"Le pain que nous rompons"

Un article par Peter Leithart, sur le pain du repas du Seigneur. Il s’adresse à son église, et parle d’un changement que celle-ci a fait dans la pratique de la communion.

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1 Corinthiens 10:16-17: "La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain."

Présentement dans notre église, le pain de la communion est distribué en petits cubes pré-coupés, mais à partir de la semaine prochaine,  nous distribuerons des petits pains. Au lieu de piger dans le tas pour trouver le plus gros morceau, vous aurez à arracher votre propre morceau du pain.

Nous effectuons ce changement dans notre façon de pratiquer la communion parce que cela représente mieux la réalité de ce qui se produit à la table du Seigneur.

Cela représente mieux, d’un côté, le fait que nous sommes un corps. Nous ne sommes pas un tas de petits cubes. Paul dit que nous sommes un corps parce que nous partageons un pain, et même si nous n’utiliserons pas un seul pain pour toute la congrégation, il y aura des pains que nous partagerons.

Arracher un morceau de pain représente aussi mieux l’engagement que vous faites lorsque vous partagez ce repas. Comme Jim Jordan l’a fait remarqué il y a quelques semaines, dans le système de l’Ancien Testament, c’était la tâche de l’adorateur de tuer l’animal qui le représentait. C’était la tâche de l’adorateur de se réduire en pièce, et de répandre son propre sang.

De façon comparable, lorsque nous partageons ce pain, nous participons à la mort de Christ, l’offrande de sa chair sur la croix. À travers ce repas, Christ forme notre vie et la rend semblable à sa mort; Il rend notre vie semblable à la croix. Alors que vous déchirez le pain, vous vous engagez à prendre votre croix et à suivre Jésus. En déchirant ce pain, vous déclarez que vous êtes prêts à vous réduire vous-mêmes en pièce, et à verser votre sang et votre vie les uns pour les autres.

L’église est la continuation de la vie de Jésus

J’ai lu cet article sur le blog de Scot McKnight. Je mets ici la traduction de la fin de l’article. McKnight a souvent un style particulier, et fait parfois des déclarations qui semblent sortir de nulle part… Il se peut donc que plusieurs ne soient pas d’accord avec certaines de ses déclarations. (Moi-même je ne suis pas tout à fait d’accord avec la première moitié de la première phrase…)

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La solution à l’individualisme n’est pas d’avoir des églises plus petites; la solution à l’individualisme est une décennie et plus à enseigner et à vivre la nature communautaire du corps de Christ, …

… [citant Daniel Kirk, l'auteur du livre Jesus Have I Loved, but Paul? ]… "Ma relation avec Dieu est toujours, et doit toujours être, comment je suis un participant dans l’histoire du peuple de Dieu" et non ce que ce peuple fait pour moi. L’église doit offrir une histoire alternative à l’individualisme de notre culture, au lieu de simplement refléter à la culture cet individualisme.

À part "Dieu", les trois mots les plus importants de la Bible sont "Israël", "royaume", et "église". Ce sont des mots de Peuple, et de groupe. Le mot "je" prend sa signification seulement dans ces contextes. L’histoire de la Bible débute par des individus (Genèse 1 à 11), puis c’est l’histoire d’un peuple (Genèse 12 à Apocalypse). La valeur fondamentale de la Bible est l’amour, et cela implique des relations avec les autres; la valeur fondamentale de la modernité est le bonheur, et cela est orienté vers soi-même.

Qu’est-ce que le péché a fait en Genèse 3, et qu’est-ce l’Évangile vient guérir? Des relations "fissurées" avec les autres – Adam et Ève, Caïn et Abel – et on ne trouve pas de solution à ces relations jusqu’à ce que Dieu forme, par Abram/Abraham, un nouveau peuple, appelé Israël, et le royaume, et l’église.

Maintes et maintes fois, le message de Jésus est de former une nouvelle famille, un nouveau peuple: Marc 3:31-35 n’est qu’un exemple. Cela se retrouve partout [dans la Bible]. Le royaume concerne un peuple. Son peuple agit comme Dieu, qui lui-même agit comme Jésus, ou comme Daniel Kirk le dit (en citant un autre):

Dieu un verbe qui agit comme Jésus

Cela signifie la grâce, l’amour, le pardon, et se donner soi-même pour les autres. Ce sont là les marques de la communauté; et il faut une communauté pour agir comme Jésus.

