Incarner Christ

"La mission première de l’église est donc d’être elle-même, c’est-à-dire, être "Christ" pour le monde. L’église par sa foi et sa vie devient, comme le dit bien Newbigin, "l’interprétation de l’évangile"; c’est-à-dire qu’en étant fidèle à son appel à être l’église, l’église explique l’évangile au monde. Mais dans un autre sens, l’église n’est pas une incarnation parfaite de Christ. Elle a constamment besoin d’être réformée. Elle est encore "sur la voie (in via) vers la perfection", et marquée par une authentique, quoiqu’imparfaite, sainteté. Cela nous rappelle que l’église est distincte de Christ. Elle a besoin de se "nourrir de Christ" et d’être disciplinée par le Christ. Et tout comme le Christ se rend disponible à l’église via les sacrements, l’église pour sa part se rend disponible pour le monde, en tant qu’incarnation du Christ.

On peut ainsi concevoir pourquoi la mission est en étroite relation avec l’eucharistie: l’eucharistie est la mission. C’est la mission dans le sens où il forme l’église, le Christ incarné, à être disponible pour le monde. Dans son adoration eucharistique, l’église est re-formée, pour "aller dans le monde, pour aimer et servir le Seigneur." Le monde ne connaît pas d’autre Christ que celui qui est incarné par l’église. Par conséquent, être l’église est la plus grande mission dans ce monde."

Simon Chan, Liturgical Theology

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Commentaires

  1. tommyab dit:

    Original:

    "The church primary mission, then, is to be itself, which is to be « Christ » for the world. The church by its faith and life becomes, in Newbigin’s words, « the hermeneutic of the gospel »; that is, by being true to its calling as church, the church explicates the gospel in the world. But in another sense, the church is not a perfect embodiment of Christ. It is in need of reform. It is still « on the way (in via) to perfection » marked with a genuine though imperfect holiness. This fact reminds us that the church is distinct from Christ. It needs to « feed on Christ » and be disciplined by Christ. And as Christ makes himself available to the church in the sacraments, the church in turn makes itself available to the world as the « embodied Christ. »

    One can see why mission sustains the closest relationship to the Eucharist : the Eucharist is mission. It is mission in that it is making the church, the embodied Christ, available to the world. In its eucharistic worship the church is reformed to « go forth into the world to love and serve the Lord. » The world does not know of any other Christ except the Christ that is embodied in the church. Thus to be the church is the greatest mission to the world."

  2. mj dit:

    Dernièrement, je me suis rendu compte que j’avais développé une certaine amertume face à l’église. En lisant ce texte, je comprends encore plus que l’église n’est pas parfaite et elle ne le seras jamais. Oui, il faut constamment chercher Dieu, sortir du religieux et du traditionalisme dans lequel on entre malheureusement. Mais je vois que je dois vraiment faire attention parce que ça reste tout de même l’église de Dieu. Je ne veux pas me fermer les yeux mais je veux faire attention.

  3. sourire dit:

    Lorsque nous avons de l’amertume face à l’église, c’est forcement envers une ou plusieurs personne(s). L’église, c’est chacun de nous, et par le sacrifice de Jésus à la croix, le Père voit chacun de nous comme étant irreprochable, saint, consacré (selon Colossiens 1:22) (et selon la version : il y a encore inattaquable, irrépréhensible, purs et sans faute, sans reproches, appelés, etc)

    Ailleurs il est parlé de l’église (nous tous) sans tâche ni ride …( Éphésiens 5: 25a-27 Christ a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle, (…) afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par la parole; afin de faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible)

    Pouvons-nous voir ceux qui forment l’église, autrement que Dieu les voit, si nous tous sommes vu par le Père ainsi, par le sacrifice de Jésus à la croix ?

    L’église se reconnait à son amour … à l’amour entre frères et soeurs …
    Et concrètement cet amour consiste à porter les fardeaux les uns des autres (c’est l’accomplissement de la loi de Christ) (Galates 6:2) et à partager nos biens afin d’avoir tous la même chose ( 2 cor 8 et 2 cor 9) .

    C’est cela que le monde voit premièrement dans l’église.

