L’éthique chrétienne
Tiré du livre Resident Aliens de S. Hauerwas et WH Willimon:
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… l’éthique chrétienne dépend de l’église pour être pratiquée.
… En agissant comme si l’éthique de l’église est quelque chose qui ferait du sens pour tous citoyen américan qui pense et qui est sensible, peu importe sa foi, l’église sous-estime la particularité de l’éthique chrétienne.
L’éthique chrétienne, comme toutes les éthiques, dépend d’une tradition. C’est-à-dire qu’elle n’a de sens, non parce que les principes qu’elle épouse font du sens dans l’abstrait, comme un comportement parfaitement rationnel, qui devrait sembler raisonnable à n’importe quelle personne intelligente. [En fait], l’éthique chrétienne ne fait de sens seulement du point de vue de ce que nous croyons qui s’est produit dans la vie, la mort, et la résurrection de Jésus de Nazareth.
… L’éthique chrétienne surgit, en grande partie, de quelque chose que les chrétiens affirme avoir vu, mais que le monde n’a pas vu, c’est-à-dire, la création d’un peuple, une famille, une colonie qui est un témoin vivant que Jésus est Seigneur. … La fidélité à cette … histoire est le défi le plus revigorant de l’aventure qui a débuté à notre baptême et le travail le plus difficile de l’éthique chrétienne.
L’habitude de la pensé Constantinienne est difficile à briser. Elle mène les chrétiens à juger leur positions éthiques, non sur la base de ce qui est fidèle à notre tradition particulière, mais plutôt en se basant sur la quantité d’éthique chrétienne que nous pourrons faire avaler à César avant qu’il ne s’étouffe avec. La tendance est donc de diluer l’éthique chrétienne… [en faire] le sens commun universel, et appeler cela quelque chose de chrétien.
… …
Il peut être possible pour les chrétiens d’avancer que notre éthique est applicable pour tout le monde, que la voie de Jésus fait du sens même pour ceux qui ne croient pas que l’affirmation “Jésus est Seigneur” fait du sens. Les chrétiens peuvent alors joindre tous les gens de bonne volonté qui veulent la paix, qui travaillent pour la justice, qui soutiennent la vie, et qui se battent pour le bien. Vous n’avez pas besoin d’une communauté forte, l’église, pour supporter une éthique que tout le monde soutient déjà. Il peut être possible pour les chrétiens de prendre cette approche… jusqu’à ce qu’on entre en collision avec un texte comme le Sermon de Jésus sur la Montagne.
… Ici se trouve une invitation dans un chemin qui frappe fort contre ce que le monde connaît déjà, contre ce que le monde définit comme un bon comportement, contre ce qui fait du sens pour n’importe qui. Le Sermon, par sa proclamation et ses demandes, rend nécessaire la formation d’une colonie…
… Jésus n’a pas été crucifié parce qu’il a dit ou fait ce qui faisait du sens pour tout le monde.
On crucifie les gens parce qu’ils suivent une voie qui va à contresens de la culture ambiante.
… …
Bien sûr nous sommes toujours confus et pensons que que les Écritures concernent d’abord et avant tout ce que nous sommes supposés de faire, plutôt qu’une description de qui Dieu est. Si Jésus avait mis de l’avant un comportement comme tendre l’autre joue lorsque quelqu’un vous frappe comme une tactique utile en vue de tirer le meilleur de l’autre, alors on pourrait accuser Jésus de naïveté éthique. Mais la base de l’éthique du Sermon sur la Montagne n’est pas ce qui fonctionne, mais plutôt la façon dont Dieu lui-même tend l’autre joue. Cela n’est pas préconisé comme étant la chose à faire parce que ça fonctionne (ça ne fonctionne pas en général), mais cela est préconisé parce que c’est comme ça que Dieu est – Dieu est bon pour l’ingrat et l’égoïste. Ce n’est pas un stratagème pour obtenir ce que nous voulons, mais la seule manière disponible de vivre, maintenant qu’en Jésus nous avons vu ce que Dieu veut. Nous recherchons la réconciliation avec le voisin, non parce que nous nous sentirons si bien après, mais parce que la réconciliation est ce que Dieu est en train de faire dans le monde par le Christ.
…
Pour comprendre l’éthique chrétienne, il faut connaître la différence entre la loi naturelle et la loi évangélique. Les non croyants ne connaissent que la loi naturelle (et imparfaitement) alors que les chrétiens connaissent la loi évangélique.
La loi naturelle, inscrite par le Créateur dans le cœur de tout homme, consiste en une participation à la sagesse et à la bonté de Dieu. Elle exprime le sens moral originel, qui permet à l’homme de discerner, par la raison, le bien et le mal. Elle est universelle et immuable, et elle pose les bases des devoirs et des droits fondamentaux de la personne, ainsi que de la communauté humaine et de la loi civile elle-même. À cause du péché, la loi naturelle n’est pas toujours perçue par tous avec une clarté égale et immédiate. Quel est le rapport entre la loi naturelle et la Loi ancienne? La Loi ancienne est le premier état de la Loi révélée. Elle exprime de nombreuses vérités qui sont naturellement accessibles à la raison et qui se trouvent ainsi confirmées et authentifiées dans les Alliances du salut. Ses prescriptions morales, qui sont résumées dans les Dix Commandements du Décalogue, posent les fondements de la vocation de l’homme. Elles proscrivent ce qui est contraire à l’amour de Dieu et du prochain, et elles commandent ce qui leur est essentiel. La Loi nouvelle ou Loi évangélique, proclamée et réalisée par le Christ, est la plénitude et l’accomplissement de la Loi divine, naturelle et révélée. Elle se résume dans le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, et de l’amour des uns envers les autres comme le Christ nous a aimés. Elle est aussi une réalité intérieure à l’homme : la grâce du Saint-Esprit, qui rend possible un tel amour. Elle est « la loi de liberté » (Ga 1, 25), car elle incline à agir spontanément sous l’impulsion de la charité. « La Loi nouvelle est d’abord la grâce même de l’Esprit Saint, qui est donnée aux croyants dans le Christ » (saint Thomas d’Aquin). (source)
Excellent, merci de l’avoir traduit et partagé!
très bon la citation de Saint-Thomas d’Aquin…
… c’est d’ailleurs apparemment un théologien qui a beaucoup inspiré Hauerwas.
La théologie et la philosophie occidentale a commencé a s’engager dans le modernisme vers la fin du moyen-âge, jusqu’à arriver à aujourd’hui à la possibilité de penser que croire n’est qu’une opération purement de l’ordre de la pensée pure… La version moderne de la foi d’Abraham, c’est “Abraham cru que Dieu lui demandait de sacrifier son fils, et donc il resta chez-lui et allait chaque dimanche louer Dieu”
déjà Saint-Augustin (sous l’influence de Platon) diluait le Sermon sur la Montagne en affirmant qu’il ne demandait finalement qu’une “inclinaison intérieure” à vers ce que le Sermon demande… c’est la route vers un salut subjectif. Une croyance dans la tête, privée.
C’est parce qu’en effet les demandes du Sermon sur la Montagne sont tellement extrêmes et impossibles… la tentation de le diluer est très forte. Les lecteurs de la Bible Scofield noteront que les dispensationnalistes “règlent le problème” en affirmant que les indications de Jésus dans le Sermon sur la Montagne ne s’appliqueront en réalité totalement que lors du millénium, ou dans l’éternité, ou je ne sais plus trop quand…
pour résumer grossièrement, l’argument de Hauerwas est que le Sermon sur la Montagne est tellement impossible à appliquer que ça prend une communauté appelée l’église locale pour arriver à s’en approcher, et que simplement de tenter de vivre selon la volonté de Dieu est en fait notre seul véritable travail, et que c’est le moyen de Dieu pour que nous soyons la lumière du monde.
c’est lorsqu’une église s’attelle à demeurer fidèle à Dieu qu’elle brille.
pas en tentant d’être populaire, ou en tentant de répandre un message facile.