Paul aussi raconte cette histoire de la formation d’une communauté: Dieu est un verbe qui agit comme Jésus. Paul voit l’église comme étant pleine de non-juifs, et il voit l’église comme la continuation de la vie de Jésus. Cela signifie que les non-juifs apprennent à voir comme leur nouvelle Histoire, l’Histoire d’Israël accomplie en Jésus. La justification par la foi est une doctrine conçue pour affirmer l’unité des Juifs et des Gentils dans la famille d’Abraham. Ils ne sont plus des Gentils, [...] ils font partie du Corps de Christ.

L’identité est ici communautaire; il n’y a pas de solistes. Être en Christ, c’est être dans l’église, le Corps de Christ.

La réelle apologétique

"Les hommes essayent de se persuader que les objections au Christianisme proviennent du doute. Les objections aux Christianisme proviennent plutôt de l’insubordination, de l’aversion contre l’obéissance, de la rébellion contre toute forme d’autorité. En conséquence, les hommes ont jusqu’ici brassé du vent en luttant contre les objections, parce qu’ils se sont battus intellectuellement avec le doute au lieu de se battre moralement contre la rébellion."
- Soren Kierkegaard

Deux citations sur la communauté

"Il ne peut exister de christianisme sans communauté."
- Zinzendorf, frère Morave du 18e siècle

"Les saints ne peuvent exister sans une communauté, puisqu’ils requièrent, comme nous tous, d’être nourrit par un peuple qui, bien que souvent infidèle, préserve les habitudes nécessaire pour apprendre l’histoire de Dieu."
- Stanley Hauerwas

 

Extrait d’Athanase d’Alexandrie

L’essai intitulé Sur l’incarnation du Verbe par Saint-Athanase d’Alexandrie est considéré comme un des grands classiques de théologie chrétienne. Athanase est un père de l’église qui a vécu au 4e siècle à l’époque des controverses sur la nature de Christ (c’est l’époque du concile de Nice).

Je mets ici un extrait où il parle de la nécessité de l’incarnation du Fils, pour restaurer en l’homme l’Image de Dieu qu’ils ont reçus lors de la création. Remarquer comment la il s’oppose à la vision dualiste des Grecs, qui considéraient la matière comme méprisable. Au contraire, dans le christianisme, la matière est importante pour 3 raisons: parce que Dieu l’a créé, parce que Dieu a voulu créer une créature faite de matière qui soit à son Image, et parce que Dieu le Fils lui-même s’est incarné dans cette matière en naissant d’une femme comme tous les hommes. Trop souvent, notre christianisme faiblard, emprunt de gnosticisme, ne considère le salut que comme une affaire d’âme, et d’au-delà. Il faut bien se rendre compte à quel point cette erreur est anti-chrétienne, et même blasphématoire à la vue de celui qui s’est incarné.

"Lorsqu’une figure tracée sur le bois a été effacée à cause des souillures de l’extérieur, on a besoin de celui dont c’est la figure, pour pouvoir renouveler l’image sur la même matière. Car on ne rejette pas la figure ni la matière elle-même, sur laquelle elle a été tracée, mais on la reproduit sur elle. De la même façon, le Fils très saint du Père, étant l’Image du Père, est venu dans nos contrées, pour renouveler l’homme fait d’après lui et pour le retrouver, alors qu’il était perdu, par la remise de ses péchés, comme il le dit lui-même dans les Évangiles : « Je suis venu pour trouver et sauver ce qui était perdu. »  Aussi dit-il aux Juifs : « À moins de renaître… », ne désignant pas la naissance du sein de la femme, comme eux le supposaient, mais laissant entendre la naissance nouvelle et la recréation de l’âme selon l’Image. Et puisque la folie de l’idolâtrie et l’impiété possédaient toute la terre, et que la connaissance de Dieu était cachée, à qui appartenait-il d’instruire la terre au sujet du Père? À un homme, dira-t-on? Mais il n’était pas au pouvoir d’un seul d’entre les hommes de parcourir toute la terre qui est sous le soleil, ils n’avaient pas naturellement la force de courir partout, ni la capacité de se faire croire sur ce sujet, ni l’aptitude à s’opposer par eux-mêmes à la tromperie et la fantasmagorie des démons. Car puisque tous étaient frappés et troublés en leur âme par la tromperie démoniaque et la vanité des idoles, comment auraient-ils pu faire changer l’âme et l’esprit des hommes, aors qu’ils ne pouvaient même pas les voir? Mais ce qu’on ne voit pas, comme le convertir? Peut-être dira-t-on que la création suffisait; mais si la création avait suffi, il n’y aurait pas eu autant de maux. En effet, pas moins dans cet égarement par rapport à Dieu. De qui donc, une fois encore, avait-on besoin sinon du Verbe de Dieu qui voit et l’âme et l’esprit, qui meut tous les êtres de la création et par eux fait connaître le Père?

