"L’une des choses que l’Église enseigne … c’est que l’on n’a pas à se construire sa propre vie, mais nous avons été créés, et que nous n’avons pas à choisir l’individu que nous serons. Nous avons plutôt à reconnaître notre vie est une vie qui nous a été donnée par Dieu."
Une journée, l’été passée, ayant besoin de prier et de réfléchir, j’ai décidé de partir avec mon sac à dos et un bon livre pour une marche en forêt. La destination était une cabane construite par mon grand-père paternel, et je prévoyais marcher jusqu’à la cabane, dormir là, et revenir le lendemain. C’était environ à 4-5 heures de marche.
Je connaissais relativement bien le chemin. Nous nous rendions à cette cabane au moins 1-3 fois par année avec ma famille, soit en motoneige pendant l’hiver, ou en VTT durant l’été. J’y étais aussi déjà allé à bicyclette avec mon petit frère quelques années auparavant.
Arrivé à la dernière portion du sentier, je me suis mis, bizarrement, à avoir une certaine difficulté à reconnaître le bon chemin. Pendant certains moment, je n’étais plus du tout certain que j’étais sur la bonne voie. Ce n’est pas un chemin très compliqué, mais il y a à un certain endroit en particulier une bifurcation qui peut être facilement manquée si on est distrait. Probablement que le fait d’être auparavant venu avec d’autres, j’avais suivi les autres sans vraiment porter très attention aux détails des embranchements à prendre, et sans bien imprimer dans ma mémoire l’aspect des arbres et des rochers, des courbes et des trous dans le chemin. Fait important aussi, nous étions souvent venus durant l’hiver… le paysage est alors complètement différent.
Alors que je continuais de marcher, deux états alternaient. Pendant certains moments, j’étais presque complètement désorienté, et je continuais de marcher en me disant: "Bon… je marche encore 15 minutes dans cette direction, et si je ne reconnais pas la route, je reviens sur mes pas, et je change de direction…" Cependant, ce qui arriva au moins 3-4 fois, c’est qu’alors que je commençais à m’impatienter, et que la tentation de revenir sur mes pas augmentait, soudainement je reconnaissais le chemin… soit un arbre, la forme du sentier, ou un rocher… Mais bizarrement, en continuant d’avancer, le chemin me réapparaissait inconnu, et le doute se réinstallait, et la désorientation gagnait du terrain. Et de nouveau, comme une surprise à chaque fois, un détail me sautait aux yeux, et je reconnaissais le chemin.
Au bout de 3-4 fois de ce même manège, … j’ai fini par arriver à la cabane. Non sans éprouver un certain soulagement ! Le doute était demeuré jusqu’à la toute fin, et honnêtement, je me trouvais un peu ridicule ! Probablement que c’était l’effet d’être seul, en fin d’après-midi, à plusieurs heures de chez moi, n’ayant aucune envie de rebrousser chemin à cette heure-là, avec les pieds en feu… J’étais probablement un peu anxieux, ce qui décuplait l’effet de désorientation et les doutes. Ceux-ci me sont apparus, en rétrospective, vraiment enfantins et stupides!
……
Durant la soirée, réfléchissant à tout cela, et en lisant le livre que j’avais apporté, il m’est apparu clairement que cet anecdote était une métaphore qui décrivait bien la marche de la foi.
En lisant les histoires d’hommes et de femmes de foi et les récits bibliques, la vie de la foi est racontée comme un chemin. Un chemin qui comporte différents états, différents stades. Parmi ces étapes, j’en distinguerais trois.
……
Le premier est celui du cheminement de celui qui avance avec une certaine facilité et une certaine certitude. On pourrait même dire une naïveté, et sans beaucoup de questions. Il sait où il s’en va, … mais à discuter avec lui ou elle, on n’arrive pas vraiment à discerner si sa certitude est en Dieu … ou en lui-même ou elle-même !