Aux dernières nouvelles, selon la Sainte Bible, la Loi morale de Dieu est universelle, et les magistrats du gouvernement civil ne sont rien d’autre que les lieutenants de Dieu sur terre, institués par Lui pour faire appliquer Sa justice divine. Quant à Hauerwas, je crains qu’il ne commette un anachronisme en attribuant à Constantin Ier l’origine de la théologie politique chrétienne, car les théologiens chrétiens avaient déjà formulés les bases de cette branche de la théologie pratique à partir de la Bible longtemps avant la Bataille du Pont Milvius (voir « Defending Constentine – The Twilight of an Empire and the Dawn of Christendom » de Peter Leithart, chapitre « Christian Empire Christian Mission », p. 279 à 287).
Durandal
la référence à Constantin n’est qu’une balise historique, puisque c’est bel et bien depuis Constantin que le Christianisme est devenu la religion du pouvoir.
… j’aimerais avoir la démonstration que “selon la Sainte Bible, la Loi morale de Dieu est universelle”.
et c’est avec une interprétation “constantinienne” de Romains 13:1-3 que les chrétiens américains ont béni les guerres d’expantionnisme américain, et que les chrétiens allemands ont pour la grande majorité marché dans le même sens que leur gouvernement dans les années ’30
http://www.youtube.com/watch?v=2om54Lp6Hxg
le dieu d’un certain christianisme, depuis Anselm de Canterbury ( http://en.wikipedia.org/wiki/Atonement_(satisfaction_view) ), n’est pas le Dieu d’Abraham, d’Isaac, et de Jacob, mais la “Loi morale universelle”, à laquelle Dieu lui-même est soumis.
Le christianisme est devenu — gloire à Dieu — la religion du pouvoir en Osroène, en Arménie, en Géorgie et en Éthiopie bien avant de le devenir dans l’Empire romain, et le christianisme ne fut pas continuellement la religion du pouvoir dans aucun de ces États, la référence à Constantin comme balise historique est donc un peu boiteuse.
Romains 13 peut difficilement être mobilisé pour légitimer l’expansionnisme territorial car ce texte ne traite pas de cette question, et de surcroît une telle interprétation ne serait pas constantinienne car Constantin n’a pas étendu l’Empire romain géographiquement, il l’a seulement restauré à l’intérieur en destituant et châtiant les usurpateurs/persécuteurs des chrétiens (ce qui était précisément son devoir de magistrat selon Romains 13).
Les vrais chrétiens d’Allemagne ont résisté activement au IIIe Reich néo-païen, comme la Parole de Dieu leur commandait :
http://monarchomaque.org/2011/06/22/combat/
L’universalité de la Loi morale de Dieu, dans tous les pays et à toutes les époques, est proclamée de façon absolue et avec tellement de force et d’insistance dans toutes les Saintes Écritures qu’il est presque impossible d’en faire un inventaire exhaustif. D’ailleurs cela est très censé : une loi réellement morale ne peut être qu’universelle et une loi véritablement universelle doit nécessairement être morale. En affirmant que la Loi de Dieu (que tu appelles “éthique chrétienne”) est bonne uniquement pour l’Église, tu restreints ce qui ne peut par définition pas être restreint, tu poses des limites à l’Éternel Tout-Puissant.
Quant à Anselme de Cantorbéry, je lui lève mon chapeau pour avoir défendu les prérogatives de l’Église face aux empiètements de l’État séculier sous le décadent roi Guillaume II d’Angleterre.
nous sommes définitivement de 2 points de vue très éloignés.
mais tu as la mauvaise habitude de discréditer avec une facilité (facilité dans le sens de paresse) qui semble friser la mauvaise volonté tout ce qui n’est pas de ton point de vue.
par exemple, tu ne poses pas la question ce que signifie mon utilisation du terme “constantinien”.
non.
tu défais mon argument en changeant le sujet (ce que tu fais aussi sur ton blog), et dire “constantin n’a pas fait ceci, cela, et ceci… donc BIEN ÉVIDEMMENT, utiliser le terme constantinien ne peut s’appliquer”
le problème n’en est pas un d’argument, mais de volonté.
et contre le manque de volonté, on ne peut donner aucun argument qui puisse convaincre.
Dandural: Ne voyez-vous pas une distinction entre la loi universelle et la loi évangélique? Les chrétiens ne sont-ils pas tenus à quelque chose de différent que le monde, comme les Israélites qui devaient observer une loi divine différente de la loi universelle s’appliquant à tous les hommes (que les Juifs modernes assimilent aux Lois noahides).
c’est ce genre de notion détraquée et dangereuse qui me rend très frileux à l’idée d’une quelconque intervention des chrétiens dans la politique.
trop souvent dans l’histoire, ceux qui suivent le crucifié sont devenu des crucifieurs et étant au pouvoir.
ce que les tenants d’une prise du pouvoir politique par les chrétiens ne comprennent pas, ou mal, c’est que le pouvoir politique est intrinsèquement violent, et que par conséquent il est incompatible avec plus d’un commandement, dont le principal est de ne pas tuer.
l’histoire nous démontre très bien que les chrétiens au pouvoir ont fait comme n’importe qui au pouvoir: ils ont tué. Probablement que dans une très large proportion des cas, ce n’était pas par malveillance, mais simplement parce que le pouvoir politique est ainsi fait: il nécessite la violence.
la violence politique est une question de nécessité, et de “normalité”, de l’ordre de l’ordinaire.
mais les chrétiens ne sont pas appelés à faire les choses par nécessité, ni à faire ce que la logique ou la “normalité” leur demande. Tendre l’autre joue n’a rien de naturel, ni de calculateur, ni de logique. Nous sommes appelé à l’extraordinaire.
Bonhoeffer commentant Matthieu 5 (voir ici et ici)
“En quoi le disciple se distingue-t-il du païen? En quoi consiste ce qui est «chrétien»? C’est ici que se situe le mot auquel tend tout le chapitre 5, le mot qui résume tout ce qui précède: ce qui est «chrétien», c’est le «particulier», le “perisson”, l’extraordinaire, ce qui n’est pas régulier, ce qui ne va pas de soi. [...]
Ce n’est pas à l’intérieur des données naturelles que se réalise ce qui est chrétien, mais en les dépassant.
[...]
En quoi consiste le “perisson”, l’extraordinaire? C’est l’existence de ceux qui ont été appelés heureux, de ceux qui suivent le Christ; c’est la lumière qui luit, la ville sur la montagne; c’est le chemin du reniement de soi-même, de l’amour total, de la pureté totale de la véracité totale, de la non-violence totale; c’est ici l’amour sans partage pour l’ennemi, l’amour pour celui qui n’aime personne et que personne n’aime; l’amour qui s’adresse à l’ennemi religieux, politique, personnel. En tout cela, c’est le chemin qui a trouvé son accomplissement sur la croix de Jésus Christ.”
Du pur Bonhoeffer… c’est vraiment inspirant. Il y a un contraste marqué entre le christianisme du Sermon sur la montage et la religion de Calvin, qui met si peu d’importance sur la poursuite de la perfection en adoptant une attitude défaitiste fondée sur la notion de dépravation totale.
