« Tremblant et saisi d’effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse? » (Actes 9:6)
« Notre Père qui est aux cieux! … que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » (Matthieu 6:10)
La recherche de la volonté de Dieu, et le discernement spirituel, sont des sujets qui me préoccupent depuis plusieurs années. Cette préoccupation est devenue plus grande dans la dernière année, … ce qui m’a conduit à lire depuis un an pas moins de cinq livres sur le sujet.
Les cinq sont vraiment excellents, et tous abordent la question de façon différente. J’ai choisi les livres en me fiant aux descriptions des lecteurs sur Amazon.com. J’ai choisi l’un d’eux (Hearing God, Dallas Willard), parce que je connaissais l’auteur qui est un de mes préférés. Pour le dernier, je me suis fié à plusieurs livres qui ne cessent de donner l’exemple de Saint-Ignace, et sa « méthode » pour discerner la volonté de Dieu, et j’ai choisi un livre sur cet homme un peu au hasard sur Amazon. Je suis vraiment très bien tombé…
Je ferai donc, dans cet article et dans les 4 prochains, une brève description des cinq livres, avec des extraits que j’ai traduit. Ils sont placé par ordre de préférence, ce qui a été difficile à faire, en finissant par mon préféré.
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Le premier livre s’intitule Knowing God’s Will (Connaître la volonté de Dieu), par Blaine Smith. L’auteur est un chrétien presbytérien Américain, et directeur du ministère Nehemiah Ministries, dédié à aider les croyants à discerner la volonté de Dieu pour leur vie. C’est un très bon livre. Il m’a semblé surtout utile pour défaire toute une série de croyances un peu naïves que beaucoup de croyants entretiennent à propos de la volonté de Dieu, comme par exemple la fameuse toison (comme Gédéon), où comment voir la direction de Dieu dans les circonstances favorables, ou défavorables. Il insiste sur le fait que Dieu nous a créé avec une raison, et que c’est pour nous en servir, et qu’il faut avoir le courage des décisions que nous prenons, sans nous attendre constamment à ce que Dieu vienne nous guider de façon perceptible sur tout les choix que nous prenons. D’un autre côté, il démontre avec conviction que Dieu guide ses enfants, tel qu’il est écrit à de multiples reprises dans les Écritures (ex: Psaumes 23 « l’Éternel est mon berger… il me conduit… »). Le point central du livre, se résume à la phrase suivante: pour faire la volonté de Dieu, il nous faut vouloir faire la volonté de Dieu, et si nous voulons la volonté de Dieu, nous la ferons.
« … je peux être libéré de la peur de penser que Dieu ne me donnera pas l’information dont j’ai besoin pour décider de faire sa volonté. Il est aisé de tomber dans le piège de penser que Dieu est trop occupé, ou trop éloigné, pour qu’Il se préoccupe de me guider. … comprendre le langage de Jésus en Jean 10, c’est réaliser que la direction de Dieu n’est pas quelque chose qui soit réservé aux « super » chrétiens, mais un don précieux qui est donné à chaque croyant. L’image de la brebis décrit certainement très bien, non pas un super-géant spirituel, mais un croyant ordinaire. … je peux être libéré de la peur que je ne puisse pas comprendre la volonté de Dieu lorsqu’Il me la révélera … [et que] dans ma compréhension bien limitée, je puisse manquer un signal crucial, ce qui me précipiterais dans un chemin sans espérance, loin de la volonté de Dieu. … Là où nous manquons de compréhension, Il s’arrangera pour nous guider quand même… Je peux être délivré de la peur de penser qu’une décision passée, faite par la foi, puisse plus tard se révéler être en-dehors de la volonté de Dieu…. Je peux être délivré de la peur de penser que mon péché puisse ultimement me faire manquer le plan de Dieu pour ma vie. Par contre, ici je dois arrêter un moment pour bien qualifier ce que je viens de dire. Nous parlons ici d’une