Le discernement de la volonté de Dieu – 5

« Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher! … Enseigne-moi à faire ta volonté! Car tu es mon Dieu. Que ton bon Esprit me conduise sur la voie droite! » (Psaumes 143:8, 10)

« L’Éternel appela de nouveau Samuel. … Samuel ne connaissait pas encore l’Éternel … L’Éternel appela de nouveau Samuel, pour la troisième fois. Et Samuel se leva, alla vers Éli, et dit: Me voici, car tu m’as appelé. Éli comprit que c’était l’Éternel qui appelait l’enfant, et il dit à Samuel: Va, couche-toi; et si l’on t’appelle, tu diras: Parle, Éternel, car ton serviteur écoute. » (1 Samuel 3:6-9)

« … celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. » (Jean 10:2-4)

Cet article est le dernier d’une série d’articles sur 5 livres que j’ai lu récemment, au sujet de la recherche de la volonté de Dieu, et du discernement spirituel. (Voir ici les premiers articles : un, deux, trois, quatre.)
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Ce dernier livre s’intitule Discerning the Will of God, An Ignatian Guide to Christian Decision Making (Discerner la volonté de Dieu, un guide inspiré d’Ignace pour la prise de décision par les chrétiens), écrit par Timothy M. Gallagher. Certains seront probablement surpris que je place un livre écrit par un jésuite parmi cette liste, et qu’en plus je dise que c’est à mon avis le meilleur parmi les cinq. J’en suis un peu étonné moi-même. Et à voir récemment le visage horrifié d’un frère à qui je partageais mon enthousiasme à propos de ce livre, je suis préparé au pire…

Pour n’importe quel chrétien qui a pu passer par des choix difficiles, entre des alternatives valables, bonnes et raisonnables, mais qui s’excluent mutuellement, c’est un livre d’une pertinence et d’un réalisme vraiment impressionnant, et même émouvant. Il décrit la fameuse «méthode» de Saint-Ignace, le fondateur des Jésuites, pour arriver à discerner la direction de Dieu au sein de la confusion et du chaos qui peuvent exister dans nos vies et dans nos âmes. Tout cela n’a rien de bien mystérieux, et c’est à mon avis tout à fait biblique.

Le message d’autres livres (Knowing God’s Will, et  Hearing God) rejoint d’ailleurs un peu celui d’Ignace, mais prennent plusieurs chapitres pour aboutir et tenter de convaincre le lecteur que Dieu veut et peut nous montrer sa volonté. Ce livre est au contraire très concis, et très simple à lire. Je suis persuadé que l’enseignement d’Ignace sur le discernement est un don à l’église « pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et l’édification du corps de Christ. » (Éphésiens 4:12). Je ne peux pas me prononcer sur toute l’oeuvre d’Ignace, je ne l’ai pas lu. Et je sais que les Jésuites sont un mouvement controversé dans plusieurs milieux, même parmi certains catholiques. Je pense simplement alors que comme pour tout enseignements, il nous faut suivre Paul qui nous dit: «examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.» (1 Thessaloniciens 5:21).

Plusieurs aspects du livre vont très certainement rebuter les protestants/évangéliques, comme l’insistance sur la participation à l’eucharistie en tant que moyen que Dieu emploie pour que nous discernions sa volonté, ou encore la nécessité d’une direction spirituelle par un frère ou une sœur expérimenté dans ce domaine. Je dirais par expérience que ce dernier aspect est en réalité fort aidant, et je commence à penser, comme l’auteur, qu’il est probablement nécessaire. La notion que Dieu doive passer par l’aide d’un autre chrétien pour nous diriger nous rebute en tant que protestants/évangéliques, parce que nous avons en fait une religion très individualiste, et que la confession ne fait pas partie de nos pratiques habituelles. (Ce n’est malheureusement qu’une « option » que nous ne pratiquons presque jamais). Un autre aspect qui peut déranger, ce sont les multiples exemples que l’auteur donnent qui concernent les décisions quand à la vocation de prêtre ou de bonne sœur. Les exemples donnés tournent d’ailleurs autours de 2-3 sujets, et cela peut être redondant (carrière, appel à une carrière religieuse, mariage, célibat). Certains trouveront certainement aussi l’approche très subjective.

Si j’avais à ne recommander qu’un seul livre parmi les cinq, ce serait celui-là. Pratique, concis, pertinent, simple, utile, réaliste, chrétien, touchant.