Je pense que le point de vue de Dandural pourrait s’expliquer par la façon qu’ont les Calvinistes de voir la Bible. Pour eux, c’est une sorte de code qui sert à expliquer l’univers. Ils élaborent un worldview fondé sur les notions qu’ils relèvent en appliquant une méthode d’interprétation plus ou moins scientifique à un écrit manifestement destiné à autre chose que cela. Ils vous diront que le Sermon sur la montage doit être compris dans l’optique de tel ou tel autre passage, comme si le Christ avait présumé que ses paroles seraient bien comprises uniquement une fois le canon des Écritures complété et en appliquant une méthode interprétative rigoureuse et poussée. Leur point de départ est la Bible plutôt que le Christ et leur méthode est celle de la raison humaine plutôt que la folie de l’Évangile. Ils ont pour seul dogme Sola Scriptura; le reste, même leur version de l’Évangile, est le produit de leur raison humaine.
” Leur point de départ est la Bible plutôt que le Christ et leur méthode est celle de la raison humaine plutôt que la folie de l’Évangile. Ils ont pour seul dogme Sola Scriptura; le reste, même leur version de l’Évangile, est le produit de leur raison humaine.”
… bon résumé!
cela dit, cela n’enlève rien aux bien produit par le protestantisme.
mais plus d’un protestant/évangélique n’admettront pas le mal produit par cette doctrine, et le fait que ce mal est contenu, en embryon, dans cette doctrine.
ils ne comprennent pas qu’un cas comme Michel Servet n’est pas simplement une “erreur”, mais un produit inévitable de cette doctrine politique.
@ Tommy :
Le constantinianisme, par définition, ne peux que se référer a la politique de Constantin le Grand, et toute autre utilisation du terme est nécessairement fallacieuse. Le constantinianisme est un ensemble précis de positions et de mesures précises, complexes mais cohérentes qui n’ont rien a voir avec avec ce que les détracteurs amateurs de Constantin fustigent, a tord ou a raison. J’ai lu, synthétisé et résumé brievement la plus récente (et la plus solide) historiographie sur Constantin Ier dans cet article :
http://monarchomaque.org/2011/08/26/coerc/
@ Daniel Arsenault, quoi qu’en dise Thomas d’Aquin — les interprétation de sa pensée théo-juridique divergent, voir http://theonomyresources.blogspot.com/2011/03/theonomy-in-middle-ages-by-marc-clauson.html — la Loi dite naturelle, créée par Dieu, et la Loi biblique, révélée par Dieu, ne peuvent pas se contredire. D’autre part, je vois que tu est papiste (ou que tu t’affiches comme tel), et que critiquer le Sola Sriptura te permet de flirtrer avec un évangélastique piétiste & antinomien (Tommy). L’article suivant met les pendules a l’haure quant a ta critique de la doctrine réformée historique :
http://blog-confessant.blogspot.com/2009/06/de-loral-seul-lecriture-seule.html
@ Durandal
merci pour les références. Je vais les lire à tête reposée.
Mes positions sont influencées par une série de choses et d’auteurs. Je suis d’une famille convertie du catholicisme à la foi évangélique. Comme tout Québécois, j’ai une aversion profonde de toute association entre religion et politique, qui s’explique par notre histoire des 150 dernières années surtout. Et comme évangélique, de l’église des frères en plus, j’ai un effectivement un préjugé très négatif envers toute religion institutionnalisée.
2 grands problèmes me tracassent et m’intéressent depuis très longtemps:
1- J’ai aussi un grand intérêt pour la mission, … et je constate que sur plus d’un champ de mission, ce qui fut trop souvent propagé n’est pas un christianisme, mais une culture christianisée, et par le fait même il y a eu aliénation culturelle des peuples évangélisés. Cette réalité est reconnue par la plupart des missionnaires aujourd’hui. (pour un exemple de “cas” intéressant, voir une biographie de Hudson Taylor, ou voir ce que Gandhi pensait du christianisme vs des chrétiens. ce sont 2 exemples parmi des milliers.)
2- l’état spirituel et l’éthique d’une très grande proportion de chrétiens est plus que boîteuse.
Je cherche donc à savoir pourquoi ces 2 problèmes existent. J’ai pensé longtemps que l’institutionnalisation de l’église était le plus grand problème (voir le début du blog). Ce n’est plus mon avis. Je soupçonne depuis quelque temps que la théologie évangélique est en elle-même responsable d’une partie du problème. Et c’est ce genre de remise en question que ce blog réflète.
Je suis influencé par la lecture de Jacques Ellul, et de Dietrich Bonhoeffer, de même que John Yoder et Stanley Hauerwas. Ceux-ci sont tous très critiques de la chrétienté occidentale, et ne sont pas des “détracteurs amateurs de Constantin”. … “influencé” est un bien grand mot… Je n’ai vraiment pas tout lu.
voilà donc pour mes préjugés, mes influences, et les choses qui sont à la base de ce que je prends pour acquis.
Je n’ai pas de formation en histoire, ni en théologie, ou en étude biblique ou en philosophie.
Je constate que tu sembles t’intéresser beaucoup à l’histoire, et que tu dois certainement avoir étudié dans ce domaine. Je pense que nous (l’église au sens large) avons besoin de gens qui connaisse très bien l’histoire. Trop souvent notre christianisme est déraciné, et a-historique, surtout, et de manière très flagrante, chez les évangéliques. Tu sembles cependant étudier l’histoire avec un but bien précis et un partie-prix: défendre le christianisme en général, et en particulier le protestantisme. Je peux comprendre que l’étude de l’histoire compte plus d’un détracteur impartial du christianisme, et qu’on puisse sentir le besoin de contre-balancer.
… pour ma part, j’ai toujours eu la conviction que Dieu est bien assez grand pour se défendre tout seul. Et que l’apologétique (philosophique, théologique, ou historique), bien qu’utile lorsqu’elle est à sa place, peut devenir un exercice rationnel peu utile et même contre-productif.
Voilà donc, je suis complètement partial et subjectif, et je ne prétendrai jamais être impartial et objectif, puisque je ne suis pas Dieu. (… en fait, même Dieu ne sera jamais aussi objectif qu’un réformé moderne. Dieu en Christ qui réconcilie le monde avec lui-même… je ne vois pas où est l’impartialité et l’objectivité là-dedans… Le Dieu des modernes est un dieu qui s’apparente beaucoup plus à Allah ou à Zeus qu’à Jésus-Christ, ou au Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse et de David.)
J’imagine que tu es protestant ? Et que tes parents et grand-parents l’étaient ?
… ça doit être ma nature à la limite névrosée qui me fait ressentir le poids de la responsabilité des erreurs et des horreurs historiques commises par les chrétiens qui me pousse à adopter les points de vue que j’ai.
face à l’état du christianisme, et à l’histoire, j’ai juste l’impression que l’humilité est la seule attitude valable.
pas une défense acharnée et une recherche d’auto-justification.
… mais comme je dis, ça doit être simplement mon caractère.
peut-être qu’on devrait n’être que fiers de ce que le christianisme a été, et de ce qu’il est présentement.
“évangélastique piétiste & antinomien”
ah ah ah !!
j’aime bien.
je n’ai pas de problème à me faire traiter d’évangélastique, si ça veut dire de tenter de penser “out of the box”. La plupart des gens pensent en vase clot dans un système auto-explicatif, et sont incapables de tenter de prendre un autre point de vue sans automatiquement se sentir menacé.
ce terme doit sous-entendre aussi que je suis, oh malheur!, un critique de la modernité, et que je suis un malheureux post-moderne. Ce genre de critique, qui à date ne me vient que de réformés, me fait sourire, parce qu’elle sont tellement humaine, en ce sens que les conflits inter-culturels ne datent pas d’hier, et les chrétiens se prennent toujours très au sérieux dans ce genre de conflits. Paul passe plus d’un épître à traiter de problèmes inter-culturels. Il y avait transition entre un christianisme de culture juive, et un christianisme de culture gréco-romaine. Nous sommes dans une culture post-moderne (… ou en transition vers la post-modernité…). Les chrétiens qui voient le post-modernisme comme une catastrophe me font penser aux juifs qui voulaient imposer la circoncision aux grecs. Traiter quelqu’un de “post-moderne” en voulant le terme péjoratif, c’est comme un Juif de l’époque qui traite un frère de “Grec” en sous-entendant que c’est mal d’être Grec.
