Cesser de tout "hyper-spiritualiser" …

Sur un forum de discussion auquel je participe parfois, un chrétien a posé la question suivante:

"La prière enseignée par Jésus est étonnante et révèle de très grandes richesses spirituelles …  Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour ? De quelle nourriture s’agit-il ??"

Certains répondaient en voulant faire de ce pain quelque chose de seulement spirituel… J’ai perdu un peu patience, et voici ma réponse, un peu modifiée, que je transcris ici, sur le caractère profondément subversif et politique d’une telle prière:

"Je pense que le pain dont il est question est la nourriture matérielle. Je ne vois pas pourquoi Jésus s’évertuerait à parler en symbole dans ce cas-là.

Ça peut peut-être AUSSI être le pain spirituel, … mais pas exclusivement, …

Et c’est un symptôme d’une hyper-spiritualisation de la l’évangile que de penser que cette phrase ne concerne que les "vrais besoins", les besoins spirituels. C’est faire du christianisme une religion désincarnée, gnostique, bouddhiste plutôt que judéo-chrétienne.

Prier "donne-nous notre pain quotidien" en occident, c’est prier une prière très subversive. C’est très révolutionnaire. Nous pensons stupidement que le pain que nous avons, nous l’avons gagné par notre travail. Et vlan dans les dents!! Que nenni! La grande révélation: Tout est donné par Dieu!! Ne prenez RIEN pour acquis! Tout doit être reçu avec gratitude!

Et Dieu se plaît à ce que nous lui demandions ce genre de truc "banal".
Parce que ce n’est pas une religion de grandiosités. Mais un Dieu qui se plaît à naître du ventre d’une femme pauvre, dans une contrée de colonisés, au sein d’un peuple quasi-inconnu. Un Dieu qui pendant 30 ans est demeuré inconnu, un voisin banal qui tentait de survivre en se faisant des échardes dans les mains à longueur de journée dans l’atelier de son charpentier de père.

Cette prière est un affront direct et un assaut frontal à l’orgueil de notre civilisation qui prétend être riche, et qui croit maîtriser les aléas de la nature et être au contrôle de sa production de "pain quotidien"."

Le discernement de la volonté de Dieu – 5

« Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher! … Enseigne-moi à faire ta volonté! Car tu es mon Dieu. Que ton bon Esprit me conduise sur la voie droite! » (Psaumes 143:8, 10)

« L’Éternel appela de nouveau Samuel. … Samuel ne connaissait pas encore l’Éternel … L’Éternel appela de nouveau Samuel, pour la troisième fois. Et Samuel se leva, alla vers Éli, et dit: Me voici, car tu m’as appelé. Éli comprit que c’était l’Éternel qui appelait l’enfant, et il dit à Samuel: Va, couche-toi; et si l’on t’appelle, tu diras: Parle, Éternel, car ton serviteur écoute. » (1 Samuel 3:6-9)

« … celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. » (Jean 10:2-4)

Cet article est le dernier d’une série d’articles sur 5 livres que j’ai lu récemment, au sujet de la recherche de la volonté de Dieu, et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux, trois, quatre.)
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Ce dernier livre s’intitule Discerning the Will of God, An Ignatian Guide to Christian Decision Making (Discerner la volonté de Dieu, un guide inspiré d’Ignace pour la prise de décision par les chrétiens), écrit par Timothy M. Gallagher. Certains seront probablement surpris que je place un livre écrit par un jésuite parmi cette liste, et qu’en plus je dise que c’est à mon avis le meilleur parmi les cinq. J’en suis un peu étonné moi-même. Et à voir récemment le visage horrifié d’un frère à qui je partageais mon enthousiasme à propos de ce livre, je suis préparé au pire…

Pour n’importe quel chrétien qui a pu passer par des choix difficiles, entre des alternatives valables, bonnes et raisonnables, mais qui s’excluent mutuellement, c’est un livre d’une pertinence et d’un réalisme vraiment impressionnant, et même émouvant. Il décrit la fameuse «méthode» de Saint-Ignace, le fondateur des Jésuites, pour arriver à discerner la direction de Dieu au sein de la confusion et du chaos qui peuvent exister dans nos vies et dans nos âmes. Tout cela n’a rien de bien mystérieux, et c’est à mon avis tout à fait biblique.

Le message d’autres livres (Knowing God’s Will, et  Hearing God) rejoint d’ailleurs un peu celui d’Ignace, mais prennent plusieurs chapitres pour aboutir et tenter de convaincre le lecteur que Dieu veut et peut nous montrer sa volonté. Ce livre est au contraire très concis, et très simple à lire. Je suis persuadé que l’enseignement d’Ignace sur le discernement est un don à l’église « pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et l’édification du corps de Christ. » (Éphésiens 4:12). Je ne peux pas me prononcer sur toute l’oeuvre d’Ignace, je ne l’ai pas lu. Et je sais que les Jésuites sont un mouvement controversé dans plusieurs milieux, même parmi certains catholiques. Je pense simplement alors que comme pour tout enseignements, il nous faut suivre Paul qui nous dit: «examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.» (1 Thessaloniciens 5:21).

Plusieurs aspects du livre vont très certainement rebuter les protestants/évangéliques, comme l’insistance sur la participation à l’eucharistie en tant que moyen que Dieu emploie pour que nous discernions sa volonté, ou encore la nécessité d’une direction spirituelle par un frère ou une sœur expérimenté dans ce domaine. Je dirais par expérience que ce dernier aspect est en réalité fort aidant, et je commence à penser, comme l’auteur, qu’il est probablement nécessaire. La notion que Dieu doive passer par l’aide d’un autre chrétien pour nous diriger nous rebute en tant que protestants/évangéliques, parce que nous avons en fait une religion très individualiste, et que la confession ne fait pas partie de nos pratiques habituelles. (Ce n’est malheureusement qu’une « option » que nous ne pratiquons presque jamais). Un autre aspect qui peut déranger, ce sont les multiples exemples que l’auteur donnent qui concernent les décisions quand à la vocation de prêtre ou de bonne sœur. Les exemples donnés tournent d’ailleurs autours de 2-3 sujets, et cela peut être redondant (carrière, appel à une carrière religieuse, mariage, célibat). Certains trouveront certainement aussi l’approche très subjective.