Aussi, voulant à bon droit secourir les hommes, il se présente comme un homme, prenant un corps semblable aux leurs, et selon l’ici-bas, je veux dire à travers les actions corporelles, pour que ceux qui ne voulaient pas le connaître à partir de sa providence et sa domination universelles reconnaissent grâce aux oeuvres de ce corps le Dieu Verbe dans le corps et par lui le Père.

… le Verbe s’abaissa jusqu’à paraître dans un corps, afin de centrer les hommes sur lui-même en tant qu’homme et de détourner vers lui leurs sens; désormais ils le verraient comme un homme; par ses oeuvres il les persuaderait qu’il n’est pas un homme seulement, mais Dieu, Verbe et Sagesse du Dieu véritable."

Une histoire de famille

"… le premier ennemi de la famille est l’église. Quand j’enseignait un cours sur le mariage à l’Université Notre-Dame, je lisais à mes élèves une lettre. Ça ressemblait un peu à ceci: « Notre fils avait bien réussi. Il était allé à de bonnes écoles, était passé par l’armée, en était sorti, et semblait être promis à une carrière très prometteuse. Malheureusement, il a rejoint une secte religieuse orientale. Maintenant il ne veux rien avoir à faire avec nous parce que nous sommes des gens du « monde ». Il ne va jamais se marier, parce que maintenant sa vraie famille est ce groupe bizarre de gens avec qui il s’est joint. Nous avons le coeur brisé. Nous ne savons pas quoi faire à ce sujet. » Alors je demandais à la classe, « Qui a écrit cette lettre? » Et les étudiants répondaient que ça devait être une famille dont l’enfant était de devenu un adepte de la secte de Moon ou un Hare Krishna. En fait, cette lettre est celle d’une famille sénatoriale Romaine du quatrième siècle qui écrit sur la conversion de leur fils au christianisme." – Stanley Hauerwas, tiré de Abortion, Theologically understood

Rendre Paul plus anti-femme qu’il ne semble l’être

Cet article est très technique et plutôt fastidieux. Et en plus, il est long… J’en suis désolé. C’est le sujet qui nécessite tous ces détails. Je pense néanmoins qu’il pourra (peut-être) vous intéresser. Certains d’entre vous du moins.

Ne pensez pas que j’aie pu trouver tout ça par moi-même. C’est plutôt la lecture de l’excellent livre Junia is not alone de Scot McKnight qui m’a mis sur cette piste. Vous pouvez avoir une bonne idée de l’argumentation de ce livre dans cet article écrit par McKnight. Je me suis aussi beaucoup inspiré d’un texte de R.R. Schulz: “Twentieth-Century Corruption of Scripture” parut dans The Expository Times 119 (2008) 270-271 auquel McKnight réfère dans son article. (Ce texte n’est pas disponible gratuitement en ligne, mais je peux vous l’envoyer par email si vous m’écrivez.)