    Et plus loin, si nous sommes calomiés, bafoués, etc, le fait de garder un très bon comportement dans ces cas là, fait que lorsque DIEU visite le non-chrétien, le non-chrétien se rappelle de notre comportement et alors il reconnait que Dieu est Dieu. (1 Pierre 2:12)

    C’est généralement ce que nous-mêmes attendons de voir chez les autres … d’où une éventuelle frustration … alors qu’en entrant nous-mêmes dans ceci, en faisant aux autres, ce qu’on souhaite qu’ils nous fassent, en portant nous les fardeux des autres, en partageant nous nos biens avec nos frères et soeurs, en ayant un comportement juste, nous serons dans en paix … dans une paix profonde, une joie telle, que même si d’autres ne le font pas, cela ne nous atteindra pas …

  4. Iaonc dit:

    En misant sur l’amour qui se donne, on peut effectivement difficilement faire fausse route. Reste à bien se garder de le confondre avec un sentimentalisme qui serait purement affectif et horizontal.

    L’irréprochabilité ne doit pas entraîner une négation de la réalité au profit d’un idéalisme infécond. On peut être tenté de négliger le chemin à parcourir pour y arriver. C’est le piège d’un certain piétisme aux alentours du 18/19e qui est de tomber dans une sagesse qui pouvant atteinte par des efforts purement humains avec une bonne dose de psychologie religieuse et de manipulation. Là nous sommes dans le traditionalisme ! Mais il y’a une différence saisissante avec la Tradition qui véhicule de l’éternité et ne connait pas la scolastique, le dolorisme, le cartésianisme…etc. Elle a pourtant été confronté au même matérialisme, scepticisme, syncrétisme, laxisme que nous.

    Pour beaucoup de nos contemporain être chrétien se résume à faire de la morale son passe temps favoris en rejetant les théories scientifiques. Depuis le socialisme, qui avait explicitement pour motivation de faire mieux que l’église en matière de charité et de partage (c.f Auguste Blanqui), des non-chrétiens zélés sont en mesure d’en témoigner parfois aussi bien. La controverse en Grèce entre Grégoire Palamas et Varlaam au 14e siècle est instructive. Elle témoigne de l’opposition de 2 visions différentes du christianisme qui existent encore aujourd’hui. Une axée sur le dieu garant d’un idéal moral, social et humaniste que le socialisme a réussi à doubler sans avoir besoin du Saint-Esprit – l’autre orientée sur le travail spirituel et le dieu de l’expérience mystique et de la contemplation.

    Ce qui nous manque cruellement pour dépasser la crise spirituelle d’aujourd’hui et que nous n’avons pas suffisamment bien conservé est la dimension du mystère qui n’a aucun problème pour concilier vie corporelle/matérielle et vie spirituelle, croyance et incroyance, surnaturel et naturel, plaisir/jouissance et sainteté.

    Incarner le Christ, c’est aussi incarner le mystère ineffable de la vie pour le rendre visible : "Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ." (Jean 17:3) – "Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le commencement." (Jean 15:27) – "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie, – car la vie a été manifestée, et nous l’avons vue et nous lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée." (1 Jean 1:1-2)

    Le martyr d’autrefois ne laissait pas simplement l’impression d’une imitation extérieure de Jésus en mourant pour sa foi, mais rendait présent l’autre côté de la réalité qui dépasse les existences individuelles de chacun. La pratique et le culte ne peuvent alors pas être simplement entendus comme des "signes" et des "symboles". Jésus n’a fait que partager du pain et du vin, mais à chaque fois qu’il partage la cène après la résurrection, il s’en suit une révélation de la Présence que cela soit avec les pèlerins d’Emmaüs ou les disciples. Les liturgies à partir de la fin des persécutions romaines, n’étaient pas des cérémonies de commémorations, mais visaient à la transfiguration du monde, l’acquisition du Royaume en faisant communier les fidèles à l’œuvre de la croix et de la résurrection comme à des réalités intemporelles.

    C’est ainsi transformé, et ayant la vision de Dieu, la connaissance des réalités invisibles comme étant aussi tangibles pour lui que celles qui sont visibles, que le chrétien peut "aller dans le monde, pour aimer et servir le Seigneur”. La foi n’est-elle pas une démonstration des choses qu’on ne voit pas ? Le moyen de reconnaître que le monde a été formé par la parole de Dieu ? (Hébreux 11). Pas besoin de passer par le créationnisme pour croire hypothétiquement alors que Dieu se donne à connaître comme l’Origine de tout dans la beauté même (Romains 1:20).

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