Si j’avais à ne recommander qu’un seul livre parmi les cinq, ce serait celui-là. Pratique, concis, pertinent, simple, utile, réaliste, chrétien, touchant.

« C’est là la question à laquelle Ignace s’attarde dans ses Exercices Spirituelles, et cette question est le point principal de ce livre : Lorsque des gens qui aiment Dieu sont confrontés à des choix entre des options qui sont toutes bonnes et qu’ils sont libres de choisir, comment peuvent-ils discerner la volonté de Dieu? » (p. 17)

« Je suis créé pour faire quelque chose ou pour être quelque chose pour lequel personne d’autre que moi ne fut créé; J’ai une place dans le conseil de Dieu, dans le monde de Dieu, que personne d’autre n’a… Dieu me connait et m’appelle par mon nom. (John Henry Newman) » (p. 18)

« «Nous l’aimons parce qu’il nous a aimé en premier.» Ce verset biblique (1 Jean 4:19) forme la base de toute recherche de la volonté de Dieu: lorsque le cœur humain découvre que ce monde n’est pas vide, que sa vie n’est pas insignifiante, qu’il a été aimé depuis toute éternité, et que sa propre existence est un don d’amour, alors le cœur se réjouit et l’aspiration à répondre s’éveille. Alors la volonté humaine devient assoiffée d’être en communion avec la volonté divine, ce qui est de l’amour mutuel – l’amour pour lequel nous somme faits, et qui, comme le dit Augustin, est le seul qui peut donner le repos à nos cœurs fatigués. » (p. 18)

« … vouloir la volonté de Dieu. … Tout ce que Dieu veut que nous fassions, c’est que nous lui demandions ce qu’Il veut, et ensuite de le faire. Sur cette fondation, une solide vie de foi peut être bâtie. » (p. 26)

« … « Tout ce que tu voudras Seigneur. » … Comment en arriver à cette disposition du coeur? Peu de questions dans le processus du discernement sont plus cruciales que celle-là… » (p. 19)

« Pour Ignace, finalement, tout ce qui peut rendre le cœur disposé à permettre le discernement est centré sur Christ: le Christ qui m’a aimé jusqu’à mourir pour me libérer du péché et de mes blessures…; le Christ qui par amour m’invite à partager avec lui sa propre mission de salut et de guérison des cœurs humains, et de faire de cette mission le but de ma vie, peu importe l’appel spécifique qu’il me donnera (le mariage, le ministère, la vie religieuse, le célibat) …; l’humble et pauvre Christ qui m’invite à embrasser cette même simplicité de cœur – cette soumission dont Jean parle – pour permettre d’être vraiment libre dans mon discernement … » (pp. 47-48)

« Une personne transformée par Jésus, portant Jésus dans tous les aspects de son humanité; une personne qui est centrée sur Jésus … cette personne est prête à discerner. Telle est donc la disposition qui nous prépare à discerner la volonté de Dieu: la prise de conscience fondamentale de l’amour infinie de Dieu pour vous; la rencontre transformatrice avec Jésus qui vous a aimé jusqu’à mourir pour vous libérer du péché… et finalement, la quête continuelle pour une connaissance qui est celle du cœur et un amour grandissant pour Christ. » (pp. 48-49)

« Ignace enseigne que la préparation idéale pour le discernement est de contempler le Christ dans les Évangiles. Ceux qui sont engagés dans un processus de discernement considéreront que cette contemplation est d’une valeur inestimable. » (p. 53)

« … il y avait tellement de bruit dans mon âme … Il y avait tellement de bruit que je ne pouvais pas entendre la parole de Dieu. … le silence est le climat idéal pour le discernement… ce silence qui nous permet d’entendre le «murmure doux et léger» (1 Rois 19:12) par lequel Dieu parle au cœur humain. » (p. 55)

« … me savoir être un pécheur qui est aimé jusqu’à la mort par Jésus-Christ, cela me donna la liberté de m’offrir moi-même pour être peu importe ce que que le Seigneur voulait faire de moi. » (p. 57)

« Il y a une valeur évidente dans le conseil d’Ignace selon lequel le discernement doit être quelque chose qui se fasse en étant accompagné. Lorsque ceux qui discernent sont incertains, se sentent bloqués, et ne savent pas comment faire, souvent ce qu’ils ont besoin c’est d’un accompagnement plein de sagesse. » (p. 62)

« …Dieu peut simplement nous faire la grâce de nous donner une clarté qui est au-delà de tous les doutes. Les fruits d’un tel discernement est évident par la certitude et la paix profonde, la joie, la confiance, et un sentiment de sécurité de savoir que nous sommes aimés de Dieu… Comme nous l’avons vu, le discernement qui se fait selon ce premier mode est un don gratuit de Dieu. Notre tâche, lorsque Dieu le donne, est de le reconnaître, et d’agir en conséquence… » (p. 81)

« Lorsque Dieu ne donne pas la clarté qui va au-delà de toute possibilité de douter, qui est le premier mode de discernement, la personne qui est en processus de discernement (et son accompagnateur spirituel) doivent se tourner vers le second mode. La fondation d’un tel discernement est une prière continuelle centrée sur la contemplation de Jésus dans les Évangiles… cette personne doit attentivement observer dans les moments où elle se trouve en consolation, vers quelle partie Dieu le dirige, et pareillement lorsqu’elle se trouve dans la désolation. Le discernement selon le second mode suppose donc que celui qui discerne comprend et reconnaît les expériences de consolation et de désolation spirituelles. » (p. 87)

« Une attraction qui revient toujours, comme magnétique, accompagnée d’une joie spirituelle, une impression récurrente qu’il y a plus… une recherche nourrie par la prière, fidèle et quotidienne, un processus qui avec le temps forge une attraction vers une option, au point où une clarté et une compréhension sont atteintes concernant une option; c’est là le discernement selon le second mode. » (p. 99)

« Avec émerveillement, nous découvrons qu’il est réellement possible d’entendre ce "murmure doux et léger" de Dieu qui parle à nos coeurs: la confusion qui règne au sein de la confrontation entre nos attractions et nos résistances cède la place à une clarté spirituelle. » (p. 100)