personne qui est sérieuse dans sa volonté de connaître la volonté de Dieu, et qui en fait sa priorité. Parmi ces gens, il y en a qui ont une peur mortelle que leur péché puisse interférer avec le plan de Dieu. … Ce genre d’inquiétude est injustifiée chez les personnes qui ont le cœur à rechercher la volonté de Dieu. Je pense que l’un des aspect les plus beau de l’image du berger et de la brebis, est qu’elle nous rappelle avec éloquence que Christ nous guide non seulement malgré notre confusion concernant sa volonté, mais aussi malgré nos errements. Les brebis, dans la Bible, sont décrites comme non seulement des être confus, mais aussi des être qui errent souvent. … Les chrétiens qui sont habités par le Saint Esprit seront dérangés par le péché dans leur vie, et ils seront toute leur vie engagés dans une guerre avec ce péché. » (pp. 59-61)
« Plusieurs [chrétiens] finissent par découvrir qu’alors qu’ils grandissent en Christ, ils se sentent appelés à prendre de plus grandes responsabilités pour prendre des décisions plus importantes. Les décisions deviennent plus complexes, et requièrent plus d’implication personnelle, et plus d’initiative. Trop souvent cela est interprété négativement. Certain pourrait assumer que cela serait un signe de spiritualité trop pauvre, ou une indifférence de la part du Seigneur. … Mais… alors que nous grandissons en Christ, Dieu s’attend à ce que nous prenions de plus en plus de responsabilités pour les choix majeurs que nous prenons … Une raison pour cela est certainement de nous pousser à grandir. … Et Dieu fait aussi cela, je pense, pour apporter un plus grand élément d’aventure dans notre expérience. Comme Paul Tournier le fait remarquer dans son classique The Adventure of Living, l’aventure est au cœur de l’intention de Dieu pour la vie chrétienne. Même si nous avons tendance à réprimer cela, pour favoriser notre besoin de sécurité, Dieu est plus concerné par la préoccupation de mettre de l’aventure dans nos vies, plutôt que de la sécurité et du confort. … ce sont dans souvent dans ces temps que nous nous sentons le plus en vie. » (pp. 70-71)
« [En Romains 12:1-2, ] Paul, plus que tout autre chose, nous dit que nous devons constamment aspirer à une attitude de soumission, une attitude d’ouverture à la volonté de Dieu. Si nous avons cette attitude, alors Paul dit clairement que nous connaîtrons et que nous ferons la volonté de Dieu. En résumé donc, Romains 12:1-2 affirme quelque chose d’absolument extraordinaire : Si je désire faire la volonté de Dieu, je la ferai. Cela est certainement le point le plus important de notre étude dans ce livre. » (p. 77)
« … ultimement, le temps vient où nous devons cesser de prier et aller de l’avant avec notre décision, confiant en Dieu qu’il répondra à nos prières, et qu’il nous donnera la volonté et la sagesse pour lesquelles nous avons prié. Cela implique un risque; et pourtant vous ne pourrez jamais enlever le risque de votre existence si vous voulez vivre une vie pour Christ, sur la brèche, là où l’action se passe. La chose qui est merveilleuse, c’est que nous pouvons prendre ces risques en sachant que nous sommes à la suite d’un Dieu qui pardonne, et qui promet de nous donner la direction à la manière d’un berger… » (p. 97)
C’est un sujet épineux, du point de vue biblique. On voit de tout: la toison, l’urim et le thummim, de l’écriture sur un mur, des oracles prophétiques, une voix venant du ciel, jeter le sort pour remplacer le 12e apôtre… mais tout ce qu’on retrouve de normatif, c’est les commandements. À mon avis, cet auteur a raison de dire que nous n’avons pas à nous inquiéter si nous n’entendons pas Dieu parler par des moyens extraordinaires, pourvu que nous cherchions à faire sa volonté, ce qui se résume à obéir aux commandements. Ce dont je suis plus sceptique, c’est la vision un peu plus ésotérique dont tu fais état dans ton prochain article.
