode pour dresser les chevaux en s’inspirant de ses observations. Une méthode très efficace (voir ici) et sans aucune violence, qui imite le comportement naturel des chevaux consistant à alterner tour à tour l’invitation à un rapprochement et le défi. Il amène le cheval à volontairement faire ce que le dresseur demande de lui. C’est ce qui lui a valu le nom de “l’homme qui chuchotait à l’oreille des chevaux”.

Il poursuit en comparant la méthode de Monty Roberts à celle de Jésus.

Jésus était l’ultime “chuchoteur”. Il ne fonctionnait pas comme un maître spirituel habituel, mais il a plutôt créer une culture de formation de disciples dans laquelle se trouvait un mélange approprié d’invitation (ou support) et de défi dans sa façon d’être en relation avec son équipe. Cela est très bien illustré en Matthieu 16 lorsque Pierre reçoit la révélation que Jéus est le Fils de Dieu.

“Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.
Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle.”

- Matthieu 16:17-18

En confirmant la parole de Pierre, Jésus l’invitait à se rapprocher. En lui donnant le nom de “petite pierre”, Jésus partageait son alliance et son identité avec lui en tant que partenaire avec Dieu, et en lui offrant les clés du royaume de Dieu, il lui offrait l’accès à son autorité et à sa puissance. Cela dut être un moment incroyable pour Pierre. Et pourtant, quelques versets plus loin, après avoir pris Jésus à part pour lui suggérer de cesser de parler d’aller mourir à Jérusalem, Pierre se fait clairement donné un défi:

Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre: Arrière de moi, Satan! tu m’es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes.”

- Matthieu 16:23

Selon Mike Breen, Jésus créait une ambiance qui était à la fois très invitante pour les disciples, et à la fois très exigeante. Et c’est par cette façon de fonctionner que les disciples ont pu devenir ce qu’ils sont devenus en l’espace d’environ 3 1/2 ans. Et ce sont ces pêcheurs illettrés qui “ont bouleversé le monde” (Actes 17:6).

En étant seulement très invitante, l’église peu devenir très confortable pour ceux qui y assistent et devenir une sorte de club social. En ne mettant l’emphase que sur les défis, cela deviendra très aliénant, décourageant, et légaliste.

Jésus créait une culture où son équipe pouvait trouver un très grand support, en même temps qu’un très grand défi, où cette équipe pouvait fonctionner et grandir.

… personne ne crée une culture de formation de disciples qui s’inspire de la vie et le ministère de Jésus par accident.

Cet article contient des extraits du chapitre intitulé Les envoyés du livre Vivre en disciple, Le prix de la Grâce de Dietrich Bonhoeffer.

Dans ce chapitre, Bonhoeffer s’attarde au passage de Matthieu 9:35 – 10:42.

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Le spectacle de la foule, qui éveillait peut-être chez les disciples des sentiments d’antipathie, de colère ou de mépris, emplissait le coeur de Jésus d’une pitié et d’une affliction profondes. Pas un reproche, pas une accusation ! Le peuple aimé de Dieu gisait à terre, maltraité, et la faute en incombait à ceux qui auraient dû exercer auprès de lui le service de Dieu. Ce n’étaient pas les Romains qui avaient été appelés au service de la Parole. Il n’y avait plus de berger ! Un troupeau qui n’était plus conduit vers l’eau fraîche, dont la soif n’était pas étanchée, des brebis qu’aucun berger ne protégeait plus du loup, harassées, blessées, affolées sous le dur bâton de leurs bergers, gisant à terre, tel était l’état dans lequel Jésus trouva son peuple. Des questions, et point de réponses; de la détresse, et point de secours; …

Ce n’est pas l’endroit vers lequel ils sont attirés en leur coeur, mais celui où ils sont envoyés, qui est décisif. Par là, il est parfaitement clair qu’ils ne doivent pas faire leur propre ouvrage, mais celui de Dieu.

Les oeuvres de Dieu ne peuvent être accomplies si l’ordre n’en a pas été donné…

Le travail dans la communauté aura son point de départ dans les maisons “qui sont dignes” d’accueillir les envoyés de Jésus. Dieu a encore partout une communauté qui prie et qui attend. C’est là que les disciples sont reçus avec humilité et de bon coeur…

“que la paix soit sur cette maison!” (Luc 10:5) – n’est pas une formule vide, mais elle apporte immédiatement la puissance de la paix de Dieu  … La proclamation des disciples est brève et claire. Ils annoncent l’irruption du Royaume de Dieu, ils appellent à la repentance et à la foi.

La haine à l’égard de la parole des envoyés de Jésus demeurera jusqu’à la fin. Elle déclarera les disciples coupables de toutes les divisions qui s’établiront dans les cités et les foyers. Jésus et ses disciples seront condamnés par tout le monde comme destructeurs de la famille, séducteurs du peuple, fanatiques, délirants et agitateurs.

Ceux qui portent la parole de Jésus reçoivent une ultime parole de promesse concernant leur travail. Ils sont devenus les collaborateurs et les auxiliares du Christ, il leur faut être les égaux du Christ en toute chose, aussi doivent-ils également être “comme le Christ” pour les êtres humains vers lesquels ils vont. Avec eux, c’est Jésus Christ lui-même qui entre dans la maison qui les reçoit. Ils sont porteurs de sa présence. Ils apportent aux hommes le plus précieux de tous les cadeaux, Jésus Christ, et avec lui, Dieu le Père, ce qui signifie le pardon, le salut, la vie, la béatitude.