« Mieux que quiconque, le Saint-Esprit vous enseignera comment goûter avec le coeur et connaître avec douceur quelles raisons font en sorte qu’une option sera pour le plus grand service et la plus grande gloire de Dieu. » (p. 102)

« … la croissance humaine et spirituelle énorme qui est donnée [par Dieu] durant le processus de discernement est évident. » (p. 129)

« Certainement, le processus de discernement est une question d’atteindre une clarté dans un choix spécifique. Nous entamons ce processus précisément parce que nous recherchons cette clarté. Dieu cependant, en nous appelant à parfois passer au travers d’un processus long et laborieux, par celui-ci nous offre une opportunité de croître qui n’a pas de prix, et qui souvent nous change pour toute la vie. Grâce à plusieurs années troubles de discernement, … [un croyant] graduellement apprend le courage… apprend à lâcher prise et à se soumettre à Dieu, découvre la joie immense de connaître l’amour de Dieu… » (p. 130)

« Quelle croissance Dieu donne-t-il à cette personne, au travers du processus de discernement? Nos efforts et nos luttes dans ce processus ont une signification dans le plan de Dieu. Par celles-ci, le Dieu qui nous aime nous appelle à une nouvelle vie et à croître. » (p. 131)

« Puis la main du Seigneur vint sur St-Francois. Aussitôt qu’il eut entendu cette réponse, et que par le fait même il eut connu la volonté de Christ, il se tint sur ses pieds, enflammé par la puissance de Dieu, et il dit au frère Masseo avec une grande ferveur: "Allons-y! – au nom du Seigneur!" » (tiré de la biographie de St-Francis, par Fioretti) (p. 135)

« "Je suis par conséquent certaine que je suis dans la volonté de Dieu, et cela me donne la paix et la joie." Cette paix et cette joie inébranlables, la certitude d’être "dans la volonté de Dieu", cela donne la force d’aimer même dans les circonstances les plus imprévues et les circonstances de la vie les plus humainement troublantes – voilà le fruit de passer par un processus de discernement de la volonté de Dieu. » (p. 136)

Le discernement de la volonté de Dieu – 4

«La parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots : Avant que je t’aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu sois sorti de son sein, je t’avais consacré … Ne les crains point, car je suis avec toi …» (Jérémie 1:4-5, 8)

Cet article fait partie d’une série d’articles à propos 5 livres que j’ai lu récemment, au sujet de la recherche de la volonté de Dieu, et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux, trois.)
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The Call (L’appel), par Os Guinness, est un livre que j’ai lu deux fois en moins de trois mois à l’été 2011. Certaines pages de mon exemplaire ressemblent presqu’à des pièces d’art moderne, avec des soulignements à pratiquement chaque ligne, au stylo bleu (première lecture), et rouge (deuxième lecture), avec des astérisques partout, avec des flèches ou des commentaires plus ou moins lisibles dans presque toutes les marges… Os Guinness est un chrétien anglican d’origine anglaise qui vit aux États-Unis, et qui a consacré sa vie à analyser la culture moderne occidentale, et ce que le christianisme a à dire à cette culture. C’est un homme qui dans la description de son parcours, semble avoir eu comme souci d’être totalement dans le monde, sans être du monde. C’est là l’un des gros thème de ce livre: suivre Christ qui nous appelle à aller et à être dans ce monde. Ce n’est pas un «livre de recette», avec «4 étapes faciles pour découvrir la volonté de Dieu pour vous», mais plutôt une exposition passionnée de la réalité de l’existence d’un appel spécifique à chaque chrétien, de ce qu’est cet appel, et des obstacles multiples qui seront sur la route du chrétien qui s’engage à suivre Christ. C’est un livre à la fois dur et inspirant, profondément chrétien et solidement ancré dans notre époque et le contexte actuel. Il somme le lecteur de répondre à l’appel de Jésus-Christ qui nous dit: «Toi, suis-moi». Certains trouveront par contre que l’auteur peut avoir tendance à avoir par moment un style pompeux, et qu’il peut sembler parfois un tantinet prétentieux, par l’attitude et la certitude avec laquelle il affirme certaines choses. C’est le genre de livre qui contient des centaines de passages qui font d’excellentes citations à réciter… je pourrais donc mettre 15-20 pages d’extraits, mais je vais tenter de me limiter…

« … écoutez Jésus de Nazareth et ses deux mots qui ont changé le monde – «Suis-moi.» … Calculez le prix, considérez les risques, et dédiez chaque jour de votre vie pour cette aventure dans laquelle vous multiplierez vos dons et vos opportunités et apporterez la gloire à Dieu et ajouter une valeur à ce monde. » (p. X)

« Kierkegaard écrivit dans son journal : «La chose à faire est de me comprendre moi-même, de voir ce que Dieu veut vraiment que je fasse; le point est de trouver une vérité qui soit vraie pour moi, de trouver l’idée pour laquelle je pourrai vivre et mourir.» … » (p. 3)

« Nous n’avons pas seulement la promesse explicite de Jésus que ceux qui cherchent trouveront («cherchez et vous trouverez»), mais nous avons aussi son exemple direct qui nous démontre que ceux qui cherchent sont aussi cherchés par Quelqu’un. … Les mots adressés à Bartimée, le mendiant aveugle qui chercha désespérément la guérison de la part de Jésus, sont les encouragements que nous avons tous de la part de Dieu: «Prend courage, lève-toi, il t’appelle.» … » (p. 16)

« Comme C.S. Lewis le dit bien : «Plus nous nous éloignons de ce que nous appelons «nous-mêmes», et plus nous Le laissons écarter ce «nous-mêmes» de la voie, alors étrangement nous devenons plus nous-mêmes.» L’alternative est un réel désastre. «Plus je Lui résiste, et plus j’essaie de vivre par moi-même, alors plus je deviens dominé par ma propre hérédité et par mon éducation et par mon entourage et par mes désirs naturels. En fait, ce que j’appelle fièrement «moi-même» devient de façon banale l’endroit où se rencontre une suite d’événements que je n’ai jamais initié et que je ne peux pas arrêter.» C’est seulement lorsque nous répondons à l’appel de Christ et que nous le suivons que nous devenons réellement nous-mêmes, et développons une personnalité qui soit la nôtre. Quand on en vient au problème de l’identité dans notre époque moderne, les gens ont tourné les choses complètement à l’envers: Professant être incertains de Dieu, ils prétendent être certains d’eux-mêmes. Les disciples de Christ mettent les choses à l’opposé: Incertains de nous-mêmes, nous sommes certains de Dieu. » (p. 25)