… Je ne crois pas que nous sommes des numéros qui doivent seulement obéir aux commandements.
l’expérience de la volonté spécifique et individuelle de Dieu, pour chacun des croyants, est quelques chose qui se voit dans chacune des pages de la Bible (Adam, Noé, Abraham, Jacob, Moïse, David, Josué, Ésaïe, Jérémie, Paul, etc, etc, etc…)
Dire que ce genre d’expérience ne s’applique que pour les personnes qui sont dans la Bible, c’est démissionner de la vie de l’Esprit, et c’est du sous-christianisme. Je préfère alors devenir bouddhiste, militant anarchiste-écologique, ou hippie honnêtement que de vivre un christianisme où Dieu se fout de moi, un peu comme Allah se fout éperdument de ceux qui le suivent.
je ne vois pas en quoi un Dieu tel que tu le décris serait en quoi que ce soit supérieur à Allah.
… bon,… je m’emporte un peu …
;)
La grande révélation de l’Évangile, c’est "repentez-vous, car le royaume de Dieu est proche" (en anglais c’est mieux rendu: "the kingdom is at hand", c’est-à-dire: "juste là", "disponible" … etc…)
les commandements ne prévoient pas toutes les situations de la vie.
ex: carrière, mariage, endroit où habiter, style de vie, etc, etc, etc
si nous prenons pour acquis que notre façon de vivre et nos choix, nous les avons fait par simple obéissance aux commandements de Dieu, c’est de la prétention incroyable, puisque c’est croire alors que tous les croyants devraient vivre exactement comme nous le faisons.
cette prétention est très répandue. Elle prend pour acquis qu’il n’existe en fait qu’une seule "vraie façon chrétienne" de vivre.
… or, la façon de vivre de Jérémie fut très différente de celle de David, et celle de Paul fut très différente de celle, par exemple, de Philémon.
… il y a aussi probablement un élément de personnalité.
je suis du genre à me poser 60000 questions et à angoisser sur la direction que prend ma vie, et ce depuis que j’ai 4 ans. (j’exagère à peine)
Certaines personnes ont la grâce d’aller dans la vie sans aucun soucis, et sans se poser de question sur la valeur de leur choix et le sens de leur vie, et sur la volonté spécifique de Dieu pour eux, en tant qu’individus. Je les envie parfois, honnêtement.
mais je trouve dommage qu’il y ait des gens qui vont dans la vie un peu comme si Dieu était lointain, et comme si Dieu ne les connaissait pas par leur nom.
"L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien
il me fait reposer dans de verts paturage
il me dirige près des eaux paisibles…"
en quoi le mot "dirige" est utile et pertinent, si tout ce qui nous est demandé, c’est une obéissance robotique à un Dieu-Allah???
"Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher! Car j’élève à toi mon âme.
9 Délivre-moi de mes ennemis, ô Éternel! Auprès de toi je cherche un refuge.
10 Enseigne-moi à faire ta volonté! Car tu es mon Dieu. Que ton bon esprit me conduise sur la voie droite!" (Psaumes 143)
à quoi sert ce langage, si tout ce qu’à à faire l’auteur du Psaume c’est de lire le Deutéronome et le mettre en pratique??
Dieu dirige tout, y compris nos vies, sans nécessairement nous parler individuellement par révélation directe. Quand je prie: "Dieu, dirige mes pas", je suis pas en train de lui demander de me parler, mais de me faire prendre les bonnes décisions. Je ne nie pas que les révélations directes existent, mais je trouve exagéré qu’on doive chercher une telle révélation pour chaque décision de notre vie. Carrière, mariage, style de vie, achat d’auto, couleur de cheveux, saveur de crème glacée… où est la limite, existe-t-il un rôle pour mon libre arbitre à quelque part? Dieu m’a-t-il créé pour téléguider ma vie?
Le simple fait que tu te poses des questions sur comment connaître la volonté de Dieu indique que la réponse est loin d’être évidente. Pourquoi Dieu nous placerait-il dans une telle incertitude concernant la façon de vivre une "bonne" vie? Questionné à ce sujet, Jésus nous a dit ce qu’il faut savoir pour plaire à Dieu: obéir les commandements. Si Dieu a quelque chose à ajouter pour un individu donné à un moment précis, il est capable de le lui faire savoir sans ambiguïté, sans qu’il soit nécessaire de développer son oreille intérieure ou je ne sais quelle autre discipline mystique.