« C’est là la question à laquelle Ignace s’attarde dans ses Exercices Spirituelles, et cette question est le point principal de ce livre : Lorsque des gens qui aiment Dieu sont confrontés à des choix entre des options qui sont toutes bonnes et qu’ils sont libres de choisir, comment peuvent-ils discerner la volonté de Dieu? » (p. 17)

« Je suis créé pour faire quelque chose ou pour être quelque chose pour lequel personne d’autre que moi ne fut créé; J’ai une place dans le conseil de Dieu, dans le monde de Dieu, que personne d’autre n’a… Dieu me connait et m’appelle par mon nom. (John Henry Newman) » (p. 18)

« «Nous l’aimons parce qu’il nous a aimé en premier.» Ce verset biblique (1 Jean 4:19) forme la base de toute recherche de la volonté de Dieu: lorsque le cœur humain découvre que ce monde n’est pas vide, que sa vie n’est pas insignifiante, qu’il a été aimé depuis toute éternité, et que sa propre existence est un don d’amour, alors le cœur se réjouit et l’aspiration à répondre s’éveille. Alors la volonté humaine devient assoiffée d’être en communion avec la volonté divine, ce qui est de l’amour mutuel – l’amour pour lequel nous somme faits, et qui, comme le dit Augustin, est le seul qui peut donner le repos à nos cœurs fatigués. » (p. 18)

« … vouloir la volonté de Dieu. … Tout ce que Dieu veut que nous fassions, c’est que nous lui demandions ce qu’Il veut, et ensuite de le faire. Sur cette fondation, une solide vie de foi peut être bâtie. » (p. 26)

« … « Tout ce que tu voudras Seigneur. » … Comment en arriver à cette disposition du coeur? Peu de questions dans le processus du discernement sont plus cruciales que celle-là… » (p. 19)

« Pour Ignace, finalement, tout ce qui peut rendre le cœur disposé à permettre le discernement est centré sur Christ: le Christ qui m’a aimé jusqu’à mourir pour me libérer du péché et de mes blessures…; le Christ qui par amour m’invite à partager avec lui sa propre mission de salut et de guérison des cœurs humains, et de faire de cette mission le but de ma vie, peu importe l’appel spécifique qu’il me donnera (le mariage, le ministère, la vie religieuse, le célibat) …; l’humble et pauvre Christ qui m’invite à embrasser cette même simplicité de cœur – cette soumission dont Jean parle – pour permettre d’être vraiment libre dans mon discernement … » (pp. 47-48)

« Une personne transformée par Jésus, portant Jésus dans tous les aspects de son humanité; une personne qui est centrée sur Jésus … cette personne est prête à discerner. Telle est donc la disposition qui nous prépare à discerner la volonté de Dieu: la prise de conscience fondamentale de l’amour infinie de Dieu pour vous; la rencontre transformatrice avec Jésus qui vous a aimé jusqu’à mourir pour vous libérer du péché… et finalement, la quête continuelle pour une connaissance qui est celle du cœur et un amour grandissant pour Christ. » (pp. 48-49)

« Ignace enseigne que la préparation idéale pour le discernement est de contempler le Christ dans les Évangiles. Ceux qui sont engagés dans un processus de discernement considéreront que cette contemplation est d’une valeur inestimable. » (p. 53)

« … il y avait tellement de bruit dans mon âme … Il y avait tellement de bruit que je ne pouvais pas entendre la parole de Dieu. … le silence est le climat idéal pour le discernement… ce silence qui nous permet d’entendre le «murmure doux et léger» (1 Rois 19:12) par lequel Dieu parle au cœur humain. » (p. 55)

« … me savoir être un pécheur qui est aimé jusqu’à la mort par Jésus-Christ, cela me donna la liberté de m’offrir moi-même pour être peu importe ce que que le Seigneur voulait faire de moi. » (p. 57)

« Il y a une valeur évidente dans le conseil d’Ignace selon lequel le discernement doit être quelque chose qui se fasse en étant accompagné. Lorsque ceux qui discernent sont incertains, se sentent bloqués, et ne savent pas comment faire, souvent ce qu’ils ont besoin c’est d’un accompagnement plein de sagesse. » (p. 62)

« …Dieu peut simplement nous faire la grâce de nous donner une clarté qui est au-delà de tous les doutes. Les fruits d’un tel discernement est évident par la certitude et la paix profonde, la joie, la confiance, et un sentiment de sécurité de savoir que nous sommes aimés de Dieu… Comme nous l’avons vu, le discernement qui se fait selon ce premier mode est un don gratuit de Dieu. Notre tâche, lorsque Dieu le donne, est de le reconnaître, et d’agir en conséquence… » (p. 81)