« L’appel signifie que chacun, où qu’il soit, et dans tous les domaines, accomplisse son appel (secondaire), en réponse à l’appel (primaire) de Dieu. Pour Luther, le paysan et le marchand – pour nous l’homme d’affaire, le professeur, l’ouvrier d’usine, et le journaliste à la télévision – peuvent faire le travail de Dieu (ou échouer), tout autant que le ministre de culte et le missionnaire. » (p. 34)

« Comme Bonhoeffer insiste: «La réponse des disciples est un acte d’obéissance, pas une confession de foi en Jésus.» Les disciples n’ont pas considéré ses paroles, réfléchi profondément, puis décidé s’ils voulaient le suivre – ils ont simplement entendu et ont obéi. … L’appel est tout ce qui compte. Jésus en est la raison. La seule façon de suivre est de tout quitter et de le suivre. … Connaissez-vous seulement le gentil-évangile de notre âge de facilité, ou avez-vous été sommés de répondre à l’appel sans concession de Dieu? … le monde moderne est une menace profonde à l’autorité de Dieu… Cela est vrai … parce que notre culture entière, incluant les chrétiens, se fient tellement aux possibilités de notre monde moderne que nous n’avons réellement «pas besoin de Dieu» dans la vie pratique. … La foi en Christ ne pourra regagné une autorité décisive dans le monde moderne que lorsque nous qui suivons le Christ nous craindrons Dieu plus que nous craignons les puissances et les faveurs de la modernité… » (pp. 65-67)

« Une vie vécue à l’écoute de l’appel décisif de Dieu est une vie vécue devant un seul auditoire qui est au-dessus de tous les autres – l’Audience de Dieu seul. » (p. 70)

« … Dorothy Sayers [décrit la paresse ainsi]: « … le péché qui ne croit en rien, ne s’inquiète de rien, ne cherche à rien savoir, n’interfère avec rien, n’apprécie rien, n’aime rien, ne hait rien, ne trouve de sens en rien, vit pour rien, et ne demeure en vie seulement parce qu’il n’y rien pour lequel il vaudrait la peine de mourir. » (p. 142)

« Hébreux 11 fait une liste d’honneur de foi visionnaire, un catalogue inspirant d’hommes et de femmes dont la vision de Dieu les appela à vivre et à travailler contre les coutumes, les valeurs, et les priorités de leur génération. Ils ont marché au rythme d’un autre tambour. Leur vision fut dirigée vers un autre but. Leur foyer était dans un pays différent. Ils regardaient vers l’avant, vers une cité différente. Par leur foi, ils ont remis le monde entier en question, et l’auteur aux Hébreux dit d’eux: «Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie.» (v. 14) … … Une vision née d’un appel signifie que les disciples de Christ ne cadreront pas facilement dans les camps qui sont joins par la plupart des gens… » (p. 178)

« … l’appel est un rappel pour les disciples de Christ que rien dans cette vie ne peut être pris pour acquis; tout dans la vie doit être reçu avec gratitude. » (p. 195)

« … votre foi est-elle respectable, sobre, modérée, calculée, et confortable, avec le moins de tension possible avec le monde? » (p. 212)

« Dieu travaille souvent de façon mystérieuse. Et donc le conseil qui dit que nous devons attendre jusqu’à ce que nous comprenions ce qu’il fait n’est souvent qu’une bonne recette pour la passivité et la paralysie. … l’appel est une question de confiance en Dieu. «Aie foi en Dieu … Ne crains pas … Ne sois pas inquiet … Votre Père céleste sait ce dont vous avez besoin.» … Nous humains, nous n’avons tout simplement pas la connaissance, ni la capacité, de demeurer au diapason avec le bon moment pour faire les choses. Le désir de faire les choses au bon moment dans nos vies est aussi difficile qu’il est naturel. Mais pour ceux qui sont appelés, cela n’est pas de notre ressort. Nous n’avons pas à prétendre que nous pouvons échapper à l’obscurité chronique qui afflige toute décisions humaine. Et nous n’avons pas besoin non plus de consulter les diseuses de bonne aventure. Celui dont les yeux sont sur les passereaux des champs peut être considéré comme digne de confiance en ce qui concerne le bon moment dans nos vies, si nos yeux sont fixés sur Lui. Comme le roi Josaphat pria Dieu lorsqu’il fit face à des ennemis: «Nous ne savons pas quoi faire, mais nos yeux sont sur toi.» Le temps de Dieu est rarement notre temps.» (p. 221)

« Dans son chef-d’œuvre Orthodoxy, G. K. Chesterton écrit: «À la question Qu’es-tu?, je ne peux que répondre Dieu seul sait.» … une telle réticence est rare aujourd’hui. Allègrement, et avec désinvolture, et sans aucune conscience de réaliser à quel point nous sommes ridiculement arrogants, nous, gens modernes, parlons de «découvrir notre identité», nous spécifions notre appel dans une seule phrase, et nous nous prononçons sur les accomplissements que nous avons réalisé, comme si nous pouvions empiler dans un petit wagon rouge ces choses et les acheminer tranquillement vers Dieu pour solliciter son approbation et l’ajouter à la liste des raisons pourquoi nous serions fiers. D’autres personnes au contraire, portant tout le poids de vouloir définir leur propre signification, vont vers l’autre extrême – la désespérance. … À la fois l’arrogant et le désespéré ne tiennent pas compte de ce que seulement Dieu peut faire. Ils oublient le mystère qui est au cœur de l’appel, ainsi qu’au cœur de notre identité. Dieu appelle et, de la même façon que nous l’entendons mais ne pouvons pas le voir sur cette terre, nous croissons pour devenir ce qu’Il nous appelle à devenir, même si nous ne voyons pas avant que nous soyons arrivé aux cieux ce qu’Il nous appelle à devenir. » (p. 231)