Quiconque tend ne serait-ce qu’un verre d’eau à l’un de ces plus petits, de ces plus pauvres, auxquels ne revient aucun titre d’honneur, a servi Jésus Christ lui-même, et la récompense de Jésus Christ lui reviendra.

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Série sur le livre Vivre en disciple, de Bonhoeffer:

Introductionchapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4chapitre 5, Matthieu 5-I, Matthieu 5-II, Matthieu 5-III, Matthieu 6-I, Matthieu 6-II, Matthieu 7-I, Matthieu 7-II

“Lorsqu’on prend pour acquis que le christianisme est une “réponse” qui nous permet de comprendre le monde, cela ne fait que démontrer que l’église s’est accommodé et qu’elle se consacre à assurer les chrétiens que la façon dont les choses sont est la façon dont les choses doivent être. De tels réponses font nécessairement en sorte de réduire le christianisme à une explication. Pour moi, apprendre à être un chrétien a plutôt voulu dire d’apprendre à vivre sans réponses. Et en fait, apprendre à vivre de cette façon est ce qui fait qu’être chrétien est si merveilleux. La foi n’est pas autre chose que d’apprendre comment avancer sans connaître les réponses. Je simplifie beaucoup, mais définir la foi ainsi peut permettre de comprendre pourquoi je trouve que d’être chrétien rend la vie vraiment beaucoup plus intéressante.” - Stanley Hauerwas – Hannah’s Child

J’ai changé un peu le site.

J’ai mis un titre un peu moins compliqué à comprendre, … et qui communique bien le but de ce blog. C’est inspiré de Matthieu 7:7 “Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira.”

Le titre précédent (Christ en vous l’espérance de la gloire), m’était venu à l’idée suite à la lecture des livres Discipleship de Dietrich Bonhoeffer, et Présence au monde moderne de Jacques Ellul qui m’ont très marqué.

En fait, depuis le début, ce blog est plus une façon de penser à voix haute qu’un lieu pour diffuser la connaissance…

Mais chercher pour chercher n’est pas non plus le but. Je cherche définitivement pour trouver.

Je suis tombé sur ce vidéo il y a quelques semaines. Certains d’entre vous l’avez certainement déjà vu.

… comment réagissez-vous à ce vidéo??

Je suis assez convaincu que selon votre contexte et votre cheminement, vous réagirez différemment.

- Si vous êtes un croyant évangélique convaincu, les chances sont que vous le trouvez plutôt bon et pertinent… Ou du moins, qu’il annonce la vérité, et qu’il est “correct”.

- Si vous êtes de ceux qui se posent des questions sur la foi protestante/évangélique (comme moi), ce vidéo vous fait probablement réagir négativement… ou vous fait rire, ou pleurer, ou vous donne un espèce de mal au ventre désagréable (!). Certains dans ce groupe n’arriveront pas à identifier spécifiquement ce qui les dérange, mais il y a un “quelque chose” dans le contenu et la présentation qui les dérange… Pourtant, ils savent très bien que le message contenu dans le vidéo est celui qu’ils entendent depuis des années dans leur église…

- Pour les incroyants, ou les “indécis”…  je ne connais pas trop leur réaction. Je serai d’ailleurs curieux de la connaître. Et ce serait pour le moins assez pertinent à savoir, puisque ce vidéo leur est destiné ! Mon impression est qu’elle les laissera probablement indifférent, ou les fera rire, ou encore les confortera encore plus dans leur idée que les protestants/évangéliques sont vraiment bizarres… (!)

Je ne veux absolument pas m’attarder à l’aspect du vidéo ou du format, mais plutôt au contenu et présuppositions qui sont prises pour acquis dans le message qui est transmis. (Je le spécifie, parce qu’après avoir critiqué le film de Mel Gibson – La Passion – il y a quelques années, plusieurs m’étaient tombé dessus en faisant valoir que le film était “beau”, ou “impressionnant”, ou ”bien fait”…  Le problème, c’est que ce genre de considérations ne m’intéresse tout simplement…  “pas”.)

Une simple question de méthode ou de façon de faire ?

Dans les dernières années, je me suis beaucoup attardé – et scandalisé…  - aux méthodes utilisées pour annoncer le message de la Bible…  Les campagnes d’évangélisation à la Billy Graham, les émissions de télévision ou de radio, les sites internet, les tract en papier, tenter d’amener les gens à l’église entendre le “preacher”, avoir des églises “modernes”, cool, “urbaines”, “pertinentes”, etc…

Ces méthodes sont peut-être bonnes ou mauvaises, ce n’est pas la préoccupation principale. Toutes les méthodes deviennent mauvaises, lorsqu’elle deviennent de la propagande ou de la publicité.

Nous vivons dans un monde hyper-saturé de publicité et de sollicitation de toute sorte. Si notre message ne devient qu’un message parmi les milliers d’autres auxquels nous sommes confronté chaque jour, nous parlons dans le vide. Dans ce monde, c’est celui qui a de l’argent qui gagne le jeu de l’impact publicitaire. Argent = capacité à faire de la publicité = vente de produit.