à mes yeux, c’est aussi banal que ça.
mais c’est aussi très significatif.
Plusieurs chrétiens restent accrochés à une culture et vénèrent le passé et une façon de faire.
Malheureusement, c’est une bonne façon de devenir très religieux et très mort-vivant.
Et du point de vue missionnaire, c’est voué à l’échec.
je n’ai pas de problème avec l’épithète “piétiste” non plus. La recherche d’une relation quotidienne, personnelle, et vivante avec Dieu est une longue tradition chrétienne (et juive: voir presque tous les Psaumes sont écrits à la première personne du singulier) qui ne se limite pas au protestantisme luthérien, mais qui remonte aux premiers mouvements monastiques, aux pères du désert, Saint-François d’Assise, les mystiques… Plus près de nous: Tozer, le Sadhou, Hudson Taylor, Dallas Willard, Richard Foster, Merton, etc. Je soupçonne bien sûr, que étant modernes, les réformés vont sursauter en lisant que je puisse avoir une bonne estime de ces “papistes” et de ces malheureux subjectifs/cas désespérés/artistes inutiles/rêveurs, etc…
un excellent article sur le piétisme, par un malheureux sympathisant des damnés d’émergents (sarcasme): http://www.patheos.com/blogs/jesuscreed/2012/01/04/pietism-what-is-it/
un livre que je veux lire: http://www.amazon.com/Patron-Saints-Postmoderns-Speak-Future/dp/0830837191/ref=lh_ni_t
un texte sur la tradition qui peut empêcher l’évangile de faire son oeuvre:
http://tommyab.wordpress.com/2009/08/05/209/
texte très intéressant sur le post-modernisme: http://nextreformation.com/wp-admin/resources/Post-Modern.pdf
Bon j’ai lu les liens de ton dernier message et les premières pages du PDF.
Mes grands-parents maternels sont des humanistes et leurs ancêtres directs sont tous des catholiques (sauf peut-être le pionnier fondateur qui venait du Poitou et qui est introuvable dans les registres catholiques, il y a donc possibilité qu’il était huguenot). Ma mère est une lesbienne depuis une douzaine d’années.
Mes grands-parents paternels sont nés catholiques et sont éventuellement devenus évangéliques par l’entremise de mon père qui est est devenu pasteur. Tous leurs ancêtres canadiens étaient catholiques, bien que l’épouse du pionnier fondateur provenait d’une famille calviniste en Aunis (et qu’un autre de mes ancêtres vient d’Erfurt en Thuringe, il y a donc possibilité qu’il était protestant). Mon père nous ayant quitté lorsque j’avais cinq ans, il ne m’a aucunement influencé.
J’ai reçu une éducation chrétienne très rudimentaire jusqu’à l’âge de huit ans et j’ai ensuite subit la décadence LGBT pendant une décennie. J’ai ensuite décidé de (re)devenir chrétien après d’intenses lectures et réflexions où l’apologétique a occupé un rôle central.
Je suis réformé baptiste depuis l’an passé.
Je suis d’accord que “l’état spirituel et l’éthique d’une très grande proportion de chrétiens est plus que boîteuse”.
Je constate que tes opinions sont mieux articulés et étayés que la plupart des chrétiens québécois d’arrière-plan évangélique que j’ai croisé à date. Je me dis que ça vient de ton éducation darbyste : bien qu’ils soient piétistes (au sens “anti-politique”) et arminiens, les darbystes ont néanmoins une indéniable rigueur d’étude, dont tu as surement hérité.
Il y aurait pas mal d’autres choses à dire mais à ce stade-ci ça ne sert peut-être plus à rien de m’acharner à te critiquer systématiquement pour que tu viennes répondre le lendemain, m’obligeant de reprendre la sempiternelle kermesse. Je propose que nous nous entendions d’abord sur une description plus claire du problème (le piètre état spirituel et éthique des évangéliques québécois, c’est bien cela ?), et ensuite, si tu le souhaites, que nous essayons de résoudre ce problème en proposant nos pistes respectives.
@Durandal
merci beaucoup de la réponse.
… je suis heureux d’apprendre que l’apologétique puisse avoir servi à quelqu’un. J’admets que je n’avais jamais rencontré ce genre de situation, et que lorsque j’ai vu des chrétiens tenter de convaincre des non-chrétiens par “l’apologétique”, tout ce que j’ai vu était très laid à voir et tout à fait non chrétien…. et donc j’ai probablement tendance à diminuer l’importance de l’apologétique.
et il faudra que je lise le livre de Peter Leithart un de ces jours.
J’ai vu une critique du livre par un de mes bloggeurs préféré (voir ici: http://www.reclaimingthemission.com/yoders-jeremian-dispersed-missional-ecclesiology-what-yoder-got-right-according-to-leithart/ ).
… et je suis tout à fait d’accord avec ce bloggeur (David Fitch).
Les chrétiens en occident sont dans une situation semblable aux juifs à Babylone. Ils ne sont plus au pouvoir, ils sont minoritaires, etc… Nous sommes dans ce que les missiologistes appellent la “post-chrétienté”.
pour continuer dans la métaphore et dans la comparaison entre la situations des chrétiens maintenant vs le juifs de Babylone:
à mon avis, d’un point de vue stratégique missionnaire, il est contre-productif de continuer de penser et d’agir comme si nous étions à Jérusalem et que le glorieux temple est présent, et que le roi est de la dynastie de David, etc… C’est rêver en couleur que de penser que Babylone sera sous peu entre nos mains. Nous y avons bien quelques-uns des nôtres très prêts du pouvoir (Daniel, et ses 3 compagnons; et plus tard sous les Perses, Esther, Mardoché…), mais de là à dire que Babylone est “juive”, nous en sommes très loin.
toujours en ligne dans cette métaphore… si la situation actuelle se compare aux juifs à Babylone, la période de “chrétienté” peut se comparer à la période des juifs d’avant l’exil. Et inutile de dire que les prophètes de l’Ancien Testament, et ceux qui ont écrit les livres historiques de l’Ancien Testament (livres des Rois, Chroniques) sont très critiques de la façon dont Israël s’est éloigné de Dieu, et ils voient la destruction de Jérusalem et la déportation comme une conséquence directe des péchés d’Israël. L’église en position de pouvoir n’a pas été mieux.
mon attitude est donc celle-ci: “nous sommes dans une situation lamentable,… mais nous l’avons amplement mérité, …”
… et il me semble que c’était l’attitude des prophètes juifs de l’Ancien Testament.
ce qui peut devenir malsain dans ma façon de voir l’histoire, et qui est très évangélique, c’est de se détacher de l’histoire des chrétiens et de dire “nous ne faisons pas partie de ça … ce n’est pas nous … ”
Quand nous lisons les prophètes de l’Ancien Testament, au contraire, tout en proclamant haut et fort “… nous l’avons pleinement mérité… ” , ils luttent en même temps avec Dieu et disent en quelque sorte “… pourquoi!!?? Dieu, où es-tu?? tu exagères non??! …” (voir en particulier les Psaumes, et Lamentations), et surtout et toujours ils sont profondément AVEC le peuple (voir Jérémie et Osée en particulier), ils demeurent profondément attachés à ce peuple.