« Peut-être êtes-vous frustré par l’écart qui existe entre votre vision et ce que vous avez accompli. Ou encore vous êtes déprimé par plusieurs pages de votre vie qui sont tâchées de compromis, d’échecs, de trahisons, et de péché. Vous avez votre version. D’autres peuvent avoir la leur. Mais ne portez pas de jugement et ne faites pas de conclusions, jusqu’à ce que l’échafaudage de l’histoire ne soit enlevé et que vous puissiez voir ce que signifie pour Dieu d’avoir Sa version – et qu’il aura fait de vous ce que vous êtes appelé à être. » (p. 232)

Le discernement de la volonté de Dieu – 3

« Je suis resté muet, dans le silence; Je me suis tu, quoique malheureux; Et ma douleur n’était pas moins vive. Mon coeur brûlait au dedans de moi, Un feu intérieur me consumait, Et la parole est venue sur ma langue. Éternel! dis-moi quel est le terme de ma vie, Quelle est la mesure de mes jours; Que je sache combien je suis fragile. Voici, tu as donné à mes jours la largeur de la main, Et ma vie est comme un rien devant toi. Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle. » (Psaumes 39:2-5)

« Si l’Éternel n’était pas mon secours, Mon âme serait bien vite dans la demeure du silence. Quand je dis: Mon pied chancelle! Ta bonté, ô Éternel! me sert d’appui. quand les pensées s’agitent en foule au-dedans de moi, Tes consolations réjouissent mon âme. » (Psaumes 94:17-19)

Cet article est le troisième d’une série d’articles à propos de 5 livres que j’ai lu récemment au sujet de la recherche de la volonté de Dieu et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux.)

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Ce troisième livre est intitulé Pilgrimage of a Soul (Pélerinage d’une âme), par Phileena Heuertz. Ce n’est pas en tant que tel un livre sur la recherche de la volonté de Dieu, mais plutôt un témoignage sur le cheminement spirituel de l’auteure, par l’apprentissage de la prière contemplative. J’ai été honnêtement très agréablement surpris. L’auteure est la codirectrice de l’organisme Word Made Flesh, qui œuvre auprès des gens les plus pauvres de la planète, dans des bidonvilles dangereux en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Elle décrit son pèlerinage sur la route de Compostelle, et une retraite de plusieurs semaines qu’elle a fait après 12 ans de ministère très actif. Elle écrit comment elle a finit par apprendre à vivre une vie qui n’est pas déterminée par des réactions, ou de l’activité vide, mais qui soit une véritable vocation donnée par Dieu lui-même. Être, pas faire. Apprendre réellement à lâcher prise, et à se soumettre aux processus de morts et de renaissances par lesquelles Dieu nous fait passer. Elle décrit sept étapes à travers lesquelles passe l’âme du croyant qui recherche la volonté et l’intimité de Dieu : l’éveil, l’aspiration, la noirceur, la mort, la transformation, l’intimité et l’union. Elle puise pour ce faire dans une riche tradition qui date de plusieurs siècles, des Pères du désert des premiers siècle, des mouvements monastiques du moyen-âge, et des auteurs plus récents comme Henri Nouwen, Thomas Keating, Parker Palmer, Thomas Merton, etc. C’est le genre de lecture qui est très éloignée de la tradition évangélique des 50 dernières années, qui m’apparaît définitivement trop rationaliste, avec une logique de rentabilité, de marketing et d’efficacité à tout prix, souvent pleine d’un activisme agité et creux, et très portée vers la gratification immédiate et superficielle. Il se peut donc que plusieurs ne soient pas à l’aise avec ce genre de livre, et le voient très négativement comme du mysticisme inutile, voire même dangereux, et trop porté à emprunter aux traditions plus anciennes, orthodoxe et catholique. J’ai personnellement lu ce livre durant une période de grande confusion, et d’agitation spirituelle, et ce livre m’a vraiment aidé.

« L’une des choses dont nous avons désespérément besoin que Dieu fasse pour nous, c’est de nous transformer de ce que nous sommes aujourd’hui, en ce qu’Il veut véritablement que nous soyons. … Chacun d’entre nous est sujet à nous tromper nous-mêmes. Nous commettons le mal et l’appelons bien. Nous commettons la violence, et appelons cela de la justice sociale. Tout comme Bartimée, le mendiant aveugle, lorsque nous prenons conscience de la réalité de notre condition désespérée, nous pouvons alors entendre Jésus nous demander : « Que veux-tu que je te fasse? » (Marc 10:46-52). Si nous lâchons prise, et que nous crions « Jésus aie pitié de moi! » nous avons alors commencer à entrer dans un cheminement spirituel. … La tradition contemplative chrétienne dirige notre chemin vers une posture de réceptivité envers Celui qui peut nous sauver de notre chaos et de notre destruction – que cela soit à une petite échelle personnelle et sociale, ou jusqu’à l’échelle politique globale. Tout ce dont nous avons besoin de faire, c’est de nous soumettre au processus. C’est bien cela. Nous soumettre. Lâcher prise. Oser nous approcher de Dieu dans une adoration pleine d’humilité. Mais depuis le début des temps, il semble lâcher prise soit la posture la plus difficile qui puisse exister pour l’humanité. » (p. 14)

« Au coeur de la foi chrétienne, se trouve l’invitation à mourir et à renaître. Au cours de notre vie, il est probable que nous soyons invités à subir un certain nombre de morts et de renaissances. » (p. 17)

« … une journée typique dans la vie de plusieurs d’entre nous est marquée par l’évitement et la fuite. » (p. 26)

« C’est ici ce que Jésus nous promet – que ce n’est désormais « plus moi qui vit, mais Christ qui vit en moi » (Galates 2:20). Le faux-moi doit mourir pour faire en sorte que la vie de Christ règne en nous. C’est une cheminement spirituel – de vivre dans la plénitude de la vie de Christ en nous. Mais vivre ce potentiel n’est pas facile. » (p. 31)