……
Tôt ou tard arrive le deuxième état, celui de la désorientation. C’est un état où le doute s’installe, où la personne avance à tâtons, les épreuves se succèdent, elle a l’impression que Dieu est nul part, qu’Il l’a abandonnée, qu’elle est laissée à elle-même, que ses prières ne sont que des paroles qui ne vont pas plus haut que le plafond. Dans certains cas, la personne peut même en venir à penser que Dieu n’existe que dans sa propre imagination. Et au sein de ce malaise, cette imagination est atrophiée, et même "Dieu" peut devenir quelque chose de plutôt abstrait, dont elle commence à douter de l’existence. Toutes les promesses des Écritures peuvent finir par lui apparaître comme presque cruelles, tellement il n’y a absolument rien de concret qui se produit dans SA vie. Elle peut en arriver à regretter entièrement le chemin qu’elle a emprunté des kilomètres auparavant (… ou des années…). Tout ce chemin fait par la foi – peut-être une foi enfantine et naïve, et probablement tout pleins d’égarements, de manquements, de lâchetés et d’excès, mais néanmoins une foi sincère et un amour pour Dieu – ce chemin peut lui sembler n’avoir été qu’une perte de temps, une douleur aux pieds stupide, inutile et cruelle pour rien… Pour rien du tout. Un chemin qui mène à un cul-de-sac absurde.
Une bonne partie des Psaumes et des livres prophétiques sont consacrés à cet état de désorientation, de même que, bien évidemment, l’histoire de Job.
Toutefois, mon pied allait fléchir, Mes pas étaient sur le point de glisser;
Car je portais envie aux insensés, En voyant le bonheur des méchants.
Rien ne les tourmente jusqu’à leur mort, Et leur corps est chargé d’embonpoint;
Ils n’ont aucune part aux souffrances humaines, Ils ne sont point frappés comme le reste des hommes.
Aussi l’orgueil leur sert de collier, La violence est le vêtement qui les enveloppe;
L’iniquité sort de leurs entrailles, Les pensées de leur coeur se font jour.
Ils raillent, et parlent méchamment d’opprimer; Ils profèrent des discours hautains,
Ils élèvent leur bouche jusqu’aux cieux, Et leur langue se promène sur la terre.
Voilà pourquoi son peuple se tourne de leur côté, Il avale l’eau abondamment,
Et il dit: Comment Dieu saurait-il, Comment le Très haut connaîtrait-il?
Ainsi sont les méchants: Toujours heureux, ils accroissent leurs richesses.
C’est donc en vain que j’ai purifié mon coeur, Et que j’ai lavé mes mains dans l’innocence
Psaumes 73:2-13 (psaume d’Asaph)
Dans Lamentations, l’auteur accuse carrément Dieu de l’avoir conduit dans le malheur:
Il m’a conduit, mené dans les ténèbres, Et non dans la lumière.
Contre moi il tourne et retourne sa main Tout le jour.
Il a fait dépérir ma chair et ma peau, Il a brisé mes os.
Il a bâti autour de moi, Il m’a environné de poison et de douleur.
Il me fait habiter dans les ténèbres, Comme ceux qui sont morts dès longtemps.
Il m’a entouré d’un mur, pour que je ne sorte pas; Il m’a donné de pesantes chaînes.
J’ai beau crier et implorer du secours, Il ne laisse pas accès à ma prière.
Il a fermé mon chemin avec des pierres de taille, Il a détruit mes sentiers.
Il a été pour moi un ours en embuscade, Un lion dans un lieu caché.
Il a détourné mes voies, il m’a déchiré, Il m’a jeté dans la désolation.
Il a tendu son arc, et il m’a placé Comme un but pour sa flèche.
Lamentations 3:2-12
Suivant l’anecdote que j’ai raconté plus haut, c’est dans ce genre de situation que celui qui avance par la foi doit simplement continuer d’avancer. Persister, dans le doute et la désorientation, à chercher l’Éternel et sa volonté, à "l’aimer de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée." (Luc 10:27) Continuer. Persister à suivre la voie que Dieu lui a montré jusque-là, en étant confiant qu’Il finira par la montrer de nouveau. Concrètement.
Le malheur atteint souvent le juste, Mais l’Éternel l’en délivre toujours.
Psaumes 34:19
Il m’a semblé, en lisant plusieurs histoires, en observant les gens et ma propre vie, que celui qui persiste à vouloir la volonté de Dieu, et qui persiste à vouloir remercier Dieu, … que Dieu finit par honorer la foi d’un tel individu, et qu’il ne permet pas que la "tentation" ne soit "au-delà de ses forces". Au sein de cet état de désorientation et de doutes, juste aux bons moments, la personne a une impression – une impression irrésistible dont elle est incapable de douter – que pour un moment, la désorientation disparaît et qu’elle a retrouvé la direction vers laquelle elle se dirige. Ce qui peut alors se produire, c’est un chemin qui alterne successivement entre le doute et la consolation, où les deux états sont pratiquement présents en même temps; le doute ne disparaissant jamais complètement, mais la consolation arrivant encore et encore, perçue comme arrivant juste à temps. Juste à temps pour soutenir la marche vers une destination qui apparaît, par moment, n’avoir jamais véritablement existée.