C’est là le problème de base de cette approche: l’argent devient l’agent ultime qui décide de tout. Il devient un dieu.

Et  malheureusement, on se retrouve souvent avec une impression de mauvaise info-pub qui repasse en boucle, mal traduite, et qui vante un produit bidon plus ou moins utile. Ça vous dit quelque chose ? Et pour vous convaincre, on vous présente alors une (ex)-vedette qui vante le produit… que de toute évidence elle n’utilise pas réellement dans sa vie de tous les jours.

Trop de chrétiens sont tellement peu transformés par l’Évangile que l’église ressemble trop souvent à une ennuyante info-pub qui vante un produit que personne n’utilise réellement.

Ça sonne faux.

Parce qu’un message sans la vie des messagers pour le démontrer est vide et n’a pas de sens… et peut devenir aussi risible qu’une info-pub inutile, mal traduite, beige, mal filmée et ennuyante.

Comprenez-moi bien: Dieu peut utiliser n’importe quoi pour faire ce qu’il veut, et si ça arrive, tant mieux. Mais fondamentalement, un message déconnecté d’une réalité tangible ne sert le plus souvent à rien du tout, et est souvent nuisible.

“Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.” - Jean 13:34-35

On ne doit donc pas s’attendre à que ce genre de méthodes fonctionnent. Et si elles fonctionnent, on peut s’attendre à voir des fruits qui concordent avec ces méthodes: des croyants dont les vies sont déconnectés de ce qu’ils croient. Après des décennies de propagation d’un Évangile qui n’est que dans la tête et pas dans la vie réelle, ce genre de croyants est une véritable épidémie.

C’était tout à fait prévisible.

C’est sans compter les dizaines de milliers de dollars utilisés pour produire ces émissions de télé-évangélisation ou ces conférences grandioses. C’est un sujet vaste qui demanderait plus de développement, mais donner de l’argent dans le christianisme est une façon de vivre, où “celui qui avait ramassé beaucoup n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé peu n’en manquait pas” (2 Corinthiens 8:15). Ce n’est pas l’équivalent d’une cotisation à un parti politique en vu de faire avancer une idée, ou “pour la cause”…

Je termine en citant Dietrich Bonhoeffer.

“Exercer des pressions, poursuivre l’autre de ses instances, faire des prosélytes, tenter d’obtenir par sa propre force quelque chose de l’autre, tout cela est vain et dangereux. Vain, parce que les pourceaux ne reconaissent pas les perles qu’on leur jette (Matthieu 7:6). Dangereux, car non seulement la parole du pardon est de ce fait profanée, non seulement l’autre, que je voulais servir, est amené à pécher contre les choses saintes, mais encore les disciples qui prêchent et courent le risque de souffrir de la fureur aveugle d’êtres endurcis et emplis de ténèbres, et ce sans nécessité ni profit. Le gaspillage de la grâce à bon marché écoeure le monde.”

Peut-être qu’en 1850, ce genre de vidéo aurait “fonctionné”…

Mais, mis à part le fait qu’aujourd’hui ce vidéo ne “fonctionnera” probablement pas, ou qu’il produira le genre de croyants que personne ne veut plus voir, le problème est beaucoup plus profond…  Dans un prochain article, je m’attarderai moins aux méthode et plus au contenu du vidéo.

Voici un vidéo très intéressant où Scot McKnight, un théologien américain, parle de son dernier livre intitulé The King Jesus Gospel (L’Évangile du Roi Jésus).

C’est quelqu’un que j’ai déjà cité à quelques reprises (ici, et ici).

Dans plusieurs vidéos sur internet, et dans plusieurs textes, il dit que sa quête depuis des années est d’arriver à comprendre ce qu’est l’évangile que Jésus et les apôtres prêchaient.

 

 

Cet article contient des extraits du chapitre intitulé Matthieu 7: La mise à part de la communauté des disciples du livre Vivre en disciple, Le prix de la Grâce de Bonhoeffer.

Cette partie concerne les versets 13-29 de Matthieu 7.

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Le chemin de ceux qui suivent Jésus est étroit. On passe facilement devant sans le voir, on le manque facilement, on le perd facilement, même quand on s’y est déjà engagé. Il est difficile à trouver.

Croire à la promesse de Jésus selon laquelle ceux qui le suivent posséderont la terre et, cependant, aller sans défense à la rencontre de l’ennemi, souffrir l’injustice plutôt que la commettre – voilà un chemin étroit! Voir et reconnaître l’autre être humain dans sa faiblesse, dans son injustice, et ne jamais le juger, être dans l’obligation de lui faire part de la nouvelle et, pour autant, ne jamais jeter les perles aux pourceaux – voilà un chemin étroit! C’est un chemin insupportable. À chaque instant on risque de tomber. Aussi longtemps que je reconnais ce chemin comme celui qu’il m’est ordonné de suivre, et que je le suis dans la peur de moi-même, ce chemin est effectivement impossible. Mais si je vois Jésus Christ me précéder pas à pas, si je ne regarde que lui et je le suis pas à pas, je suis protégé sur ce chemin.