« Je pense que Moïse est un bon exemple de quelqu’un qui a combattu avec le reniement de lui-même (note du traducteur: traduit de "self-abnegation", dans un sens négatif, dans le sens qui est présent dans la parabole du serviteur infidèle qui ne fit pas fructifier les dons que le maître lui avait donné, dans la parabole des talents) … Combien de fois avons-nous été comme Moïse – plein de doutes, et résistants à aller de l’avant dans notre appel? Le reniement de soi et la sensualité sont intiment connectés, mais il est difficile de reconnaître cette connexion à première vue. Souvent, faire ce qui ce qui fait du bien (sensualité) signifie que nous nous cachons ou évitons d’accomplir notre potentiel. Lorsque nous sommes sujet au péché du reniement de soi, nous rapetissons nos responsabilités. La peur est habituellement un facteur contributif. Nous craignons de secouer le statu quo, ou nous craignons ne pas avoir l’habileté nécessaire, ou nous avons peur du rejet, de la critique, de l’échec – donc nous nous cachons. Se cacher nous fait nous sentir en sécurité. » (p. 41)

« La condition humaine est tellement complexe, que d’être coupé de notre Créateur et de Celui qui aime notre âme affecte notre psyché, nos émotions, notre esprit, notre corps, et nos relations. Notre relation avec Dieu, avec nous-même, et avec les autres, incluant la terre et toutes les créatures, est dénaturée. » (p. 48)

« Qu’est-ce qui vous consume? À quoi avez-vous aspiré avec l’intensité du mal du pays? Aspirer c’est un désir pour plus. Cela est l’opposé d’une vie de complaisance. La complaisance est ce qui bloque n’importe quel cheminement. L’aspiration ardente est ce qui nous pousse vers l’avant. Il est difficile de demeurer assis tout en souffrant la douleur de cette aspiration, donc nous évitons d’aspirer. Mais lorsque nous saisissons ce mécontentement qui nous prend au ventre, nous bougeons, et nous grandissons. Parce que la douleur de celui qui aspire à plus peut être tellement agonisante, c’est une consolation d’être accompagné par d’autres dans ce cheminement. … … La chose magnifique avec le fait d’être fidèle à cette voix intérieure pour qu’elle nous dirige, ce sont les provisions miraculeuses qui nous sont données le long du chemin. Lorsque nous prenons la résolution de vivre notre vie selon notre appel, le chemin peut devenir très solitaire et difficile. Nous ferons souvent face à des difficultés et des doutes, qui menaceront de nous faire dévier de notre route. C’est seulement la véracité de cette voix intérieure, et la providence de Dieu tout au long du chemin qui nous soutiendront au sein des épreuves les plus rudes. » (pp. 65-66)

« Le processus à travers lequel l’arbre passe durant les saisons … est lent, et sec, et brutal pour les feuilles. Les feuilles sont forcées à mourir. Est-ce que l’arbre résiste? Ou se soumet-il à ce processus dans l’espérance qu’une nouvelle vie viendra en temps opportun? Nous voulons les fruits, la nouvelle vie, mais nous résistons à la mort. … La mort est un abandon qui donne la vie. … Comme une chenille, pour pouvoir vivre cette nouvelle vie, plus vraie, l’ancienne vie doit mourir. Et lorsque la mort arrive, ce qui meurt, meurt. Parti. Personne ne sait réellement ce qui arrivera suite à cette mort, s’il arrive quelque chose. C’est ce qui rend la mort si terrifiante. Peut-être que l’arbre n’aura plus jamais de feuilles… Peut-être que la chenille mourra dans son cocon et ne deviendra jamais un papillon…. Peut-être que l’esclavage en Égypte était mieux. Comment pouvons-nous être certains qu’il existe bel et bien une Terre Promise? Peut-être que le bébé ne vivra pas s’il sort du ventre. » (pp. 122-124)

« L’opposé de la foi n’est pas le doute mais la certitude. » (p. 157)

« Le Dieu de l’univers n’est pas quelque part très loin, distant et séparé de l’humanité. Dieu entra dans le ventre de Marie, ce qui illustre très bien la présence de Dieu dans l’humanité, dont Dieu est l’initiateur… Dieu habita dans le ventre de Marie. Marie répondit à cette grâce qui lui était donné, et fut réceptive à la volonté de Dieu : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1:38). Dieu initie, l’âme répond. Dieu n’a pas cessé d’initier avec l’humanité. Dieu a fait sa maison en moi et vous, mais c’est à nous de prendre conscience de cette présence. » (p. 164)

Le discernement de la volonté de Dieu – 2

« Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: L’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu: l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Elie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Et voici, une voix lui fit entendre ces paroles: Que fais-tu ici, Elie? » (1 Rois 19:11-13)

Cet article est le deuxième d’une série d’articles à propos de 5 livres que j’ai lu récemment sur le sujet de la recherche de la volonté de Dieu et du discernement spirituel. (Voir ici le premier article.)
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Le deuxième livre, Hearing God (Entendre Dieu), est écrit par Dallas Willard, un auteur que j’aime vraiment beaucoup. C’est un évangélique américain, un professeur de théologie et de philosophie. Son livre The Divine Conspiracy fait définitivement partie des 5 meilleurs livres que j’ai lu dans ma vie. Hearing God est aussi un excellent livre, qui parle surtout du fait que Dieu veut communiquer personnellement avec chacun de ses enfants, et sur la manière que nous pouvons y arriver, en nous approchant de Lui et en apprenant à discerner sa voix. Il explique comment la communication avec Dieu est une réalité du royaume de Dieu qu’il nous est possible d’apprendre à maîtriser. Il parle de ce « murmure doux et léger » (1 Rois 19:17), qui est à son sens la façon principale que Dieu utilise pour nous communiquer sa volonté spécifique et personnelle pour chaque individu. Willard est sans doute, à ma connaissance et sans exagérer, l’un des hommes actuellement vivant le plus sage qui existe. Ce livre nous enseigne à voir que la réalité ne se limite pas à ce qu’on voit de nos yeux, et que le royaume de Dieu se voit et se vit, réellement, par la foi. Il insiste beaucoup sur la capacité de celui à qui Dieu se révèle de gérer l’information que Dieu lui donne, et le danger réel qui existe que des individus immatures et non sanctifiés, puissent utiliser à mauvais escient la connaissance ou les capacités que Dieu leur donne. Par conséquent, la croissance spirituelle du croyant, par le moyen des disciplines spirituelles, est centrale dans l’enseignement de Willard. Il a écrit plusieurs livres à ce sujet.