C’est un phénomène presque étrange, presque comme un "déjà-vu", … comme si, pour un court moment, on reconnaissait le chemin sur lequel nous avons douté depuis des jours, des semaines, des mois. Surviennent des situations qui nous pointent vers une direction. Nous croisons des gens qui nous disent les bonnes paroles, au bon moment. Et souvent (en tout cas… ça m’arrive constamment) ces gens ne sont absolument pas au courant de notre situation, mais leurs paroles visent précisément ce que nous avions besoin pour continuer la route. Ou encore, ce qui nous manquait pour avoir le courage nécessaire pour prendre un chemin que nous avions l’impression de devoir prendre depuis longtemps…
……
Je commence à considérer sérieusement la possibilité que dans bien des cas, ce que nous appelons la "prophétie" ne soit en réalité que le regard des autres sur notre situation. (Cela dit, cette définition de la prophétie n’inclue pas tout ce qu’on peut entendre par "prophétie".) Ces paroles que nous nous disons les uns aux autres sont parfois dites avec l’intention d’aider et en étant au courant d’une situation, mais elles sont souvent "sorties de nulle part", et dans les deux cas il existe la possibilité qu’elles nous fortifient et nous montre la direction à prendre. Ce sont des paroles qui nous orientent au sein de notre désorientation, et qui nous donne la force de croire malgré le doute, le courage d’avancer malgré les pieds qui brûlent…
Soyez toujours joyeux.
Priez sans cesse.
Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus Christ.
N’éteignez pas l’Esprit.
Ne méprisez pas les prophéties.
Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.
1 Thessaloniciens 5:16-21
Il y a une expérience de reconnaissance. C’est comme si lorsque cette autre personne est en train de nous parler, nous reconnaissions, en quelque sorte, et souvent sur-le-champs, ce que cette personne dit. Ces paroles sont reconnues, comme une indication d’un chemin que nous connaissons déjà, mais que nous avons du mal à discerner, étant dans un état de désorientation.
Un autre aspect vital de ce phénomène, c’est la vision des autres sur un individu. Je ne suis pas, en tant qu’individu, adéquatement placé pour m’observer moi-même. Certaines parties m’échappent, certaines solutions ne font simplement pas partie du domaine des "possibles" qu’il m’est possible, seul, d’imaginer. Les autres me sont essentiels à ma propre route, et je le suis pour la leur, parce que je vois des choses qu’ils ne voient pas, et ils voient des choses, identifient des problèmes et des solutions, que je ne vois pas. Certains péchés que je fais me sont invisibles à moi-même (ou je me les cache par complaisance…), et j’ai besoin des autres pour les voir, et me repentir.
……
Le troisième stade de la marche de la foi, c’est arriver à une certaine destination… que nous "connaissions" d’une certaine manière depuis le début, mais qui en court de route est devenue floue. La route précédemment parcourue nous apparaît alors, soudainement, prendre un sens jusque-là jamais discerné auparavant. Les multiples bifurcations possibles, celles qui ont été prises, et celles qui ne l’ont pas été, les rencontres fortuites, les occasions "manquées", et les paroles "juste au bon moment"… tout cela peut alors fort bien nous apparaître comme une série improbable de miracles, sans lesquels cette destination n’aurait jamais existé.
Mais je dis bien "une" destination… parce que ce n’est pas la fin ! La naïveté et la certitude, puis la désorientation, puis une autre destination seront certainement à prévoir.
……
Tout ceci soulève une question importante:
Au sein du doute et de la désorientation, ce chemin que par moment nous reconnaissons, où est-ce que nous l’avons vu avant? Ces paroles des autres qui nous surprennent parce qu’elles correspondent à des réalités que de façon un peu floue nous connaissons, et que nous reconnaissons dans les paroles de l’autre. Comme des intuitions qui sont confirmées. D’où viennent ces intuitions, et ce chemin que nous avons, par moment, l’impression de reconnaître?
Il serait difficile de tenter une meilleure réponse que celle découverte par le psalmiste du Psaume 84, … il y a de cela plusieurs milliers d’années…
Heureux ceux qui placent en toi leur appui! Ils trouvent dans leur coeur des chemins tout tracés.
Lorsqu’ils traversent la vallée de Baca, Ils la transforment en un lieu plein de sources, Et la pluie la couvre aussi de bénédictions.