Des faux prophètes viendront parmi eux et, avec la confusion, grandira aussi la solitude.  … l’arbre malade porte de mauvais fruits. Il ne peut que se faire reconnaître de lui-même en son temps. … … Jésus nous dit qu’un homme ne peut pas vivre longtemps dans l’apparence.

Dire « Seigneur, Seigneur! » est la confession de l’Église. Ceux qui prononcent cette confession n’entreront pas tous dans le Royaume des cieux. C’est beau milieu de la communauté confessante que la séparation passera.

… Personne ne pourra jamais se réclamer de sa confession de foi. Le fait que nous soyons membres de l’Église de la vraie confession ne constitue pas un droit devant Dieu. Ce n’est pas sur la base de cette confession de foi que nous serons sauvés. Si nous le pensons, nous commettons le péché d’Israël qui, de la grâce de la vocation, a fait un droit devant Dieu. De cette façon nous péchons contre la grâce de celui qui adresse la vocation. Dieu ne nous demandera pas, ce jour-là, si nous avons été protestants, mais si nous avons fait sa volonté. Il posera cette question à tout le monde, à nous aussi…

«dire» et «faire»  … La grâce de Jésus exige quelqu’un qui agisse, ainsi l’acte est-il la véritable humilité, la véritable foi, la véritable confession de la grâce de celui qui adresse l’appel.

D’un point de vue humain, il existe un nombre infini de possibilités de comprendre et d’expliquer le sermon sur la montagne. Jésus ne connaît qu’une seule possibilité : tout simplement partir et obéir. … Questionner, problématiser, interpréter revient à ne rien faire.

Série sur Vivre en disciple, de Bonhoeffer:

Introductionchapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4chapitre 5, Matthieu 5-I, Matthieu 5-II, Matthieu 5-III, Matthieu 6-I, Matthieu 6-II, Matthieu 7-I

Cet article contient des extraits du chapitre intitulé Matthieu 7: La mise à part de la communauté des disciples du livre Vivre en disciple, Le prix de la Grâce de Bonhoeffer.

Cette première partie concerne les versets 1-12 de Matthieu 7.

La comparaison que Bonhoeffer fait entre la Parole que les disciples annoncent et les idées qui sont propagées par d’autres groupes que les disciples est très intéressante et sans détours. On ne peut s’empêcher de penser aux méthodes modernes d’évangélisation qui se rapprochent souvent plus à de la propagande qu’à ce que nous voyons dans les Actes.

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Si les disciples jugent, ils établissent une échelle de valeurs concernant le bien et le mal. Mais Jésus Christ n’est pas une échelle de valeurs que je pourrais appliquer à d’autres. C’est lui qui me juge et me dévoile mon bien comme quelque chose de totalement mauvais.

En jugeant selon des critères de bien et de mal, je ne fais que confirmer l’autre justement dans ce qu’il a de mauvais; car lui aussi juge selon des critères de bien et de mal. Seulement, il ne connaît pas le caractère mauvais de son bien mais, au contraire, il se justifie par là. S’il est jugé par moi dans son mal, il sera confirmé dans son bien qui,  toutefois, n’est aucunement le bien de Jésus Christ, et c’est précisément ainsi qu’il est soustrait au jugement du Christ et soumis au jugement humain.

En jugeant, je suis aveugle à l’égard de mon propre mal et de la grâce qui s’adresse à l’autre. Mais, dans l’amour du Christ, le disciple prend conscience de toute faute et de tout péché imaginables, car il est pleinement conscient de la passion de Jésus Christ; en même temps, l’amour reconnaît l’autre comme celui à qui le pardon est accordé sous la croix.

Si, en jugeant, ce qui m’importait réellement était l’anéantissement du mal, je chercherais le mal là où il me menace effectivement: en moi-même.

Exercer des pressions, poursuivre l’autre de ses instances, faire des prosélytes, tenter d’obtenir par sa propre force quelque chose de l’autre, tout cela est vain et dangereux. Vain, parce que les pourceaux ne reconnaissent pas les perles qu’on leur jette. Dangereux, car non seulement la parole du pardon est de ce fait profanée, non seulement l’autre, que je voulais servir, est amené à pécher contre les choses saintes, mais encore les disciples qui prêchent et courent le risque de souffrir de la fureur aveugle d’êtres endurcis et emplis de ténèbres, et ce sans nécessité ni profit. Le gaspillage de la grâce à bon marché écoeure le monde.

… le zèle qui ignore la résistance confondent la parole de l’Évangile avec une idée victorieuse. L’idée exige des fanatiques ne connaissant et ne respectant aucune opposition. L’idée est forte. Mais la Parole de Dieu est si faible qu’elle se laisse mépriser et rejeter par les hommes. Il existe, à l’égard de la Parole, des coeurs endurcis, des portes fermées; la Parole reconnaît la résistance à laquelle elle se heurte et l’endure.

… Avec cette Parole, les témoins de la Parole sont dès lors aussi plus faibles que les propagandistes d’une idée. Or dans cette faiblesse, ils sont libérés de l’agitation maladive des fanatiques, ils souffrent même avec la Parole.