Deux autres ressources très utiles sont le site Blue Letter Bible qui contient une concordance du Nouveau Testament grec, et le site Lexilogos.com, qui contient toutes (?) les versions françaises de la Bible disponible en ligne. )

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Choisir le bon mot

En disant se baser sur 2 passages, les chrétiens de tradition protestante/évangélique soutiennent, pour une bonne majorité, que les femmes ne peuvent pas avoir la charge d’enseignant dans l’église. D’autres traditions (comme les Frères) vont plus loin, et disent que les femmes ne peuvent pas parler  du tout durant le culte. (Elle peuvent émettre des sons avec leur bouche en chantant par contre… je ne m’attarderai pas trop sur un tas d’exemples – qui vus de loin peuvent faire sourir – des "lignes" qui sont tracées pour dire "là vous pouvez parler", et "là vous pouvez pas" … lignes qui sont tracées avec une infinité de variations selon les traditions… )

Les 2 passages en questions se trouvent en 1 Corinthiens 14:33-35  et 1 Timothée 2:11-12.

Pour ce qui est du passage de 1 Timothée 2, je remets ici l’excellente analyse faite par M. Jon Zens, un théologien américain, que j’avais traduite en 2009 (voir le texte: Est-ce que les soeurs sont libres de fonctionner?)

Par rapport à ce passage, ce qui me semble évident, c’est qu’il y a parfois un CHOIX délibéré de la part des traducteurs du texte, qui impose au texte leur "bonne" façon de voir les choses. (Je n’insinue pas que ce choix soit nécessairement volontaire et conscient, mais qu’il est la manifestation de la culture et de la vision du monde des traducteurs.)

Le mot qui est traduit par "silence" est le mot hesushia, qui est dérivé du mot hesushios. Ce phénomène, que même un amateur comme moi soupçonne depuis un bon moment, est de plus  en plus reconnu par les érudits et les spécialistes du Nouveau Testament.

Pour bien voir par ce que j’entends par choix délibéré de traduction, voici ici la liste de tous les versets du Nouveau Testament qui contiennent les mots hesushia et hesushios :

Actes 22:2: "Lorsqu’ils entendirent qu’il leur parlait en langue hébraïque, ils redoublèrent de silence (hesushia) Et Paul dit:"

2 Thessaloniciens 3:12: "Nous invitons ces gens-là, et nous les exhortons par le Seigneur Jésus Christ, à manger leur propre pain, en travaillant paisiblement (hesushia)."

1 Timothée 2:2: "pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille (hesushios), en toute piété et honnêteté."

1 Timothée 2:11: "Que la femme écoute l’instruction en silence (hesushia), avec une entière soumission."

1 Timothée 2:12: "Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme; mais elle doit demeurer dans le silence (hesushia)."

1 Pierre 3:4: "mais la parure intérieure et cachée dans le coeur, la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible (hesushios), qui est d’un grand prix devant Dieu."

Je ne suis en rien un connaisseur du grec. Mais je vous laisse juger de vous-même du choix des mots qui a été fait lorsque le même mot est traduit tantôt par "paisible" ou "tranquille", et tantôt par "silence".

Bien placer la ponctuation

Je voudrais maintenant "m’attaquer" à 1 Corinthiens 14:34-35. Je n’irai pas dans toutes les explications sur le contexte historique et culturel qui nous permettrait de mieux lire le texte. Je ne vais m’attarder qu’à un minuscule détail qui fait toute une différence. Pour débuter, voici ces 2 versets, dans différentes traductions.

Traductions anciennes:

Bible de Genève (1669) "33 Car Dieu n’est point Dieu de confusion, mais de paix, comme on voit en toutes les Églises des Saints. 34 Que les femmes qui sont entre vous se taisent dans les Églises: car il ne leur est point permis de parler, mais elles doivent être sujettes, comme aussi dit la Loi."

Martin (1744) "33 Car Dieu n’est point un [Dieu] de confusion, mais de paix, comme [on le voit] dans toutes les Eglises des Saints. 34 Que les femmes qui sont parmi vous se taisent dans les Eglises ; car il ne leur est point permis de parler, mais [elles doivent] être soumises, comme aussi la Loi le dit."

Beausofort et Lenfant (1718) "33 parce que Dieu n’est point un Dieu de confusion, mais de paix. C’est ainsi qu’on en use dans toutes les Églises des Saints. 34 Que vos femmes gardent le silence dans vos assemblées, car il ne leur est point permis d’y parler, mais elles doivent être dans la soumission, conformément à ce que dit la Loi."