…
…
… comme je l’expliquais plus haut, mon attitude “anarchiste” et souvent railleuse face au christianisme institutionnel vient de mes influences, probablement de mon caractère, du genre de christianisme dans lequel j’ai baigné, etc… Mais au-delà de tout ça, j’ai quand même l’impression que c’est par un souci missionnaire, et par un souci de tenter de comprendre quelque chose à la situation actuelle. Quel est le lien avec la mission ?? Il est fondamental: nous nous condamnons à la disparition si nous nous obstinons à tenter de propager en occident notre christianisme avec la forme qu’il a présentement.
je suis profondément persuadé de cela.
en même temps, il faut éviter de perdre le christianisme en voulant y enlever la culture chrétienne qui empêche d’y voir Christ.
tiré du livre très intéressant de Alan Hirsch, The Forgotten Ways:
“Regardant avec anxiété vers l’avenir, et recherchant des outils dans notre histoire et nos traditions pour mener à bien notre mission, dans la boîte à outil de la chrétienté, plusieurs d’entre nous demeurons avec le sentiment d’un naufrage inévitable, avec le sentiment que cela ne fonctionnera tout simplement pas.
[...]
Nous vivons présentement à une époque où seule une solution qui plonge très profondément dans ce que signifie réellement être le peuple de Jésus sera à la hauteur.
…
Nous sommes maintenant arrivé à une situation fâcheuse où la forme la plus répandue de l’église (institutionnelle) est devenue un obstacle majeur à la propagation du christianisme en occident.
…
Cette église constantinienne est fondamentalement différente de l’église du Nouveau Testament, qui est formée d’un réseau de communautés qui sont en mission, organisée en mouvement. La chrétienté [ ou église constantinienne] est marquée par les caractéristiques suivantes:
1. Sa façon de propager le message est par l’attraction, et non par le fait d’être une église envoyée par Dieu dans le monde. Elle prend pour acquis une certaine place de l’église, comme étant au centre de la culture qui l’entoure. (L’église du Nouveau Testament est une église qui “va et qui envoie” et opère en s’incarnant dans la culture environnante.)
2. Un changement du centre d’attention vers des bâtiments/places sacrés et dédiés à l’adoration. L’association de bâtiments avec l’église altère de façon fondamentale la manière dont l’église se perçoit elle-même. Elle devient plus statique et institutionnelle dans sa forme. (L’église primitive n’avait pas de bâtiments dédiés reconnus autre que des maisons et des commerces, etc.)
3. L’émergence d’un clergé professionnel, reconnu institutionnellement, qui agit principalement dans un mode de pasteur/enseignant. ( [...]… cela eut pour effet de séparer le peuple de Dieu entre les chrétien professionnel et les laïcs. L’idée d’un clergé séparé [...] est étrangère à l’église du Nouveau Testament [...].)
4. [L'église constantinienne] est aussi caractérisée par l’institutionnalisation de la grâce, dans la forme des sacrements administrés par un clergé autorisé institutionnalisé. (Le format de la communion dans le Nouveau Testament était en réalité un repas (quotidien?) dédié à Jésus, dans le contexte de la vie quotidienne, et dans les maisons.) “
pour répondre à ta question (“Je propose que nous nous entendions d’abord sur une description plus claire du problème (le piètre état spirituel et éthique des évangéliques québécois, c’est bien cela ?), et ensuite, si tu le souhaites, que nous essayons de résoudre ce problème en proposant nos pistes respectives.”) …
… j’ai en fait 2 questions… et j’ai pas mal écrit ma perspective sur la première (la mission).
pour la 2e, l’état spirituel des croyants…
c’est un problème qui est théologique d’abord à mon avis, et qui touche à ce que nous entendons par “salut”, “chrétien”, “évangile”, etc…
“every system is perfectly designed to deliver the results it gets”….
j’ai lu cette phrase dans un livre de Dallas Willard (Divine Conspiracy) qui m’a convaincu que c’est d’abord un problème théologique, avant d’être un problème de mise en pratique. En fait les gens ne font que pratiquer ce qu’ils croient.
Nous avons les chrétiens que nous avons, parce qu’ils croient ce qu’il leur a été enseigné. Nous “produisons” ce que notre message est “fait” pour produire.
un évangile qui est “fait” pour sauver les gens de l’enfer et s’assurer qu’ils aillent au ciel après leur mort, et vendue comme tel, comme une police d’assurance, produit des tonnes de “sauvés” satisfaits de leur “salut” et de leur “assurance du salut”, mais ne produit pas de disciples.
lorsque cet évangile produit des disciples, c’est par accident, et ce n’est pas une conséquence logique de cet évangile, mais bien une exception.
lorsque la “production” de disciple devient l’exception dans une église,…. on a un problème.
et mes 2 questions sont reliées, puisque lorsque l’évangile devient un genre de produit qui n’est même pas “utilisé” par les gens qui prétendent le croire, les non-chrétiens n’y voient rien d’intéressant. Et la mission devient un appel à l’égocentrisme que les chrétiens font aux incroyants en les exhortant à croire à un évangile centrée sur leurs besoins (croyez pour échapper à l’enfer… ou croyez pour être guéri spirituellement , … ).
quelques articles sur le sujet:
http://tommyab.wordpress.com/2011/03/14/le-succes-de-leglise-des-premiers-siecles-par-keith-giles/
http://bensternke.com/2011/08/why-we-dont-make-disciples/
http://mikefriesen05.wordpress.com/2011/09/30/rethinking-evangelicalism-pt-5/
http://bensternke.com/2011/06/the-gospel-evangelism-and-discipleship/
qu’est-ce que tu voies comme solution à ce problème ? (celui de l’état spirituel piteux de plusieurs croyants)
perspective très très intéressante sur l’histoire du christianisme:
http://www.postost.net/2008/03/we-have-go-back-not-square-one
http://www.postost.net/2010/10/scot-mcknight-peter-leithart%E2%80%99s-defence-constantine
voir ici http://tommyab.wordpress.com/2011/02/18/reflexions-sur-le-debat-sur-lavortement/#comment-1211
Je suis d’accord que les Occidentaux méritent amplement la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ont rejetés Christ et Sa Loi, et on voit ce que ça donne. Les chrétiens plus spécifiquement ont baissés les armes et leur lâcheté & paresse font en sorte qu’ils sont en train de perdre leurs droits fondamentaux les uns après les autres. Déjà au XVIe siècle Luther s’écriait que les Turcs assiégeant Vienne sont un châtiment divin pour punir l’Europe de son idolâtrie. Mais catholiques et protestants n’en ont pas moins réduit à presque néant la puissance politique musulmane dans les siècles suivants. Il y a une coupe d’années j’étais très préoccupé par la menace que représente l’islamisation de l’Occident, mais j’ai compris que c’est *normal* que des populations devenues insouciantes et incrédules comme celles en Europe/Amérique du Nord se fassent conquérir par une idéologie belliqueuse et impérialiste telle que l’islam. Cela dit, je demeure opposé au phénomène d’islamisation. Il est clair que le monde occidental est actuellement dans un état post-chrétien. Aux États-Unis, la droite religieuse née dans les années 80 a selon moi échouée, car les chrétiens américains ne se battent plus désormais pour l’âme de la nation, mais pour leur simple droit d’exister en tant qu’individus chrétiens. Mais je ne suis pas prêt pour autant a parler de post-Chrétienté. Quand le peuple de Dieu se rebelle contre Lui, Dieu déplace le centre de son royaume terrestre ailleurs dans le monde. Je crois que c’est ce qui est train de se passer, j’ai écrit un article illustrant cela :
http://monarchomaque.org/2011/03/11/chretiente/
Je reprends les points de Alan Hirsch dans The Forgotten Ways :
1. Attraction plutôt que « va et envoie ». C’est discutable. Longtemps après Constantin, l’Église celtique bretonne envoie des missionnaires en Europe continentale et ces missionnaires étaient dans une situation analogue à celle des Occidentaux en Afrique aujourd’hui. On peut aussi parler de Saint Boniface en Germanie ou de Saint Cyrille & Saint Méthode dans les pays slaves. Cela prendra plusieurs siècles avant que l’on puisse vraiment dire que l’Église domine la culture européenne. À la chute de l’Empire romain, l’Église se retrouve face à des pouvoirs païens ou ariens souvent hostiles qui vont perdurer parfois plusieurs siècles. Et jusqu’à la conversion de la Scandinavie, la position de l’Église en Occident n’est pas assurée : aux IXe et Xe siècles, les Vikings païens terrorisent l’Europe et rien n’est certain quant au futur. Quand la Chrétienté médiévale se relève finalement de la tourmente autour de l’An Mil, je ne pense pas que l’institutionnalisation de l’Église fut toujours une mauvaise chose. Elle a su imposer au pouvoir séculier la « Paix de Dieu » et la « Trève de Dieu », véritable révolution des droits des gens, qui jette les bases des structures de paix sociale et de respect des non-combattants pendant les conflits armés. Et que dire de l’abolition de l’esclavage au Haut Moyen Âge, qui est une autre réalisation de l’Église institutionnelle ? Je t’assure qu’il valait mieux être un serf labourant les champs au Moyen Âge qu’un esclave travaillant dans les mines en Antiquité !