Leur force augmente pendant la marche, Et ils se présentent devant Dieu à Sion.
Psaumes 84:5-7
J’aime bien cette métaphore. J’aime bien comment Dieu nous parle à travers ce qu’on vit.
Ça ne fait que quelques années que je suis chrétienne. Ça me semblait si facile au début. Je croyais sans vraiment me poser de questions. Les doutes étaient quasi absents. Mais depuis environ 3 ans, j’ai vraiment l’impression de marcher â tatons, d’être parfois vraiment désorienté. Et c’est vrai qu’en persévérant, on finit par reconnaitre le chemin.
Je lisais la description du livre que tu as mis, j’ai bien envie de me l’acheter. Je me rends compte que je néglige l’intimité avec Dieu. Je mène une vie occupé avec ma famille et le travail. J’entends beaucoup de prédications mais peu parle de l’intimité. Et aussi, j’ai lu un livre, "The lost art of practicing His presence" de James W. Goll, qui explique que les gens ont souvent peur de se retrouver seul avec eux-mêmes et leurs pensées. Alors, on s’occupe le plus possible pour arrêter de penser.
J’ai vraiment cette impression que Dieu me conduit vers cela, que l’intimité devrait être le centre de la vie chrétienne. C’est ce qui nous aide à continuer, c’est ce qui nous aide à s’aimer et à aimer les autres.
un excellent livre classique sur le sujet est "Le voyage du pélerin", par John Bunyan.
lire des biographies de chrétiens est aussi une excellente chose.
la vie est complexe, et pourtant simple à la fois… et nous avons besoin de voir comment d’autres humains, dans des situations similaires aux nôtres, ont réussi (ou non…) à demeurer fidèles à Dieu.
lire ou entendre les histoires de gens bien ordinaires qui ont vécu des choses extraordinaires est, à mon avis, l’une des façons les plus puissantes et les plus efficace de soutenir notre foi, de la faire grandir, et même de la susciter. L’auteur de l’épitre aux Hébreux fait la même chose dans Hébreux 11, … et la Bible est remplit d’histoire. Historiquement, l’église a élevé certains chrétiens et en a fait des "saints". Nous pouvons critiquer cela, … mais je pense que le but était bon: l’église voulait donner des exemples à suivre.
des exemples de biographies??
- http://www.maisonbible.net/mb3278/defi-a-la-violence
- biographie de Hudson Taylor, Corrie Ten Boom, Georges Muller, John Bunyan, Richard et Sabrina Wurmbrand
- http://www.maisonbible.net/jem0114/frere-andre-l-agent-secret-de-dieu-coll-les-heros-de-la-foi
- biographies de chrétiens chinois… (Brother Yun, Watchman Nee…)
- n’importe quelle biographie de chrétiens aillant vécu sous la persécution (URSS, Roumanie, Allemagne durant la 2e guerre… etc, etc, …)
Merci pour les suggestions de livre. Tu parles souvent aussi de Dietrich Bonhoeffer. J’aimerais bien en connaitre plus sur lui aussi.
Je trouve que tu as tout à fait raison pour les gens ordinaires qui vivent des choses extraordinaires. J’aime bien lire des bio et j’aime entendre parler les gens de ce qu’ils vivent avec Dieu. Je trouve ça vraiment plaisant de m’assoir avec des chrétiens et d’entendre ce que Dieu fait dans leur vie.
On trouve sur Internet, plusieurs de ces témoignages :
http://www.regard.eu.org/Predic-livres.complets/Auteurs.html
Et ici
http://www.regard.eu.org/Predic-livres.complets/Z.livres.complets.HISTOIRE.html
Par exemple le témoignage du fondateur de l’Armée du Salut
http://www.regard.eu.org/Livres.8/William.Booth%20/index.html#Table
Hudson Taylor
http://www.regard.eu.org/Livres.6/Hudson.Taylor.2/index.html
Georges Muller
http://www.regard.eu.org/Livres.11/G._Muller/index.html
John Bunyan
http://www.regard.eu.org/Livres.5/BunyanJohn/00.Table.html
Etc, etc …
Soyez tous béni !
Sourire
Excellent texte, Tommy. Merci!
Merci pour ce texte , merci seigneur d avoir guidé mon clavier vers ce blog ce matin , et de rencontrer à travers ces écrits des créatures mérveilleuses qui ne désire que te suivre avec soif et conviction… Merci Tommy que dieu te bénisse et te garde .