Louvain (1550, traduit de la Vulgate) "Car Dieu n’est point le Dieu de dissension, mais de paix, comme aussi j’enseigne en tous les églises des saints. Que les femmes se taisent aux églises, car il ne leur est point permis de parler, mais d’être sujettes, comme aussi la loi le dit."

Traductions du 20e siècle:

Louis Second (1910) "33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, 34 que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi."

TOB (1988) "33 Car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix. Comme cela se fait dans toutes les Eglises des saints, 34que les femmes se taisent dans les assemblées : elles n’ont pas la permission de parler ; elles doivent rester soumises, comme dit aussi la Loi."

Parole de Vie (2000) "33 En effet, Dieu n’est pas pour le désordre, mais pour la paix. Comme cela se fait dans toutes les Églises chrétiennes, 34les femmes doivent se taire dans les assemblées. Elles n’ont pas l’autorisation de prendre la parole, elles doivent rester tranquilles et écouter, comme la loi le dit."

Bible de la liturgie catholique (1980) "33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme cela se fait dans toutes nos Églises, 34 que les femmes gardent le silence dans les assemblées, car elles n’ont pas la permission de parler ; mais qu’elles restent dans la soumission, comme le dit la Loi."

Chouraqui (1987) "33 Non, Elohîms n’est pas dans le tumulte, mais dans la paix. Comme dans toutes les communautés de consacrés, 34 les femmes se taisent dans les communautés. Non, il ne leur est pas permis de parler, mais qu’elles se soumettent, comme la tora le dit aussi."

Crampon (1923) "33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme cela a eu lieu dans toutes les Églises des saints, que vos femmes se taisent dans les assemblées, car elles n’ont pas mission de parler; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la Loi."

Avez-vous noté la différence?

La différence se situe dans la ponctuation du verset 33. Dans les vieilles traductions, les mots "comme dans toutes les Églises des saints" font partie de la phrase du verset 33 et la terminent. Par un point. Dans les traductions plus récentes, le verset 33 est coupé en 2, et les mots "comme dans toutes les Églises des saints" débutent la phrase du verset 34, et le passage se lit (TOB): "Comme cela se fait dans toutes les Eglises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées."

L’original grec utilise le même mot ekklesia pour le mot "églises" du verset 33, et pour le mot "assemblées" du verset 34. Les traductions françaises utilisent 2 mots différents (églises et assemblées). Pourquoi? Parce que la phrase "Comme cela se fait dans toutes les églises des saints, que les femmes se taisent dans les églises" sonne vraiment bizarre en répétant le même mot.

Pourquoi cette phrase sonne bizarre? Parce que le texte original de ces 2 versets est mieux rendu par la ponctuation utilisée dans les traductions plus anciennes. Le bout de phrase "comme cela se fait dans toutes les églises" NE COMMENCE PAS la phrase du verset 34.

On peut voir l’évolution de la ponctuation de ces 2 versets en comparant la version d’Ostervald de 1847 avec la version de 1996.

Ostervald (1847): "33 Car Dieu n’est point un Dieu de confusion, mais un Dieu de paix, comme on le voit dans toutes les Églises des saints. 34 Que vos femmes se taisent dans les églises, parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler; mais elles doivent être soumises, comme aussi la loi le dit."

Ostervald (1996): "33 Car Dieu n’est point pour la confusion, mais pour la paix. Comme on le voit dans toutes les Églises des saints, 34 Que vos femmes se taisent dans les Églises, parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler; et qu’elles soient soumises, comme la loi le dit aussi."

Les versions du 19e siècle ont les 2 types de ponctuation. Celles de Fillion, de Darby et d’Ostervald ont celle des traductions anciennes, tandis que la Bible de Lausanne, non seulement change la ponctuation, mais elle inclut le bout de phrase "comme cela se fait dans toutes les églises" dans le verset 34 (!).

Fillion (1889, selon la version de Sacy de 1667) "33 Car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix, comme je l’enseigne dans toutes les églises des saints. 34 Que les femmes se taisent dans les églises, car il ne leur est pas permis de parler; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi."

Darby (1885): "33 Car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix, comme dans toutes les assemblées des saints. 34 Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de parler; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi."