Les disciples qui ne sauraient rien de cette faiblesse de la Parole n’auraient pas reconnu le secret de l’abaissement de Dieu. Cette Parole faible, qui subit l’opposition des pécheurs, est à vrai dire la seule Parole forte et miséricordieuse, celle qui convertit les pécheurs au fond de leur coeur. Sa puissance est voilée dans la faiblesse; si la Parole venait dans sa puissance révélée, ce serait le jour du jugement.

Les disciples sont conduits à la prière. Il leur est dit qu’il n’est pas d’autre chemin qui conduise au prochain que celui de la prière adressée à Dieu.

… La promesse qui est faite à leur prière est le plus grand pouvoir dont ils disposent.

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Série sur Vivre en disciple, de Bonhoeffer:

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La lettre à Diognète fut écrite par un auteur inconnu vers la fin du 2e siècle.

Elle est adressée à un certain Diognète, apparemment un non-chrétien, pour lui expliquer le mode de vie des chrétiens.

J’ai mis ici quelques extraits.

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[...]

“Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l’étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s’attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. Répandus, selon qu’il a plu à la Providence, dans des villes grecques ou barbares, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu’ils trouvent établis ; mais ils placent sous les yeux de tous l’étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable.”

“Ils habitent leur cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs. Pour eux, toute région étrangère est une patrie, et toute patrie ici-bas est une région étrangère. Comme les autres, ils se marient, comme les autres, ils ont des enfants, seulement ils ne les abandonnent pas. Ils ont tous une même table, mais pas le même lit. Ils vivent dans la chair et non selon la chair. Ils habitent la terre et leur conversations est dans le ciel. Soumis aux lois établies, ils sont par leurs vies, supérieurs à ces lois. Ils aiment tous les hommes et tous les hommes les persécutent. Sans les connaître, on les condamne. Mis à mort, ils naissent à la vie. Pauvres, ils font des riches. Manquant de tout, ils surabondent. L’opprobre dont on les couvre devient pour eux une source de gloire ; la calomnie qui les déchire dévoile leur innocence. La bouche qui les outrage se voit forcée de les bénir, les injures appellent ensuite les éloges. Irréprochables, ils sont punis comme criminels et au milieu des tourments ils sont dans la joie comme des hommes qui vont à la vie. Les Juifs les regardent comme des étrangers et leur font la guerre. Les Grecs les persécutent, mais ces ennemis si acharnés ne pourraient dire la cause de leur haine.”

“Pour tout dire, en un mot, les chrétiens sont dans le monde ce que l’âme est dans le corps : l’âme est répandue dans toutes les parties du corps ; les chrétiens sont dans toutes les parties de la Terre ; l’âme habite le corps sans être du corps, les chrétiens sont dans le monde sans être du monde. L’âme, invisible par nature, est placée dans un corps visible qui est sa demeure. Vois les chrétiens pendant leur séjour sur la Terre, mais leur culte qui est tout divin, ne tombe pas sous les yeux. La chair, sans avoir reçue aucun outrage de l’esprit, le déteste et lui fait la guerre, parce qu’il est ennemi des voluptés. Ainsi le monde persécute les chrétiens, dont il n’a pas à se plaindre, parce qu’ils fuient les plaisirs. L’âme aime la chair qui la combat et les membres toujours soulevés contre elle. Ainsi les chrétiens n’ont que de l’amour pour ceux qui ne leur montrent que de la haine. L’âme, enfermée dans le corps, le conserve ; les chrétiens enfermés dans ce monde comme dans une prison, empêchent qu’il ne périsse. L’âme immortelle habite un tabernacle périssable ; les chrétiens, qui attendent la vie incorruptible des cieux, habitent comme des étrangers les demeures corruptibles d’ici-bas. L’âme se fortifie par les jeûnes, les chrétiens se multiplient par les persécutions : le poste que Dieu leur a confié est si glorieux, qu’ils regardent comme un crime de l’abandonner.”

“Je l’ai déjà dit et je le répète, la parole qu’ils ont reçue n’est pas une invention de la terre. Elle n’est pas un mensonge des mortels la doctrine qu’ils se font un devoir de conserver avec soin. Enfin le mystère confié à leur foi n’a rien de commun avec ceux de la sagesse humaine.”

[...]

“Ne vois-tu pas que l’on jette les chrétiens aux bêtes féroces ? On voudrait en faire des apostats ; vois s’ils se laissent vaincre ! Plus on fait de martyres, plus on fait de chrétiens. Cette force ne vient pas de l’homme ; le doigt de Dieu est là ; tout ici proclame son avènement.”

[...]

“Si donc, ô Diognète, tu désires ardemment le don de la foi, tu l’obtiendra. D’abord, tu connaîtras Dieu le père : vois comme il a aimé l’homme ; c’est pour lui qu’il a créé le monde ; il a placé sous sa dépendance tout ce que le monde renferme ; il lui a donné l’intelligence et la raison. C’est à l’homme seul qu’il a permis de regarder le ciel ; il l’a formé à son image ; il lui a envoyé son fils unique ; il lui promet son royaume ; il le donnera à ceux qui lui rendront amour pour amour. O quelle joie sera la tienne quand tu le connaîtras ! Combien tu aimeras celui qui, le premier, t’a tant aimé ? Une fois touché de son amour, tu chercheras à l’imiter, à retracer sa bonté. Quoi ! L’homme pourrait imiter Dieu ! Quel langage ! Cesse de t’étonner, l’homme le peut, puisque Dieu le veut.”