Je ne vois pas ce qu’il y de prétentieux de vivre en obéissant aux commandements. Plusieurs choix qui respectent les commandements sont possibles et c’est largement une question de contexte. Parfois nous ferons un "mauvais" choix qui respecte les commandements et c’est possible que même ce choix soit la volonté de Dieu. Ce sont des choses qui arrivent, les malheurs de la vie, qui ne sont pas attribuable à un péché ou à un manque de foi. Je ne parle pas de ceux qui se trompent en pensant que c’est ce que Dieu leur dit de faire quelque chose qui finit par tourner en désastre… c’est une autre histoire.
@Daniel
"Le simple fait que tu te poses des questions sur comment connaître la volonté de Dieu indique que la réponse est loin d’être évidente. Pourquoi Dieu nous placerait-il dans une telle incertitude concernant la façon de vivre une “bonne” vie? Questionné à ce sujet, Jésus nous a dit ce qu’il faut savoir pour plaire à Dieu: obéir les commandements. Si Dieu a quelque chose à ajouter pour un individu donné à un moment précis, il est capable de le lui faire savoir sans ambiguïté, sans qu’il soit nécessaire de développer son oreille intérieure ou je ne sais quelle autre discipline mystique."
à la fois un peu vrai, et beaucoup faux…
"c’est loin d’être évident"… le dernier article répondra un peu à cette objection. En fait, ce que Dieu veut, c’est que nous le cherchions. Et il veut que nous le cherchions pour bien des raisons. Mais pour que nous le cherchions, il ne peut pas tout nous donner tout cuit. Jésus parlait en parabole au peuple, et expliquait toutes les paraboles à ses disciples. Pourquoi?? Pour que celui qui voulait comprendre ait à s’approcher de Lui et Le suive pour être en mesure de comprendre. Il ne s’agit pas de croire et comprendre, pour ensuite Le suivre. Il s’agit de le suivre, pour ensuite croire et comprendre.
est-il "nécessaire" de développer son "oreille intérieure" ?
bah … ça doit dépendre de l’appel de chacun j’imagine. Je ne sais pas.
Mais il me semble bien ennuyant d’avoir un dieu-Allah lointain et désincarné.
Je dois être un piétiste-subjectiviste fini je suppose.
Mais si c’est le cas, il me semble alors que les auteurs des Psaumes le sont aussi, et Jérémie, et Ésaïe aussi, entre autres, et des centaines de milliers de chrétiens à travers l’histoire aussi…
David ne faisait rien sans d’abord demander l’avis de l’Éternel. Et il y a plusieurs exemples où il ne demanda pas cet avis, et qu’il le regretta amèrement. Et je ne crois pas que nous ayons aujourd’hui un Dieu différent de celui de David.
Les Israëlites dans le désert, avançaient selon que la nuée ou la colonne de feu avançait ou pas. Ils pouvaient demeurer des semaines au même endroit, puis subitement la colonne s’élevait au-dessus de la tente d’assignation, indiquant qu’on changeait de place. Ils allaient, sans jamais savoir exactement où cette nuée les conduisait. Parfois, ils pouvaient établir le camp (ce qui devait être quand même assez ardu comme processus, avec des bêtes et des enfants, et tous les bagages…), et presqu’immédiatement Dieu les conduisait ailleurs. Pour moi, c’est là une très grande parabole de notre propre vie de foi. Dieu peut nous indiquer une voie, puis changer de direction du jour au lendemain, apparemment sans raison (selon nous). Notre seul rôle est de nous conformer à cette direction. Nous sommes libres. Totalement libres. Nous faisons cette marche d’obéissance par la foi, seulement parce que Dieu est notre Dieu. Et s’il est Dieu, nous le considérons plus compétent que nous pour diriger notre propre vie.
J’ai toujours été grandement frappé par ce verset d’Esaïe: "Mais tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, sauveur!" (45:15)