« Parmi nos moments où nous sommes le plus seuls, il y a sans doute, les temps où nous prenons des décisions. … [Après avoir fait un choix, ] …. rapidement viennent les pensées suivantes… Ai-je fait la chose bonne et sage? Est-ce que c’est ce que Dieu voulait? Est-ce même ce que je voulais? Est-ce que je suis en mesure de vivre avec les conséquences? Est-ce que les autres vont penser que je suis fou? Est-ce que Dieu est encore avec moi? Sera-t-il encore avec moi, même s’il devient clair que j’ai pris la mauvaise décision? … Après avoir collecter quelques désastres, … et appris que les actions sont définitives et pour toujours, que les opportunités reviennent rarement, et que les conséquences sont douloureusement toujours présentes, nous crions avidement : « Que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel! » … » (p.9)

« … nos initiatives personnelles sont centrales dans sa volonté pour nous. » (p. 11)

« N’est-ce pas avec raison que nous hésitons à parler des expériences que nous considérons comme des moments où Dieu s’est révélé à nous? De façon similaire, ceux qui croient avoir vu des ovni … apprennent rapidement à garder leur bouche fermée. … ces gens ont sincèrement peur de se tromper. Ils ne veulent pas dire publiquement quelque chose qui serait une erreur de leur part. Ils ont aussi peur d’être considérés comme arrogants, de laisser penser qu’ils se prennent pour quelqu’un de spécial … » (p. 19)

« Très fréquemment, c’est dans des temps de grande détresse intérieure que nous entendrons la voix de Dieu dirigée spécifiquement vers nous. » (p. 20)

« Les événements spectaculaires sont obscurs dans leur contenu et dans leur signification, probablement pour notre propre protection. En général, la connaissance a tendance à être destructrice lorsqu’elle est maniée par quelqu’un qui n’est pas mature et pas complètement imbibé d’amour et d’humilité. … Peu de choses sont plus terrifiante, dans le domaine spirituel, que ceux qui savent, de façon absolue, mais qui sont sans amour, hostiles, fiers, superstitieux, et plein de peurs. Que Aaron et Myriam aient pu être jaloux de Moïse est une indication claire que Dieu ne pouvait pas leur partager le genre de connaissance qu’Il partageait librement avec Moïse. Que Moïse ne fut pas troublé par leurs attaques, et content de partager son ministère prophétique, indique aussi certainement qu’on pouvait se fier à lui pour détenir une telle connaissance. Lorsque le spectaculaire est recherché, c’est une indication d’une personnalité enfantine. » (pp. 111-112)

« Saviez-vous vraiment ce qui se produisait lorsque vous êtes entré à l’université, ou dans l’armée, lorsque vous vous êtes marié, ou que vous avez eu un enfant? Peut-être un peu, mais vous aviez qu’une très petite idée de ce que cela signifiait à long terme. Si vous aviez su à l’époque, probablement que vous n’auriez pas eu le courage d’avancer. » (p. 113)

« Pour comprendre comment Dieu parle, nous devons comprendre un minimum ce que la parole de Dieu est. Dans la voie de Christ… discerner la voix de Dieu n’est essentiellement qu’une dimension d’une certaine sorte de vie, la vie éternelle, une vie vécue en conversation avec Dieu (Jean 17:3). … Nous ne serons vraiment à l’aise pour entendre Dieu nous parler seulement si nous sommes à l’aise avec la parole de Dieu, avec sa parole dans la création et la rédemption. Entendre Dieu n’est pas un évènement bizarre. Dieu ne parle pas seulement pour nous et pour nos buts à nous, et ils ne nous parlent pas d’abord pour notre propre prospérité, notre sécurité ou notre gratification. Ceux qui reçoivent la grâce de la compagnie salutaire de Dieu dans sa parole sont aussi par ce fait même ceux qui peuvent montrer à l’humanité comment vivre. Ils sont, et eux seulement, les seuls à être réellement chez-eux dans l’univers. Et dans ce sens, ils sont la lumière du monde. … La lumière qu’ils répandent n’est pas ce qu’ils font, mais bien ce qu’ils sont. » (pp. 145-146)

« Même pour plusieurs d’entre nous qui professons déjà de suivre Christ, beaucoup de changements intérieurs sont encore nécessaires pour que nous soyons en mesure d’entendre la voix de Dieu correctement. » (p. 153)

« La qualité de la voix de Dieu en relation avec le poids et l’impact de l’impression qu’elle laisse sur notre conscience. Le calme et la constance de la force avec laquelle les communications qui nous proviennent de Dieu affecte notre âme, notre être intérieur, fait en sorte de nous pousser vers notre propre consentement, et même vers une obéissance active. Ce consentement et cette obéissance sont fréquemment présents avant même que le contenu de la communication ne soit complètement connu. Enfin, c’est ce que j’ai comme expérience, et plusieurs autres me l’ont confirmé aussi. Nous sentons, intérieurement, la puissance de la voix de Dieu qui est à proximité. … E. Stanley Jones écrit : « … la voix du subconscient argumente avec vous, essaie de vous convaincre; mais la voix intérieure qui vient de Dieu n’argumente pas, elle n’essaie pas de vous convaincre… » … … … La voix de Dieu qui parle à nos âmes vient avec un esprit caractéristique. C’est un esprit de paix exaltante, de confiance, de joie, de bon sens et de bonne volonté. … parce que cette voix a en elle-même l’autorité, elle n’a pas besoin d’être forte ou hystérique. » (pp. 175-176)

Le discernement de la volonté de Dieu – 1

« Tremblant et saisi d’effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse? » (Actes 9:6)

« Notre Père qui est aux cieux! … que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » (Matthieu 6:10)

La recherche de la volonté de Dieu, et le discernement spirituel, sont des sujets qui me préoccupent depuis plusieurs années. Cette préoccupation est devenue plus grande dans la dernière année, … ce qui m’a conduit à lire depuis un an pas moins de cinq livres sur le sujet.