[...]

Cet article est le deuxième concernant le chapitre intitulé Matthieu 6: du caractère caché de la vie chrétienne du livre Vivre en disciple, Le prix de la Grâce de Bonhoeffer.

Les extraits suivant se rapportent aux versets 9-18.

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“Voici donc comment vous devez prier:” (9)

Jésus n’a pas seulement indiqué à ses disciples comment ils doivent prier, mais aussi ce qu’ils doivent prier.

Le Notre Père est la prière par excellence.

“Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié” (9)

C’est ensemble que ceux qui suivent Jésus invoquent leur Père céleste qui sait déjà tout ce dont ses enfants bien-aimés ont besoin. L’appel de Jésus qui les lie a fait d’eux des frères. En Jésus, ils ont reconnu la bienveillance du Père. Au nom du Fils de Dieu, il leur est permis d’appeler Dieu leur Père.

“que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.” (10)

En Jésus Christ, ceux qui marchent à sa suite ont fait l’expérience de l’irruption du Royaume de Dieu sur la terre. Ici, Satan est vaincu, la puissance du monde, du péché et de la mort est brisée. Le Royaume de Dieu se trouve encore au milieu de la souffrance et du combat. La petite communauté de ceux qui ont été appelés y a pris part.

parce que, même dans ceux qui marchent à la suite du Christ, la volonté mauvaise vit encore et veut les arracher à la comunion de Jésus, ils prient également pour que la volonté de Dieu prenne chaque jour plus de pouvoir en eux et brise toute résistance.

“Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien” (11)

Les disciples savent que le pain qui pousse de la terre vient d’en haut et est le don de Dieu seul. C’est pourquoi ils ne prennent pas le pain, mais le demandent dans la prière.

“pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen!
Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses.” (12-15)

La connaissance de leur faute constitue la plainte quotidienne de ceux qui marchent à la suite de Jésus.

Mais Dieu ne veut exaucer leur prière qu’à la condition qu’ils se pardonnent aussi réciproquement leurs fautes, fraternellement et de bon coeur.

“Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.” (16-18)

Jésus présuppose, comme une chose allant de soi, que ceux qui le suivent observent pieusement le jeûne.

De telles pratiques ont pour unique but de rendre celui qui suit le Christ plus disposé, plus joyeux pour le chemin et l’ouvrage qui lui sont ordonnés. La volonté égoïste et paresseuse qui ne se laisse pas porter au service est châtiée, la chair est humiliée…

Non que ce soit seulement par là que la volonté de la chair puisse être brisée, non que la mort quotidienne du vieil homme puisse être obtenue par autre chose que par la foi en Jésus. Mais précisément le croyant, qui vit en disciple, dont la volonté est brisée, qui est mort selon le vieil homme en ésus Christ, connaît la rébellion et l’orgueil quotidien de sa chair. Il connaît sa paresse et son dérèglement, il sait qu’ils sont la source de l’orgueil qu’il faut abattre.

La résistance de la chair à cette humiliation quotidienne vient d’abord de front; plus tard, elle arrive dissimulée derrière les paroles de l’esprit, c’est-à-dire au nom de la liberté évangélique.

L’objection selon laquelle le chrétien devrait chercher son salut dans la foi et la Parole plutôt que dans l’ascèse reste totalement vide de sens. Elle est dépourvue de miséricorde et de force susceptible d’aider.

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Série sur Vivre en disciple, de Bonhoeffer:

Introductionchapitre 1chapitre 2chapitre 3chapitre 4chapitre 5, Matthieu 5-I, Matthieu 5-II, Matthieu 5-III, Matthieu 6-I

Suite au visionnement de ce vidéo, j’ai lu le livre Pourquoi le christianisme fait scandale de Jean-Pierre Denis.

Il faut dire qu’avant la lecture je n’étais pas sans réserves. Mais j’ai été agréablement surpris. Je ne dirais pas que c’est un livre que je considère qu’il faut lire, mais c’est un très bon livre. Le niveau de la langue peut cependant par bout être difficile à suivre, et plusieurs trouveront la lecture plutôt ardue. Il faut aussi tenir compte du fait que certains protestants/évangéliques auront certaines difficultés avec le point de vu catholique de l’auteur.

Le livre se divise en 3 parties. Dans les deux premières, l’auteur fait une démonstration plutôt convaincante, bien que parfois redondante, du cul-de-sac dans lequel se trouve la culture occidentale post-chrétienne.