« Lorsque Dieu ne donne pas la clarté qui va au-delà de toute possibilité de douter, qui est le premier mode de discernement, la personne qui est en processus de discernement (et son accompagnateur spirituel) doivent se tourner vers le second mode. La fondation d’un tel discernement est une prière continuelle centrée sur la contemplation de Jésus dans les Évangiles… cette personne doit attentivement observer dans les moments où elle se trouve en consolation, vers quelle partie Dieu le dirige, et pareillement lorsqu’elle se trouve dans la désolation. Le discernement selon le second mode suppose donc que celui qui discerne comprend et reconnaît les expériences de consolation et de désolation spirituelles. » (p. 87)

« Une attraction qui revient toujours, comme magnétique, accompagnée d’une joie spirituelle, une impression récurrente qu’il y a plus… une recherche nourrie par la prière, fidèle et quotidienne, un processus qui avec le temps forge une attraction vers une option, au point où une clarté et une compréhension sont atteintes concernant une option; c’est là le discernement selon le second mode. » (p. 99)

« Avec émerveillement, nous découvrons qu’il est réellement possible d’entendre ce "murmure doux et léger" de Dieu qui parle à nos coeurs: la confusion qui règne au sein de la confrontation entre nos attractions et nos résistances cède la place à une clarté spirituelle. » (p. 100)

« Mieux que quiconque, le Saint-Esprit vous enseignera comment goûter avec le coeur et connaître avec douceur quelles raisons font en sorte qu’une option sera pour le plus grand service et la plus grande gloire de Dieu. » (p. 102)

« … la croissance humaine et spirituelle énorme qui est donnée [par Dieu] durant le processus de discernement est évident. » (p. 129)

« Certainement, le processus de discernement est une question d’atteindre une clarté dans un choix spécifique. Nous entamons ce processus précisément parce que nous recherchons cette clarté. Dieu cependant, en nous appelant à parfois passer au travers d’un processus long et laborieux, par celui-ci nous offre une opportunité de croître qui n’a pas de prix, et qui souvent nous change pour toute la vie. Grâce à plusieurs années troubles de discernement, … [un croyant] graduellement apprend le courage… apprend à lâcher prise et à se soumettre à Dieu, découvre la joie immense de connaître l’amour de Dieu… » (p. 130)

« Quelle croissance Dieu donne-t-il à cette personne, au travers du processus de discernement? Nos efforts et nos luttes dans ce processus ont une signification dans le plan de Dieu. Par celles-ci, le Dieu qui nous aime nous appelle à une nouvelle vie et à croître. » (p. 131)

« Puis la main du Seigneur vint sur St-Francois. Aussitôt qu’il eut entendu cette réponse, et que par le fait même il eut connu la volonté de Christ, il se tint sur ses pieds, enflammé par la puissance de Dieu, et il dit au frère Masseo avec une grande ferveur: "Allons-y! – au nom du Seigneur!" » (tiré de la biographie de St-Francis, par Fioretti) (p. 135)

« "Je suis par conséquent certaine que je suis dans la volonté de Dieu, et cela me donne la paix et la joie." Cette paix et cette joie inébranlables, la certitude d’être "dans la volonté de Dieu", cela donne la force d’aimer même dans les circonstances les plus imprévues et les circonstances de la vie les plus humainement troublantes – voilà le fruit de passer par un processus de discernement de la volonté de Dieu. » (p. 136)

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Commentaires

  1. "Lorsque des gens qui aiment Dieu sont confrontés à des choix entre des options qui sont toutes bonnes et qu’ils sont libres de choisir, comment peuvent-ils discerner la volonté de Dieu?"

    "Tout ce que Dieu veut que nous fassions, c’est que nous lui demandions ce qu’Il veut, et ensuite de le faire."

    Je trouve très intéressantes ces deux citations.

    Une chose que nous savons sur la volonté de Dieu, c’est qu’elle nous est révélée au compte-goutte. Il nous fait connaître ce qu’il faut savoir, mais rarement plus. Dans bien des cas, nous aimerions en savoir plus. Ce n’est pas par curiosité, mais par véritable piété, le désir de faire ce qu’il veut. Tout chrétien sincère se préoccupe de la volonté de Dieu, au moins à un certain degré. Et tout chrétien pourra témoigner du fait qu’il aimerait en savoir plus sur la volonté de Dieu, ce qui démontre qu’il ne nous donne pas toute l’information qu’on aimerait avoir. S’il ne nous donne pas tout ce qu’on voudrait, je suis convaincu qu’il nous donne tout ce qu’il nous faut. Or, ce qu’il nous faut savoir sur sa volonté est évident et incontestable.