Les cinq sont vraiment excellents, et tous abordent la question de façon différente. J’ai choisi les livres en me fiant aux descriptions des lecteurs sur Amazon.com. J’ai choisi l’un d’eux (Hearing God, Dallas Willard), parce que je connaissais l’auteur qui est un de mes préférés. Pour le dernier, je me suis fié à plusieurs livres qui ne cessent de donner l’exemple de Saint-Ignace, et sa « méthode » pour discerner la volonté de Dieu, et j’ai choisi un livre sur cet homme un peu au hasard sur Amazon. Je suis vraiment très bien tombé…

Je ferai donc, dans cet article et dans les 4 prochains, une brève description des cinq livres, avec des extraits que j’ai traduit. Ils sont placé par ordre de préférence, ce qui a été difficile à faire, en finissant par mon préféré.
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Le premier livre s’intitule Knowing God’s Will (Connaître la volonté de Dieu), par Blaine Smith. L’auteur est un chrétien presbytérien Américain, et directeur du ministère Nehemiah Ministries, dédié à aider les croyants à discerner la volonté de Dieu pour leur vie. C’est un très bon livre. Il m’a semblé surtout utile pour défaire toute une série de croyances un peu naïves que beaucoup de croyants entretiennent à propos de la volonté de Dieu, comme par exemple la fameuse toison (comme Gédéon), où comment voir la direction de Dieu dans les circonstances favorables, ou défavorables. Il insiste sur le fait que Dieu nous a créé avec une raison, et que c’est pour nous en servir, et qu’il faut avoir le courage des décisions que nous prenons, sans nous attendre constamment à ce que Dieu vienne nous guider de façon perceptible sur tout les choix que nous prenons. D’un autre côté, il démontre avec conviction que Dieu guide ses enfants, tel qu’il est écrit à de multiples reprises dans les Écritures (ex: Psaumes 23 « l’Éternel est mon berger… il me conduit… »). Le point central du livre, se résume à la phrase suivante: pour faire la volonté de Dieu, il nous faut vouloir faire la volonté de Dieu, et si nous voulons la volonté de Dieu, nous la ferons.

« … je peux être libéré de la peur de penser que Dieu ne me donnera pas l’information dont j’ai besoin pour décider de faire sa volonté. Il est aisé de tomber dans le piège de penser que Dieu est trop occupé, ou trop éloigné, pour qu’Il se préoccupe de me guider. … comprendre le langage de Jésus en Jean 10, c’est réaliser que la direction de Dieu n’est pas quelque chose qui soit réservé aux « super » chrétiens, mais un don précieux qui est donné à chaque croyant. L’image de la brebis décrit certainement très bien, non pas un super-géant spirituel, mais un croyant ordinaire. … je peux être libéré de la peur que je ne puisse pas comprendre la volonté de Dieu lorsqu’Il me la révélera … [et que] dans ma compréhension bien limitée, je puisse manquer un signal crucial, ce qui me précipiterais dans un chemin sans espérance, loin de la volonté de Dieu. … Là où nous manquons de compréhension, Il s’arrangera pour nous guider quand même… Je peux être délivré de la peur de penser qu’une décision passée, faite par la foi, puisse plus tard se révéler être en-dehors de la volonté de Dieu…. Je peux être délivré de la peur de penser que mon péché puisse ultimement me faire manquer le plan de Dieu pour ma vie. Par contre, ici je dois arrêter un moment pour bien qualifier ce que je viens de dire. Nous parlons ici d’une personne qui est sérieuse dans sa volonté de connaître la volonté de Dieu, et qui en fait sa priorité. Parmi ces gens, il y en a qui ont une peur mortelle que leur péché puisse interférer avec le plan de Dieu. … Ce genre d’inquiétude est injustifiée chez les personnes qui ont le cœur à rechercher la volonté de Dieu. Je pense que l’un des aspect les plus beau de l’image du berger et de la brebis, est qu’elle nous rappelle avec éloquence que Christ nous guide non seulement malgré notre confusion concernant sa volonté, mais aussi malgré nos errements. Les brebis, dans la Bible, sont décrites comme non seulement des être confus, mais aussi des être qui errent souvent. … Les chrétiens qui sont habités par le Saint Esprit seront dérangés par le péché dans leur vie, et ils seront toute leur vie engagés dans une guerre avec ce péché. » (pp. 59-61)

« Plusieurs [chrétiens] finissent par découvrir qu’alors qu’ils grandissent en Christ, ils se sentent appelés à prendre de plus grandes responsabilités pour prendre des décisions plus importantes. Les décisions deviennent plus complexes, et requièrent plus d’implication personnelle, et plus d’initiative. Trop souvent cela est interprété négativement. Certain pourrait assumer que cela serait un signe de spiritualité trop pauvre, ou une indifférence de la part du Seigneur. … Mais… alors que nous grandissons en Christ, Dieu s’attend à ce que nous prenions de plus en plus de responsabilités pour les choix majeurs que nous prenons … Une raison pour cela est certainement de nous pousser à grandir. … Et Dieu fait aussi cela, je pense, pour apporter un plus grand élément d’aventure dans notre expérience. Comme Paul Tournier le fait remarquer dans son classique The Adventure of Living, l’aventure est au cœur de l’intention de Dieu pour la vie chrétienne. Même si nous avons tendance à réprimer cela, pour favoriser notre besoin de sécurité, Dieu est plus concerné par la préoccupation de mettre de l’aventure dans nos vies, plutôt que de la sécurité et du confort. … ce sont dans souvent dans ces temps que nous nous sentons le plus en vie. » (pp. 70-71)

« [En Romains 12:1-2, ] Paul, plus que tout autre chose, nous dit que nous devons constamment aspirer à une attitude de soumission, une attitude d’ouverture à la volonté de Dieu. Si nous avons cette attitude, alors Paul dit clairement que nous connaîtrons et que nous ferons la volonté de Dieu. En résumé donc, Romains 12:1-2 affirme quelque chose d’absolument extraordinaire : Si je désire faire la volonté de Dieu, je la ferai. Cela est certainement le point le plus important de notre étude dans ce livre. » (p. 77)

« … ultimement, le temps vient où nous devons cesser de prier et aller de l’avant avec notre décision, confiant en Dieu qu’il répondra à nos prières, et qu’il nous donnera la volonté et la sagesse pour lesquelles nous avons prié. Cela implique un risque; et pourtant vous ne pourrez jamais enlever le risque de votre existence si vous voulez vivre une vie pour Christ, sur la brèche, là où l’action se passe. La chose qui est merveilleuse, c’est que nous pouvons prendre ces risques en sachant que nous sommes à la suite d’un Dieu qui pardonne, et qui promet de nous donner la direction à la manière d’un berger… » (p. 97)

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