La meilleure partie du livre est à mon avis la dernière, où l’auteur invite le lecteur à un retour à la source, à un christianisme simple, à Christ lui-même. Il met en garde contre 2 attitudes sans issue, celle d’une conformation avec le monde en vue de demeurer pertinent, au point de n’avoir plus aucune vérité à dire à ce monde, et celle d’un conservatisme du “bon vieux temps”, et d’un isolement de ce monde. ”Être dans ce monde, et ne pas être de ce monde.” (Jean 17)

Voici quelques extraits (soulignements ajoutés par moi):

« Né aux marges de l’Empire romain, dans une région troublée, secouée de révolte et parcourue par les faux prophètes ou les messies auto-institués, [le christianisme] tend à se retrouver deux mille ans plus tard dans la position même où tout a commencé. » – p. 180

Comparant notre société contemporaine à Athène:  « [À Athène], Paul a rencontré l’indifférence, la suffisance intellectuelle, le scepticisme qui se pique de ne rien penser, sinon ce qui se mesure, ce qui s’observe, ce qui se compte. C’est le thème même du discours, centré sur la foi en la résurrection, qui provoque la risée. … Paul choque-t-il? Même pas. Il parle dans le vide. » – p. 195

Dans un chapitre concernant l’avortement, et l’eugénisme lié au dépistage prénatal des anomalies génétiques: « Les instrumentalisations contemporaines de l’avortement par l’extrême droite ou par des mouvements eux-mêmes violents et mortifères suscitent sans aucun doute un réflexe répulsif. … Le chrétien doit prendre garde à ne pas être dupe de ces combats fort peu spirituels…. Mais si cette lucidité-là ne le paralyse pas, s’il retrouve ici la vigilance paisible qu’implique, comme on l’a vu, la condition chrétienne, le croyant n’en doit pas moins se préparer à devenir à nouveau un insolent et, comme au temps des Romains, un plouc et un barbare, défenseur de vies marginales et négligeables. Il sait qu’il défend d’ailleurs, en même temps qu’une conception prudente de la vie, la simple liberté de penser. … Oser non l’assertion arrogante, le martèlement des certitudes ou la contre-idéologie, mais la pauvre, simple et ferme interrogation. » – p. 250

« Le christianisme serait une religion de « faibles » parce qu’il pose que l’homme a besoin d’être sauvé. Cela lui sera constamment reproché des premiers temps jusqu’à nos jours en passant par le nietzschéisme. Cette objection, pourtant, ne tient pas, elle repose même sur un contresens total. Il suffit en effet de lire les mots qu’ajoute Paul : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » C’est au nom de cette faiblesse retournée que les martyrs sont allés au-devant de toutes les souffrances et de toutes les tentatives de corruption, que les moines ont quitté les biens terrestres pour une vie de prière, que les saints ont oeuvré pour transformer le monde selon la puissance qui vient d’en haut. » – p.253

« Les « valeurs faibles » du christianisme sont précisément des valeurs que notre culture tourne le plus volontiers en dérision, ou peut-être moque parce qu’elle s’est persuadée qu’il convenait de les traiter ainsi, mais admire en secret, sans aller toutefois jusqu’à penser qu’elles puissent sérieusement régir le monde. » – p.320

« L’humilité est le signe de la véritable royauté. Il n’y a pas de part au ciel, dit le Christ, sans ce geste. Le service de l’homme, la forme liturgique la plus haute, la seule peut-être. On retrouve ici le culte de la faiblesse, consubstantiel au christianisme, et qui en constitue, hier comme aujourd’hui, l’élément le plus révoltant aux yeux de nombre de ses détracteurs. » – p. 321

« Certes, confinées aux marges de notre espace culturel, elles n’émettent donc plus en apparence que des signaux à basse intensité, mais leur lumière vient de loin, et cette lumière prétend être celle de la Vérité comme absolu. » – p. 322

Suite au vidéo que j’ai mis en ligne le 5 juillet, et celui-ci, j’ai plusieurs réflexions.

J’ai d’abord trouvé ces vidéos plutôt émouvants. Et ce vidéo de même que plusieurs autres lectures/rencontres/discussions/évènements sont en train de faire changer grandement ma vision des choses concernant l’histoire du christianisme et sur l’église.

Ce qui me frappe d’abord, c’est qu’il semble y avoir une participation d’une bonne partie de la population locale.

La deuxième chose qui frappe est comment ces gens définissent la “bonne nouvelle” qui leur est révélée dans les Écritures, non pas surtout comme un salut individuel leur permettant d’aller au ciel après leur mort, mais comme la révélation de Dieu leur permettant, par Jésus Christ, de vivre présentement dans la lumière.

……

En lisant sur la christianisation de l’Europe, nous constatons des phénomènes semblables à ce qu’on voit dans ce vidéo. Des populations entières sont devenues “chrétiennes” en quelques années. Il s’est produit essentiellement la même chose lors des missions catholiques et protestantes auprès des autochtones d’Amérique du Nord du 17e siècle, jusqu’au début du 20e siècle.

J’ai lu le récit d’un prêtre catholique du 19e siècle qui fut témoin des missions dans les contrées nordiques du Québec auprès des amérindiens, et il est étonnant avec quelle enthousiasme et facilité les autochtones se convertissaient au christianisme. Ces missionnaires faisaient un travail dans des conditions d’extrême difficultés, ils ont traduit le Nouveau Testament en langues amérindiennes, et ils ont mis leur langues par écrit.

Notre vision protestante/évangélique vivant en 2011 nous fait penser que ce n’était pas nécessairement une bonne chose, et après tous les scandales du colonialisme, et l’histoire d’horreur des derniers 100 ans concernant les pensionnats amérindiens, nous avons tendance à critiquer ce qui s’est produit, et à idéaliser l’époque d’avant la colonisation.