2. Je concède le point des bâtiments. La « Renaissance constantinienne » (architecturale et artistique) s’accompagne d’imposantes basiliques. Avant Constantin, l’Église avait déjà des bâtiments cultuels (ou parfois des salles de certaines maisons de chrétiens nantis servaient spécifiquement au culte et elles étaient aménagées et décorées en conséquence). C’est vrai que l’atmosphère change entre une réunion en cercle dans un lieu quelconque et une basilique où le croyant est à 200 m du prédicateur. Mais les églises locales ont quand même besoin de lieux stables et sécuritaires pour s’assembler. Je pense qu’à ce niveau la Réformation calviniste/puritaine a remit les pendules à l’heure.
3. Je concède également le point du fossé qui s’est créé entre croyants ordinaires et pasteurs/docteurs. Cependant, on ne peut pas blâmer Constantin pour cela. Cette dérive ecclésiologique a commencée dès le IIe siècle et ne culmina qu’au Moyen Âge classique. Là aussi, je suis persuadé que la Réforme calviniste/évangélique a restauré l’ordre correct.
4. Pour ce qui est des sacrements, lorsque Jésus a dit « faites ceci en mémoire de moi », il n’a pas précisé qu’il fallait obligatoirement le faire dans des maisons. Cela se fait en communauté, et il est donc adéquat que cela se fasse là où la communauté à l’habitude de se réunir. Maintenant, pour ce qui est de la question des « autorités institutionnalisés », je cite Olivier Favre dans Le Bon Fondement (p. 237-238) :
« Le baptême et la cène n’ont pas été ordonnés à des individus mais à l’Église de Dieu, à ce corps, […] en lui donnant, encore aujourd’hui, des intendants selon Tite 1:7. Notre Seigneur a établit sur l’Église une structure, des autorités, afin qu’elle continue à administrer le baptême et la cène. À la lecture de 1 Corinthiens 11:18, nous comprenons que la cène était administrée lors d’un rassemblement formel de l’Église. En Actes 2:41-42, nous voyons un lien étroit entre le baptême et l’intégration à l’église locale, entre le baptême et le rassemblement des croyants dans un lieu où l’on pratiquait la cène. Ainsi les [deux] sacrements ont été donnés à l’église locale et ils doivent être administrés dans le rassemblement de l’église locale. Malheureusement cette vérité biblique est souvent oubliée aujourd’hui : on termine un camp de jeunes ou une retraite par la cène, on se fait baptiser lors d’une convention para-ecclésiale, lors d’un voyage en Israël ou ailleurs. Or, ces pratiques sont des désobéissances à l’enseignement de la Parole de Dieu. »
C’est vrai que l’Évangile est présenté comme une police d’assurance dans les églises évangélastiques et pentecôtistes. Pleins de chrétiens ne vont à l’Église que pour des raisons strictement émotionnelles, pour avoir un « high » sentimental.
Qu’en penser ? Nous observons là la postmodernisation des églises selon moi. L’emphase est placée sur l’expérimental, sur les désirs de la personne. L’évangélisme devient de plus en plus anthropocentrique.
Je suis aussi de l’avis que la racine de cette dérive est théologique. Je ne peux pas m’empêcher de pointer du doigt l’antinomisme. Celui-ci réduit le christianisme au minimum – ou à vrai dire l’ampute de plusieurs de ses éléments essentiels – en mettant tout le focus sur la grâce et le salut. Or c’est par grâce que Dieu nous a donné sa LOI pour notre SANCTIFICATION. La Loi comme moyen de santification (et non de justification) est ce qui permet au chrétien de réellement devenir un disciple. Abraham Kuyper définissait le christianisme comme un « système de vie », ce qui tranche avec l’idée du christianisme comme « divertissement du dimanche matin ».
Bien sûr cet antinomisme s’appuie sur des relents de marcionisme, une hérésie des premiers siècles selon laquelle le Dieu de l’Ancien Testament est méchant et différent du gentil Dieu du Nouveau. Cette grave erreur conduit bien évidemment à rejeter le Tanak, et donc à rejeter la Loi qui aide le disciple à marcher dans le droit sentier. Bien entendu l’hérésie marcioniste a été officiellement rejetée, mais elle a quand même imprégné les esprits. Si le Tanak n’est plus valable, alors il y a inévitablement un vide éthique. (Je conviens que les dispositions cérémonielles de la Loi mosaïque sont accomplies en Jésus-Christ, mais les principes d’équité généraux que renferment ces dispositions demeurent perpétuellement, comme le reste de la Loi.)
J’ajouterais finalement une dose de gnosticisme. Les gnostiques voyaient tout ce qui est matériel comme mal et immatériel comme bien. Similairement, les évangélastiques voient souvent ce qui est temporel comme nécessairement mauvais ou irrelevant et ce qui est « spirituel »/émotionnel comme automatiquement louable. Il en découle à mon avis un désintéressement des choses concrètes et un repli sur le moi intérieur.
… finalement nos façons de voir ne sont peut-être pas si différentes.
et je trouve ça bien intéressant.
“Je suis d’accord que les Occidentaux méritent amplement la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ont rejetés Christ et Sa Loi, et on voit ce que ça donne.”
Ma façon de voir, c’est que le christianisme en occident était devenu exactement ce que Jésus décrit en Matthieu 23. … Et que le rejet du christianisme par nos contemporains n’est pas seulement de la rébellion, mais surtout un rejet légitime de l’horreur que pouvait être devenu dans trop de cas le “christianisme”. Au niveau local, on n’a qu’à penser aux scandales des orphelinats de Duplessis et des pensionnats autochtones, et aux abus sexuels du clergé qui semblent qu’on en voit 1 nouveau par semaine dans les médias… Ou plus général et plus répandu, le contrôle de la population par le clergé, et la pression exercée pour avoir de grosses familles. Cette pression n’est pas une histoire de féministes enragées. Je rencontre plusieurs fois par années des femmes âgées qui racontent qu’on leur interdisait d’allaiter (puisque ça donne une certaine baisse de fertilité pendant l’allaitement), et qu’on leur refusait la communion ou les menaçait d’excommunication si elles n’avaient pas leur bébé chaque année.
Il faut absolument lire à ce sujet le livre d’Ellul, La Subversion du Christianisme.
Une grande partie du rejet du christianisme est secondaire à ce que le christianisme est devenu autre chose que le christianisme.