Lausanne (1872) "33 Car Dieu n’est point [un Dieu de désordre], mais de paix. 34 Comme dans toutes les assemblées des saints, que vos femmes se taisent dans vos assemblées, car il ne leur est pas permis de parler; mais [elles doivent] se soumettre, comme aussi la loi le dit."

La seule version du 20e siècle qui suit la même ponctuation que les versions anciennes est la Bible de Jérusalem.

Jérusalem (2000) "33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix, comme dans toutes les Églises des saints. 34 Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole; qu’elles se tiennent dans la soumission, selon que la Loi même le dit."

Déterminer ce que le texte dit

On pourrait penser que ce changement de ponctuation soit survenu après des avancées dans la connaissance du texte original. Or, il n’en est rien. Il n’y a pas de ponctuation en grec ancien. Les érudits et les spécialistes du Nouveau Testament se basent sur des éditions du texte grec du Nouveau Testament qui sont mises à jour périodiquement, au fur et à mesure que l’état des connaissances sur les textes anciens avance. Il faut savoir que le texte original n’est pas disponible. Il est reconstitué. C’est à partir de dizaines de manuscrits anciens, qui diffèrent en qualité et en fiabilité, et à partir d’autres textes, comme par exemple les citations que font les Pères de l’Église des textes du Nouveau Testament que les chercheurs arrivent à reconstituer un texte qui se rapproche le plus possible de l’original. Scot McKnight:

"Il est important de reconnaître que le Nouveau Testament grec que les chrétiens utilisent, que les pasteurs ont étudié, et que les étudiants sont tenu d’étudier, sont des textes reconstitués. Ce n’est pas le Nouveau Testament original. Ce sont des textes composites, dont un mot fut pris dans untel manuscrit, et un autre mot dans tel autre manuscrit. Comprenez-moi bien – nous sommes raisonnablement confiants que nous sommes bien en présence des mots originaux dans environ 98% du Nouveau Testament  (et rien de ce qui est dans le 2% ne change quoique ce soit à notre foi)." (traduit du livre Junia is not alone)

La décision d’enlever le point à la fin du verset 33, et de mettre un point avant les mots "comme dans toutes les Églises des saints" n’est basée sur aucune raison valable.

La seule raison logique qui fait en sorte que les versions du 20e siècle sont ponctuées ainsi, c’est le climat culturel et politique de l’occident depuis la fin du 19e siècle, avec la montée du féminisme. Changer le point de place fait une différence, puisqu’il ajoute du poids au verset 34, et enlève toute possibilité de penser que le verset 34 puisse n’être interprété qu’à la lumière d’un contexte bien précis. En effet, en lisant "C’est comme ça dans toutes les églises: les femmes doivent garder le silence", il n’y a aucune place pour tenter de voir le verset 34 comme s’appliquant à une situation bien particulière qui était celle des réunions pleines de désordre qui se produisaient à Corinthe. L’ordre de garder le silence ne s’applique plus à une situation précise qui se produisait à Corinthe, mais à "toutes les Églises". Le verset 34 devient une règle qui doit s’appliquer à toutes les Églises.

Au début du 20e siècle, quelques églises protestantes commençaient à ordonner des femmes pour le ministère. En réaction, les éditions subséquentes des différentes publications du Nouveau Testament grec "reconstitué", sur lesquelles les traducteurs et les spécialistes de la Bible se fit pour travailler, ont effectué une série de changements subtils (comme par exemple de faire de Junia un homme en Romains 16:7, alors que c’est une femme), tout ceci dans le but de rendre Paul plus anti-femmes qu’il ne l’est.

J’ai tendance à ne pas être un très grand partisan des théories du complot. Est-ce que tous ces problèmes ont été explicitement, consciemment et volontairement faits pour nuire délibérément aux femmes? Je n’en ai aucune idée. Mais cela démontre bien que la culture et la vision du monde d’une personne influencent sa lecture des textes. Et le principe est assez simple: celui qui jappe le plus fort gagne. Notre société étant dominée par les hommes, c’est la lecture des hommes qui prévaut.