Mais nous situant 200-300 ans après les faits, nous sommes en vérité très mal placés pour conclure quoi que ce soit sur ce qui poussait les autochtones à embrasser la religion chrétienne. Et cette idéalisation du passé pré-chrétien est en réalité un vieux relent du mythe plein d’ignorance et très “18e siècle” du “bon sauvage” qui vit heureux et innocent dans sa nature pure, comme des enfants plus ou moins débiles.

La réalité est tout autre.

Plusieurs aujourd’hui, à postériori, affirment donc que les religions traditionnelles de ces gens étaient mieux pour eux, et idéalisent la période pré-coloniale. C’est une réaction qui se comprend, et je ne veux surtout pas minimiser la violence avec laquelle les cultures autochtones furent méprisées par nos ancêtres. Mais c’est une réaction qui à mon avis ne vise pas le véritable problème, qui était plus l’idolâtrie envers certaines formes extérieures et de la culture du christianisme européen, idolâtrie qui nécessairement amena le mépris et la condescendance envers les autres cultures, et donc le racisme et toutes ses conséquences.

Et en réalité, la tâche de voir cette idolâtrie, et de se repentir de tout le mal fait par le racisme et la condescendance de notre culture chrétienne occidentale n’a jamais été faite de façon satisfaisante. Et je me pose même la question si dans une certaine mesure, la déchristianisation de nos pays n’est pas en partie lié à ces péchés historiques horribles.

Cependant, malgré les objections de plusieurs, et malgré les erreurs et les horreurs de l’histoire, la question suivante se pose: si le christianisme (même dans une version très imparfaite de notre point de vue) ne représentait pas une “bonne nouvelle” pour les peuples autochtones, comment se fait-il qu’ils se soient converti si facilement, et si massivement? Et contrairement à ce qui est souvent propagée comme version, les conversions forcées n’étaient pas la norme.

……

J’ai fait un très long détours en parlant de la christianisation de l’Europe, et des autochtones nord-américain, parce qu’il y a des parallèles à faire avec les événements rapportés dans ce vidéo.

L’une des différences me semble être ce qui apparaît comme quasiment une absence d’aliénation culturelle, de ce qu’on voit dans ces vidéos, et au contraire, un grand respect de la culture traditionnelle des Kimyals. C’est une grande différence avec les missions “civilisatrices” du 19e siècle, sous la protection des pouvoirs militaires coloniaux… Je ne peux que témoigner de la situation en Amérique du Nord, mais la situation est celle d’une aliénation culturelle des peuples autochtones, de façon plus ou moins volontaires par les missionnaires.

En voyant ce vidéo il y a quelques mois, immédiatement, j’ai vu poindre l’institutionnalisation de l’église. Et je me suis dit: cette église contient probablement des dizaines de gens qui y sont pour suivre la foule; dans quelques décennies des hommes d’église prendront de plus en plus de pouvoir; il y aura éventuellement des schismes, etc, etc…

Mais la question est la suivante: est-ce évitable? est-ce “mal”?

L’autre question plus importante encore est celle-ci: l’institutionnalisation de l’église et du christianisme peut-elle être une bonne chose? Est-elle nécessaire? Est-elle aussi grave que j’aie pu l’affirmer dans les derniers 2 ans que dure ce blog? L’apparition, très tôt dans l’église, de la liturgie, par exemple, est-elle une “quasi-malédiction” telle qu’on en a le sentiment en lisant la littérature des Quakers, ou en lisant Frank Viola et autres tenants du culte “spontané” ?

Le fait est que nous situant après l’histoire de la formation de l’église en institution, et par la suite de la formation de multiples dénominations, et organisations, il nous est très facile de critiquer.

Et si le christianisme liturgique et hiérarchique était le “mal incarné”, comment expliquer qu’il fut la norme pendant plus de 1000 ans en Europe ?

Ne pourrait-on pas penser que Dieu, par son Esprit-Saint, puisse en arriver à ses fins malgré toutes les imperfections de son Église? De même que Dieu arriva à ses fins avec Israël, avec l’incarnation de Christ, sa crucifixion, et sa résurrection, ultime réalisation du plan de Dieu, et de toutes les prophéties de l’Ancien Testament, de même Dieu a son plan qui va au-delà de notre pauvre perception. Que de la même façon que même pour un juif pieux et craignant Dieu à l’époque du Nouveau Testament, le discernement du plan de Dieu et de l’accomplissement des prophéties n’avait rien d’évident et de clair, mais que tout devint clair après la résurrection et la pentecôte, de même pour nous, nous avançons dans une certaine incertitude, avec des controverses qui se dénombrent à l’infinie sur tous les sujets possibles dans le christianisme (situation semblable au judaïsme du 1er siècle…).

Ne pourrait-on pas penser que toutes les errements de l’Église ait pour but entre autre de nous garder dans l’humilité?

Se pourrait-il que notre tendance “anti-institution”, et “anti-liturgie” ne soient en réalité qu’une conformation au siècle présent? En notre époque ou la “spontanéité”, “l’authenticité”, et la liberté de parole, sont les valeurs suprêmes?

……

Plusieurs seront probablement surpris de lire ce genre de question sur mon blog. J’y reviendrais au cours des prochaines semaines.

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