Il y a bien sûr des rejets du christianisme qui sont des rejets de Christ, et non du “christianisme” de la chrétienté.
concernant le terme “constantinien”
il ne faut pas comprendre le terme en se limitant à Constantin lui-même, ou à ses politiques et accomplissements, mais plutôt comme définissant une église qui a le pouvoir de son bord, et qui utilise ce pouvoir pour imposer des lois “chrétiennes”
c’est un terme surtout utilisé par les anabaptiste, et c’est en gros, je pense, dans ce sens que ce terme est utilisé par Alan Hirsch, Stanley Hauerwas, Yoder, Greg Boyd, David Fitch, etc…
la notion de “nation chrétienne” par exemple est qualifiée de “constantinienne”
voir ici: http://en.wikipedia.org/wiki/Constantinian_shift
voir ici: http://www.youtube.com/watch?v=YV64Mt7X2D4
http://www.gregboyd.dreamhosters.com/books/myth-of-a-christian-nation-3/
soit dit en passant, je suis totalement d’accord avec Greg Boyd.
avec le pouvoir, les chrétiens ont dû inventer une nouvelle théologie, celle de la “guerre juste” inventée par Saint-Augustin…
mais le problème avec la perspective anabaptiste est le suivant: qu’est-ce qu’on fait quand la majorité de la population est chrétienne? et qu’est-ce qu’on fait quand l’empereur est chrétien?
malgré les critiques, on ne peut nier les bienfaits que le christianisme a eu sur l’Europe du Moyen-Âge.
et il est vrai que notre vision “époque noire” du moyen-âge est une vision déformée par l’humanisme séculier.
et il est vrai que le triomphe du christianisme sur le paganisme est un évènement très significatif, eschatologiquement.
Et je suis même prêt à affirmer que Dieu a changé le mal en bien, et a fait en sorte que la turpitude du coeur de l’homme tourne à ses fins. Par exemple, par le colonialisme, les missionnaires sont allés partout… répandre la merde du colonialisme,… mais aussi un tout petit peu de christianisme, qui aujourd’hui fleurit un peu partout (Afrique, Chine, Amérique du Sud, Indes, etc…)
ça me fait pensé à l’histoire juive: Dieu est arrivé à Matthieu chapitre 1, malgré toutes les déviations et les désobéissances qu’avait commis son peuple.
La mission de Dieu est d’accomplir la promesse faite à Abram: “toutes les nations seront bénies par ta postérité” (Genèse 12)
… mais pourquoi devons-nous beaucoup trop souvent agir en non-chrétiens lorsque nous prenons le pouvoir?
ton analyse sur les causes théologiques des dérives du mouvement évangélique est tout à fait juste.
particulièrement par rapport au marcionisme, et au gnosticisme.
l’évangile évangélique est en fait très gnostique. Le vidéo suivant http://tommyab.wordpress.com/2011/09/20/comment-etre-sur-de-ne-pas-reussir-a-transmettre-levangile-i/ relève pratiquement plus du gnosticisme que du christianisme. (autre article très intéressant sur la question: http://www.postost.net/node/398 )
l’eschatologie évangélique, en particulier dispensationaliste, peut devenir très méprisante de la réalité concrète et présente, et très piétiste dans le sens que tu lui donnes, puisque le but du chrétien devient de se sanctifier et d’attendre l’enlèvement. Je soupçonne fortement une corrélation directe entre la théologie dispensationaliste et l’absence flagrant de soucis écologique chez une très grande partie de la droite chrétienne. J’ai plus d’une fois entendu la réflexion: “ça sert à rien de prendre soin de la création, puisqu’on va être enlevé, et que la terre va brûler de toute façon…”
J’ai grandi dans une église des frères (de mes 10 ans jusqu’à mes 20 ans), et ce que je retiens de 10 ans de prédication, c’est au moins 4 séries de plusieurs semaines de sermons sur l’explication dispensationnaliste des prophéties de Daniel, et c’est aussi et surtout “Christ est la fin de la loi pour le salut de quiconque croit”. C’était effectivement du marcionisme d’un bout à l’autre. Mes parents se faisaient traiter de légalistes parce qu’ils insistaient sur l’obéissance. Nous étions vus comme des hérétiques, comme des “catholicisants”. Nous sommes sortie de cette église depuis un peu plus de 10 ans.
Il faut toutefois bien se rendre compte que le protestantisme contient des germes de cette hérésie, dès le début. La théologie réformée/évangélique a tendance à percevoir le judaïsme comme étant le méchant catholicisme qui vend des indulgences, et interprète Paul avec ces lunettes-là, en particulier Romains 3 à 5.
…
je ne serais pas prêt à dire que le post-modernisme est la cause de l’état lamentable du christianisme évangélique occidentale. Je ne suis pas philosophe, ni historien, mais ce que j’en comprend, c’est que le post-modernisme remet en question la prétention d’objectivité du modernisme, et la raison comme fondement de la connaissance.
en tant que chrétiens, nous savons que le fondement de la connaissance n’est pas la raison, mais la révélation, et la transmission.
et il me semble évident que nul être humain, même avec l’éclairage du Saint-Esprit, de la Révélation écrite, et de l’Église, ne peut prétendre à la connaissance “objective”. Il n’existe pas de “théologie naturelle” en-dehors d’une révélation. La vérité révélée n’est pas “vraie en elle-même” qui ferait en sorte que tout être humain raisonnable devrait la trouver puisqu’elle serait “objectivement vraie”. La vérité du judéo-christianisme est révélée. Elle est “vraie” parce que c’est Dieu qui en est la source.
dans le christianisme moderne, la vérité objective devient un “dieu”. Ayant séparé “la vérité objective” de Dieu, nous n’avons plus besoin de Dieu. Nous n’avons plus besoin de connaître Dieu pour connaître la loi de Dieu. Nous n’avons plus besoin de suivre Christ pour connaître le christianisme.
LA théorie de l’expiation qui est celle du protestantisme/évangélisme est la substitution pénale, qui est pratiquement (ou complètement ? je ne connais pas assez pour savoir) absente chez les pères de l’église. Or qu’est-ce que devient bien souvent cette substitution pénale?? Ce que ça devient, c’est que Dieu est placé “sous” la “justice de Dieu” (la “vérité objective” existant en elle-même), et Dieu envoie Christ parce qu’Il “n’a pas le choix”, et qu’il “doit” lui-même obéir à cette “justice de Dieu”. (… voir le vidéo plus haut qui “explique l’Évangile”…)
(la théorie de l’expiation pour la plupart des pères de l’église, et de l’église orthodoxe de l’est est le “Christus Victor”.)
un autre mythe moderne est celui de l’individu autonome.
et qu’est-ce que l’Évangile selon le protestantisme/évangélisme? C’est d’abord et avant tout le salut d’individus.
la théologie réformée est donc très moderne, et s’éloigne de plus d’une façon du christianisme orthodoxe (http://www.orthodox-christianity.com/2011/09/why-i-cannot-part-i-salvation/)
pour prendre un exemple hors de nous, il n’y a rien d’objectif, ni rien d’individualiste, ni rien de rationaliste dans la religion juive. On n’a qu’à lire Jérémie, ou les Psaumes, ou l’Exode…
ce qu’un juif pense est directement lié à une appartenance à une communauté, à une alliance avec Dieu, à une histoire, à une élection divine.
… c’est entre autre au nom de “la vérité objective” que les horreurs du colonialisme ont été commises.
concernant la Chine, un extrait très intéressant de Alan Hirsch:
http://tommyab.wordpress.com/2011/02/21/trois-demandes-de-priere/
le consumérisme est aussi l’une des grandes causes du désordre des églises
voir ici:
Je pense qu’il faut distinguer entre notions de neutralité et d’objectivité. On les utilise souvent comme des synonymes interchangeables mais c’est deux concepts distincts. Tout ce que Dieu décrète est objectif (car d’une source absolument vraie), mais n’est pas neutre, car la neutralité n’existe pas, elle est impossible (moralement, métaphysiquement et épistémologiquement).