Je n’entrerai pas dans l’interprétation en tant que telle de ce passage. Je ne m’y connais pas assez. Je me contenterai de dire que le verset 34 détonne énormément dans le paysage du Nouveau Testament. Et après avoir lu au chapitre 11 de 1 Corinthiens où Paul décrit que les femmes prophétisent dans les assemblées; puis au début du chapitre 14, où Paul souhaite que tous prophétisent (en ne parlant PAS spécifiquement des hommes), … 1 Corinthiens 14:34, lorsqu’interprété selon la tradition protestante/évangélique, tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe. Un énigme.

Et en ayant en tête le passage de Galates "Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus Christ; vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ." (3:26-29), ou encore des Actes "Mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël: Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes. Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, Dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit; et ils prophétiseront." (2:16-18), et les centaines de mentions de mots "les uns les autres" (qui sont neutres) que contient le Nouveau Testament, l’attitude que j’ai pour l’instant est la suivante:

"Nous ne comprenons pas ce passage. Commettons-nous une hérésie si les femmes enseignent et prophétisent (exhortent) dans notre assemblée, tel que l’entièreté du Nouveau Testament nous pousse à le faire? Non. Cherchons à comprendre 1 Corinthiens 14:34, mais n’annulons pas 99% du texte biblique par 1 verset."

Un autre exemple de problème de traduction, qui rend le texte français plus misogyne qu’il ne l’est, c’est le mot "frère" qui dans le grec est très souvent un terme neutre qui désigne autant les frères que les soeurs, mais qui en français est masculin…  Ça prendrait un autre article très long et très fastidieux pour faire le tour de cette autre problème…

Texte sur l’avortement de Stanley Hauerwas

Voici un texte un peu long il est vrai, mais que je trouve extrêmement intéressant et très pertinent. Certains seront mal à l’aise de constater le contexte de Hauerwas, qui est le protestantisme libéral de l’Église méthodiste Unie. Cependant, vous constaterez que ce texte est simplement chrétien, et qu’Hauerwas n’y va pas de main morte pour s’en prendre très fortement contre ce christianisme libéral. Vous remarquerez aussi qu’il ne manque pas d’humour.

Ce que je trouve le plus intéressant, c’est qu’il défait complètement tous les arguments habituels, en s’attaquant aux présuppositions qui sont à la base de ces arguments. Par exemple, si vous prenez presque n’importe quel bouquin d’éthique chrétienne, l’argument contre l’avortement sera toujours une question de sacralité de la vie, de respect de la valeur de la vie, etc… Hauerwas vient même défaire cette présupposition, que nous prenons comme étant un enseignement chrétien, et il affirme que le christianisme, au contraire, ne connaît rien comme quelque chose qui pourrait être la "sacralité" de la vie. Il illustre cela en montrant comme exemple les multitudes de martyrs que compte l’histoire du christianisme, et conclut: "Les chrétiens croient qu’il y a beaucoup de choses pour lesquelles il vaut la peine de mourir."

Il s’attaque aussi à la vision nord-américaine, et en rose, de la "famille", en affirmant que seule l’église est la véritable famille des chrétiens.

"Dès le début, nous chrétiens avons fait du célibat un monde de vie valide au même titre que le mariage. Et voici comment. Ce que signifie être l’Église c’est d’être un groupe de gens appelés hors du monde, et qui retourne dans dans le monde, pour y incarner l’espérance du Royaume de Dieu. Les enfants ne sont pas nécessaires à la croissance du Royaume, parce que l’Église peut appeler des étrangers dans son sein. Cela fait qu’autant le célibat et le mariage sont des vocations possibles. Si tout le monde doit se marier, le mariage devient un terrible fardeau. Mais l’église ne croit pas que tout le monde doit se marier. Même ceux qui ne se marient pas sont appelés à être des parents au sein de l’église, parce que l’église est maintenant la vraie famille. L’église est une famille dans laquelle les enfants sont amenés et reçus. Ce n’est que dans ce contexte qu’il fait sens pour l’église de dire: « Nous sommes toujours prêts à recevoir les enfants. Nous sommes toujours prêts à recevoir les enfants. » Le peuple de Dieu ne voit jamais un ennemi dans un enfant."

pour lire le texte: L’avortement du point de vue théologique

L’Évangile en 3 mots

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