    Il faut se mettre à l’écoute, mais cet acte de se mettre à l’écoute ne devrait pas aboutir à une obligation de résultat. Si Dieu ne nous parle pas, au delà de ce qu’il faut savoir, ce n’est pas nécessairement parce qu’on n’est pas à l’écoute. De même, si on se préoccupe de la volonté de Dieu, on n’a pas à s’inquiéter de ne pas être assez à l’écoute. L’un ne vas pas sans l’autre.

    Prétendre que toute décision majeure de notre vie doit être prise en fonction d’une révélation privée, que ce soit une voix intérieure ou un sentiment de paix profonde, c’est ne pas reconnaître que Dieu parle quand il veut, qu’il se tait quand il veut et qu’il n’est pas obligé de nous parler. Il est possible qu’il soit la volonté de Dieu que nous ayons à prendre certaines décisions en nous fondant uniquement sur ce qu’il nous a révélé à titre général.

    Ce qui nous pousse à vouloir obtenir une révélation privée, ce n’est pas l’importance de la décision à prendre, mais notre inconfort face à toutes les options qui se présentent. Ce que nous recherchons, ce n’est pas nécessairement une indication, mais un signe pour nous réconforter dans un choix qui nous rend mal à l’aise (ou de poursuivre dans le chemin actuel qui nous semble douteux).

    Tommy, merci de ces billets. Ils me font réfléchir.

  2. tommyab dit:

    Je suis tout à fait d’accord avec l’ensemble de ton commentaire.

    Ça fait d’ailleurs parti de la marche de la foi de n’avancer qu’avec le très peu d’informations que nous savons, mais d’avancer, même si c’est avec l’impression inconfortable d’être dans le brouillard, sachant que nous sommes entre les mains d’un Dieu qui nous aime.

    Merci !

    J’ai souvent dit, en citant le Psaumes 119: "Ta Parole est une lampe à mes pieds, … pas une flash-light pour voir 100 mètre devant moi."

  3. Rosine dit:

    C’est un beau texte!

    Quand je pense à la manière dont Dieu révèle sa volonté, il me vient en tête l’image d’un père qui marche avec son enfant en forêt.
    Il lui dit: "Tu peux aller où tu veux, mais ne vas pas dans le ravin". Lorsqu’ils arrivent à une fourche, l’enfant demande à son père: "Est-ce que je prends le chemin de droite ou celui de gauche?" Son père reste muet. L’enfant pose à nouveau sa question et insiste, et il finit par se mettre en colère et dire à son père: "Pourquoi tu me réponds pas?", puis il s’écrase par terre en pleurant. Son père le prend doucement dans ses bras et choisit le chemin pour lui.

    Avec un autre de ses enfants, le père arrive près de la fourche, et dit à son enfant: "Prends le chemin de gauche." Son enfant le regarde, et se précipite dans le chemin de droite. Son père le laisse aller, mais le ramène à l’ordre et l’oblige à suivre le chemin qu’il lui avait dit de suivre.

    Dans la forêt avec un troisième enfant, le père marche tranquillement main dans la main. L’enfant gambade joyeusement, et, arrivé à la fourche, il ne se pose pas de question, il suit simplement un des chemins.

    Enfin, avec un autre enfant qui est encore bébé, le père voit qu’il se dirige droit dans le ravin. Il prend le bébé dans ses bras et fait le reste du trajet pour lui.

    De même, dans la Bible et dans l’histoire de la chrétienté, on voit un million de façons dont Dieu se révèle pour faire connaître sa volonté. Des prophètes qui ont un plan très précis à suivre (ex. Ezéchiel qui doit faire cuire son pain sur des excréments de boeuf!), des apôtres avec des directives et une mission claires, etc. Il y a sûrement eu beaucoup de "nobody" dont on ne connaît pas l’histoire… On sait comment Isaac et Jacob ont rencontré leur épouse, mais on ne sait rien de comment Pierre a déniché la sienne.

  4. Rosine dit:

    Je pense que typiquement, aux catholiques qui s’engagent dans une démarche de discernement spirituel, on conseille d’abord de régler leur "état de vie". C’est-à-dire que le chrétien tente de discerner s’il doit rester célibataire, ou s’il veut se marier. Ensuite viennent les autres questions de "vocation": quel travail, quelle carrière, à quelle communauté se joindre s’il y a lieu, etc.

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