Je ne crois pas que la théologie réformée contient du marcionisme, même en germe. Les calvinistes & puritains accordaient énormément d’importance à l’Ancien Testament, et leur théologie alliancielle est carrément calquée sur l’Alliance mosaïque ; à vrai dire c’est l’Alliance de l’Israël antique où les dispositions sacrificielles sont expirées (car accomplies en Jésus-Christ), ce qui donne la Nouvelle Alliance.
Quant à la théologie “évangélique”, ce terme désigne tellement de dénominations et de courants distincts que je m’abstiens de parler de théologie évangélique. Je suis cependant en plein accord avec ton analyse des méfaits de la mauvaise eschatologie dispensationaliste. Pierre Courthial dit la même chose. Je peux dire que tous les réformés avec qui j’ai discuté de théologie sont opposés au dispensationalisme.
Je ne suis pas familier avec ce que tu appelles la substitution pénale comme théorie d’expiation (peut-être parce que je ne prête pas assez attention), mais de la façon dont tu en parles je ne peux pas te contredire.
Je comprend l’usage du terme “constantinien” pour désigner les sociétés où le christianisme est soutenu par le pouvoir civil et où les non-chrétiens sont en porte-à-faux avec ce pouvoir chrétien, même si je trouve que Constantin est tellement un cas particulier que c’est tourner les coins ronds. Par exemple Constantin illégalisa l’adultère (en conformité avec la Loi biblique), mais pour lui un homme marié qui fornique avec une putain ne commet pas un adultère car selon la définition romaine pour qu,il y ait adultère toutes les parties impliquées devaient êtres mariées (et la putain n’est évidemment pas mariée). Le constantinianisme n’est qu’une amorce de christianisation. À la Réformation, Pierre Viret insiatait qu’il faut toujours soumettre le Code Théodosien (recueil de la législation constantinienne) à la Bible.
Le rôle premier du gouvernement civil n’est pas d’évangéliser les populations. Cependant, le pouvoir civil doit collaborer avec l’Église dans l’atteinte de leurs objectifs distincts mais complémentaires. L’Église a besoin de l’État pour sa protection temporelle et l’État a besoin de l’Église pour la regénération morale de la société. Je pense que la Réformation en France au XVIe siècle donne un bon exemple d’application historique. À Montpellier, les magistrats civils endossèrent publiquement la foi réformée (n’oublions jamais que c’est de Dieu que les magistrats tiennent leur autorité donc ils ont des comptes à lui rendre) et l’État municipal déploya des militaires pour protéger les assemblées chrétiennes et les fidèles qui s’y déplacent, permettant aux ministres de l’Évangile de faire leur travail. Le résultat fut fructueux.
j’ai longtemps eu tendance à voir le “christendom” comme étant une erreur.
(christendom: “chrétienté”, où la majorité des gens d’une population s’affirme chrétiens, et où le gouvernement collabore avec l’église, … d’après ce que j’en sais, on peut généralement considérer que celui-ci à durer du 4e siècle au 19-20e en occident)
c’est le point de vue anabaptiste/mennonite (voir le vidéo de Greg Boyd plus haut). C’est un point de vue qui mérite d’être pris au sérieux, puisque historiquement, c’est le point de vue des persécutés. Je pense aussi que c’est un point de vu “prophétique”, qui appelle à la repentance.
mais je change d’avis depuis quelques mois, par la lecture de plusieurs blogs (entre autre celui-ci: http://www.postost.net), par plusieurs constatations (entre autre: que Dieu est un Dieu qui arrive à ses fins, malgré les infidélités de son peuple), et aussi par la lecture de tes commentaires.
le point de vue anabaptiste/mennonite peut devenir le genre de point de vue de “saints” qui se détachent de l’histoire et nie toute appartenance à cette histoire, puisqu’elle est trop laide de leur point de vue. Ils ne voient que l’inquisition, les croisades, les abus de pouvoir, la hiérarchie autoritaire et abusive, les scandales des orphelins de Duplessis, etc,
le point de vue inverse, qu’il me semble que tu as, c’est de se porter à la défense du christianisme, et de la civilisation chrétienne, et, il me semble, ne pas voir, ou pas assez, les erreurs/horreurs de l’histoire.
c’est comme un juif à l’époque du Nouveau Testament: son histoire contient des saints comme Ésaïe et Jérémie, mais aussi des horreurs comme le roi Achab ou Roboam…
…..
2 choses me semblent essentielles, une fois ceci compris:
- l’histoire du christianisme, il me semble que nous devrions la prendre telle quelle, avec humilité, et en acceptant que c’est “nous” (… j’ai un ami, Philou, qui m’a déjà dit ça, ça doit faire 5-10 ans, mais je ne pouvais pas accepter ça, je ne voyais que l’horreur de l’histoire). Avec cette attitude, nous éviterons les 2 écueils qui mènent à l’orgueil, celui qui dit: “ça ne fait pas partie de nous, JE suis meilleur que ça”, et celui qui se glorifie de l’histoire chrétienne.
Dans un certain sens, nous vivons en occident dans les ruines de la chrétienté, et nous devrions avoir un peu l’attitude de Jérémie qui vivait PARMI les ruines de Jérusalem. Il ne rejetait pas son peuple, et il ne s’en glorifiait pas non plus. Il était avec lui, et l’appelait à la repentance.
- Nous sommes définitivement dans une situation historique de “post-chrétienté”.
Il nous faut donc ré-apprendre ce que ça veut dire que d’être une minorité, et d’être persécuté.
Par exemple, du point de vue missionnaire, faire des évènements à l’église pour évangéliser, ça marche en 1850.
Pas en 2012.
Avoir une grosse bâtisse, avec une maison pour le pasteur, et un pasteur salarié, ça marche en 1850,
… de moins en moins en 2012.
Les églises catholique/protestante/évangélique sont des églises de la chrétienté.
Tout dans la façon dont elles fonctionnent, dans la façon dont elles se perçoivent, leurs réflexes, etc est dérivé d’un fonctionnement de “chrétienté”. Pas de post-chrétienté.
(Même la façon de faire “pré-chrétienne” semble inadéquate.
Essayez de “proclamer l’évangile” dans une foule en occident pour voir… C’est l’indifférence TOTALE. Contrairement à ce qui est souvent le cas dans les sociétés pré-chrétiennes.)
un exemple de discours qui m’avait semblé inadéquat est celui du Cardinal Ouellet en mai 2011 quand il avait parlé contre l’avortement.
j’avais écrit un article très enflammé contre le cardinal (… Un peu trop d’ailleurs, je l’ai enlevé)
j’étais d’accord avec la plupart de ce qu’il disait, mais j’étais hors de moi, parce qu’il me semble que la seule attitude valable des gens du clergé du Québec n’est pas de faire de beaux discours sur la “culture de la vie”, mais de s’écraser dans la poussière, de déchirer leur tunique, de s’asseoir sur la cendre, de pleurer jour et nuit, de s’effondrer face contre terre, humiliés, et tremblants, de se repentir des horreurs que leur église a commis.
mais ils semblent être incapables de s’humilier publiquement.
tant que les gens ne VERRONT pas la vérité, ils ne CROIRONT pas la vérité.
tant que les gens ne verront pas l’humilité chez les croyants, mais seulement des gens remplis de leurs certitudes et satisfaits de la supériorité de leur civilisation, ils ne croiront pas.
“Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu.
Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié.
Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement;
et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance,” (1 Cor 2)
la croix n’est pas seulement contenue dans ce que l’on prêche, mais doit surtout être visible dans la vie et les méthodes de ceux qui prêchent.
le royaume de Dieu marche à l’envers de notre propre nature.
écrit par un chrétien allemand en 1935, fondateur des communautés Bruderhof:
http://www.editionscharrue.com/articles/eglise_et_etat.aspx